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Trois portraits de cadres qui travaillent avec un handicap psychique

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Sylvie Laidet

19/11/2018

Travailler avec un handicap psychique, c’est possible mais pas toujours facile. A l’occasion de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées (19-25 novembre), Cadremploi a interviewé trois cadres diagnostiqués autistes Asperger. L’un d’eux a préféré rester anonyme.

Les fans de la série à succès "The Good Doctor" diffusée sur TF1* ont appris à faire la différence. Le syndrome d'Asperger, comme les autres formes d'autisme, n'est pas une maladie. Il est un trouble neuronal qu'on garde toute la vie. S'il n'est pas accompagné d'un retard mental, ce handicap est compatible avec le monde du travail. Rigueur, précision, forte capacité de concentration, mémoire hors normes...  Les personnes autistes sont connues pour être très productives. C'est plus souvent leur hypersensibilité que redoutent les entreprises. 

« J’ai du mal avec les rituels sociaux »

Didier Colin, 37 ans, directeur technique chez Helloasso.com

Quand il arrive au boulot le matin, saluer ses collègues reste une épreuve. « J’ai encore la boule au ventre, le cœur qui palpite et les jambes qui tremblent », raconte Didier Colin. Diagnostiqué autiste Asperger cette année, ce docteur en informatique a du mal avec tous les rituels sociaux. Les déjeuners d’équipe, regarder les gens dans les yeux, les réunions, etc. « Je n’aime pas ça mais je me force car ce n’est pas toujours aux autres de s’adapter à moi », ajoute-t-il.

Quand il abandonne sa carrière universitaire pour rejoindre cette plateforme de crowdfunding, Didier Colin hésite à parler de son handicap à son nouvel employeur car il craint les réactions. Puis il se lance simplement. « Je leur ai expliqué mes difficultés dans les relations sociales, ma surcharge sensorielle et informationnelle et mon comportement parfois étrange », se souvient-il. Concrètement dans une réunion qui dure plus de 30 minutes, il a des « moments de blancs », il « court circuite » ce qui peut passer pour des réactions passives ou agressives. Or ce n’est ni l’un ni l’autre, il « ne se contrôle pas ».

J’ai un côté très 1er degré, il me faut du temps pour comprendre si les gens rigolent ou pas.

Pour se faciliter la tâche et celle de son équipe et autres collègues, tous respectent certaines règles. « Il savent par exemple qu’il est inutile de me pressurer car j’ai besoin de temps pour digérer une somme d’informations. Donc on convient d’emblée d’un rendez-vous ultérieur pour en reparler», illustre-t-il. Didier Colin demande aussi aux autres de prendre des temps calmes pour mettre par écrit leurs réflexions. « Ralentir la cadence est toujours bénéfique que l’on soit autiste ou pas. Ecrire les choses plutôt que de tout miser sur l’oral est également plus équitable. Cela évite que cela soit systématiquement celui qui parle le plus fort qui l’emporte », souligne-t-il.

Au niveau des objectifs, Didier Colin a le même traitement que les autres. « Je ne suis pas handicapé en termes d’expertises et de compétences professionnelles. Je fonctionne juste différemment ». S’il considère sa situation professionnelle « globalement positive » notamment grâce au cadre bienveillant de l’entreprise, il concède que cela reste « difficile ». « Il y a toujours des situations compliquées où leurs cerveaux et le mien ne fonctionnent pas pareil. Des associations d’idées qui me paraissent évidentes ne leur parlent pas. Et inversement. C’est donc une source de stress pour moi et psychologiquement, c’est dur à gérer même si, en général, tout rendre dans l’ordre rapidement », conclut-il.

 >> Lire aussi sur Le Figaro Santé : Mal connu des entreprises, l'autisme peut être un atout dans certains métiers

« Ce qui passe pour de la timidité au début est ensuite perçu comme un manque de savoir-vivre »

Géraldine, 33 ans, chargée de reporting consolidation

Elle avait très envie de faire son coming out en témoignant sur Cadremploi. Et puis, Géraldine a finalement renoncé. La trentenaire diagnostiquée Asperger en mai dernier, craint trop la réaction de son entourage professionnel. « Pour la plupart des gens, un autiste est une personne qui ne parle pas, se balance et se tape la tête contre un mur. Or, il y a de multiples formes d’autisme », avance-t-elle.

Plutôt que d’expliquer sa vie, ses réactions et ses contraintes, au boulot, Géraldine compose, se cache et s’adapte… dans la souffrance. Pour éviter la corvée du bonjour matinal ? Elle arrive plus tôt que les autres. Des pauses dans la journée ? Très peu pour elle. « J’aurais l’impression de ne pas respecter mon engagement vis-à-vis de mon employeur. Je suis au bureau pour travailler, alors ça me gêne de prendre des pauses. Et puis, à plusieurs, les gens ne sont plus eux-mêmes. Ils jouent un rôle et moi j’ai du mal avec ces jeux sociaux », argumente-t-elle.

Mes deux précédents employeurs m’ont demandé de signer une rupture conventionnelle.

