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Temps de travail : il baisse depuis 40 ans… mais beaucoup moins chez les cadres

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Elodie Buzaud

02/12/2019

Les cadres sont les grands perdants de la réforme des 35 heures. Alors que la majorité des salariés a vu son temps de travail diminuer depuis sa mise en œuvre, les cadres, souvent au forfait jours, lèvent beaucoup moins le pied, selon une récente étude de l’Insee et un sondage Viavoice. Un sujet d’inquiétude pour les syndicats pour qui il est grand temps de repenser le travail des cols blancs. Eclairage des 3 principaux syndicats de cadres.

Les cadres devraient-ils travailler moins ? L’évolution du travail, et la généralisation du salariat, a pour conséquence une réduction du temps de travail pour l’ensemble des salariés. Depuis le milieu des années 70, les salariés travaillent 250 heures de moins par an, selon le Portrait social de la France diffusé le 19 novembre dernier par l’Insee.Mais les cadres n’ont vu leur temps de travail diminuer que de 75 heures par an selon ces statistiques.

Et encore, « c’est sans tenir compte du temps de travail informel, prévient Jean-Luc Molins, secrétaire national de l’UGICT-CGT. Ce temps n’apparaît pas dans les statistiques, car les cadres eux-mêmes ne comptent pas certaines tâches, comme la gestion des mails. » Résultat : les cadres travaillent en réalité de plus en plus. Et ce, depuis 20 ans.

 

6 cadres sur 10 travaillent pendant leur repos

Près d’un cadre sur deux déclare travailler plus de 45 heures hebdomadaires et 59 % affirment travailler pendant leurs jours de repos, selon le dernier baromètre annuel UGICT-CGT/Sécafi, réalisé par Viavoice en octobre dernier. Sans compter ceux qui ne parviennent pas à poser de jours, souligne le baromètre.

 En cause selon Jean-François Foucard, secrétaire national de la CFE-CGC, « l’arrivée d’Internet, des mails, des smartphones. Mais aussi la tendance organisationnelle de mise à plat des structures, la multiplication des normes qui oblige à faire du reporting et l’avènement des 35 heures, qui a eu pour conséquence la suppression de certaines fonctions et notamment support (dont les activités incombent désormais aux cadres) ainsi que la généralisation du forfait jours. »

 

Le forfait-jours devait sanctuariser des jours de repos.

 

Les cadres travaillent pendant leurs jours de repos

A l’origine, « le forfait jours était une solution pour garantir des jours de repos aux cadres et ainsi générer une baisse de leur temps de travail annuel, rappelle Laurent Mahieu, secrétaire général de la CFDT Cadres. On avait bien conscience de la hausse du temps de travail des cadres. En 1981, le temps de travail légal est passé de 40 à 39 heures et nous n’avons pas vu le temps de travail des cadres baisser pour autant. On pouvait donc s’attendre à ce que la réduction du temps de travail, si elle était uniquement en heures, n’aurait pas d’effet. La réponse a donc été le forfait jours, pour sanctuariser des jours de repos. »

 

Les dérives du forfait-jours

Le problème, c’est que ce forfait jours connaît des dérives. Il concerne aujourd’hui des cadres qui ne sont pas autonomes, à l’inverse de ce que prévoyaient les lois Aubry I et II créatrices du forfait jours. « Alors qu’au début seuls 3 à 4 % des cadres étaient au forfait jours, ils sont une majorité aujourd’hui », souligne Jean-Luc Molins. Autre souci : « le nombre de jours de RTT, censés compenser le forfait jours, est dévoyé, indique le secrétaire national de l’UGICT-CGT. C’est une augmentation de la productivité des entreprises qui représente des risques pour les salariés. »

 

La France déjà condamnée à trois reprises sur le forfait jours

C’est justement sur le volet santé que les syndicats agissent. « Nous avons déjà fait condamner l’Etat français par le comité européen des droits sociaux pour non-respect de la Charte sociale européenne (qui recommande "une durée de travail raisonnable"), à trois reprises sur le forfait jours comme dispositif qui ne permet pas de préserver la santé des salariés, indique Jean-Luc Molins. Nous avons déposé une réclamation pour une quatrième condamnation le 5 avril 2017 avec la CFE-CGC. »

 

Deux négociations à venir sur le travail des cadres

Le 19 novembre 2019, Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, a proposé l’ouverture d’une négociation nationale interprofessionnelle sur la santé au travail. L’UGICT-CGT, la CFDT Cadres et la CFE-CGC ont bien l’intention d’y aborder le sujet du temps de travail des cadres. Parmi les solutions évoquées par les syndicats pour limiter l’inflation du temps de travail des cols blancs :

  • la limitation du forfait jours aux cadres autonomes,
  • le retour de la référence horaire (que les heures soient comptabilisées),
  • le droit à la déconnexion,
  • le droit au télétravail
  • et une révision des organisations.

Autre chantier qui devrait permettre de faire avancer la question du temps de travail des cadres : la négociation sur la définition de l’encadrement, paralysée depuis six mois et qui a repris le 29 novembre 2019. Mais est toujours au point mort.

Un futur observatoire national du travail des cadres ?

« Il est grand temps de repenser le travail pour les cadres, estime Jean-François Foucard. Qu’est-ce qu’on leur demande aujourd’hui ? La question n’a pas été posée depuis 20 ans ! Si l’on ne se la pose pas, les gens vont continuer de fuir les entreprises comme c’est déjà le cas aujourd’hui. » La CFDT Cadres réclame la mise en place d’un observatoire national du travail des cadres. Pour rappel, le forfait jours n’existe qu’en France. Il résulte de la réforme des 35 heures, dont l’objectif originel était la réduction du temps de travail, pour créer des emplois, relancer l’économie, lutter contre le chômage et partager le travail… et non pas faire exploser les compteurs des cols blancs.

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