Alors, elle travaille sans relâche et en cachette (pour s’éviter les foudres de ses collègues plus relax) sans en tirer de réels bénéfices. « Je manque de confiance en moi, et je ne sais pas mettre en avant mon travail. Alors, il est arrivé que d’autres se l’approprient. Ça me peine mais je suis incapable de me défendre », raconte-t-elle. Compétente et performante, Géraldine passe toujours avec succès ses périodes d’essai. Mais c’est après que ça se complique. « Ce qui passe au début pour de la timidité est ensuite perçu comme un manque d’engagement, de motivation et de savoir-vivre. Mes deux précédents employeurs m’ont demandé de signer une rupture conventionnelle », raconte-t-il pas complètement sereine sur la suite de son parcours dans son entreprise actuelle. Pour mieux se comprendre et mieux comprendre les « neurotypiques », Géraldine s’est rapprochée du Collectif Atypique. En espérant y trouver des réponses à ses multiples questions.

 >> Lire aussi : 30 ans de loi handicap, où en est-on pour les cadres ?

« Depuis que je suis diagnostiqué, je suis plus audible et on me fait davantage confiance »

Christophe Morin, 51 ans, responsable de la mission insertion handicap chez Orange

Jusqu’à ses 50 ans, Christophe Morin est réputé être un professionnel très performant, avec un degré d’exigence élevé, une ponctualité à toute épreuve… mais avec ses collègues, une catastrophe. « J’étais perçu comme un donneur de leçon, colérique sans raison apparente pour les autres... J’estimais qu’ils avaient un problème d’investissement dans leur travail. J’étais très anxieux et m’interrogeais sans cesse sur ma différence aux autres. La situation devenait intenable et ma souffrance grandissait », se souvient-il. 

Et puis, dans le cadre professionnel, il assiste à une conférence sur l’autisme animée par Liliya Reshetnyak, dirigeante du cabinet Hipip IN. « Mot pour mot, je me retrouvais dans ce portrait et ce qu’on reprochait aux personnes autistes. Une révélation », insiste-t-il. Enfin diagnostiqué Asperger et haut potentiel intellectuel (HPI), sa vie professionnelle prend une autre tournure. Sa hiérarchie et quelques collègues proches sont mis au courant et son employeur lui finance un coaching ad hoc.

J’ai le droit d’être moi mais j’apprends également ce qui n’est pas acceptable pour les autres.

« Depuis 6 mois, je ne m’énerve plus. En fait, si, mais cela déborde moins. Et quand c’est le cas, mes collègues m’arrêtent en me disant que j’exagère. J’ai aussi appris à écouter mon corps et mes émotions. J’apprivoise ce syndrome. J’ai le droit d’être moi mais j’apprends également ce qui n’est pas acceptable pour les autres. Les relations quotidiennes s’en trouvent facilitées », assure-t-il. Un changement également bénéfique sur sa carrière. Aujourd’hui, les portes s‘ouvrent davantage.  « Plus apaisé, je suis capable de proposer des idées calmement sans m’agacer. Plus audible, on me fait davantage confiance », constate-t-il. Sa seconde vie professionnelle commence après 50 ans !

 

* La série The Good Doctor; diffusée sur TF1, raconte le parcours d'un chirurgien atteint du syndrome d'Asperger fraîchement nommé à l'hôpital et qui doit lutter pour se faire accepter. Après la série Atypical, disponible sur Netflix, réalisée par Robia Rashid, et avant On the spectrum, la série israélienne créée par Dana Idisis et Yuval Shafferman qui sera diffusée en 2019,  The Good Doctor contribue à faire évoluer les stéréotypes sur l'autisme.

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commentaires

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VAILLANT Yves

01/12/2018

à 17:52

Bonjour,
Je lis avec attention ces beaux témoignages et je souhaite le meilleur à ces personnes qui font face alors que leur quotidien au travail est difficile.
Pour plus de 'sérénité', pourquoi ne pas essayer le yoga qui leur apporterait la confiance en eux, le calme, mais également une meilleure relation avec les autres.

Bon vent.

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VAILLANT Yves

28/11/2018

à 23:14

Bonjour,
Je lis avec attention ces beaux témoignages et je souhaite le meilleur à ces personnes qui font face alors que leur quotidien au travail est difficile.
Pour plus de 'sérénité', pourquoi ne pas essayer le yoga qui leur apporterait la confiance en eux, le calme, mais également une meilleure relation avec les autres.

Bon vent.

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VAILLANT Yves

22/11/2018

à 22:35

Bonjour,
Je lis avec attention ces beaux témoignages et je souhaite le meilleur à ces personnes qui font face alors que leur quotidien au travail est difficile.
Pour plus de 'sérénité', pourquoi ne pas essayer le yoga qui leur apporterait la confiance en eux, le calme, mais également une meilleure relation avec les autres.

Bon vent.

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VAILLANT Yves

21/11/2018

à 10:29

Bonjour,
Je lis avec attention ces beaux témoignages et je souhaite le meilleur à ces personnes qui font face alors que leur quotidien au travail est difficile.
Pour plus de 'sérénité', pourquoi ne pas essayer le yoga qui leur apporterait la confiance en eux, le calme, mais également une meilleure relation avec les autres.

Bon vent.

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VAILLANT Yves

20/11/2018

à 22:54

Bonjour,
Je lis avec attention ces beaux témoignages et je souhaite le meilleur à ces personnes qui font face alors que leur quotidien au travail est difficile.
Pour plus de 'sérénité', pourquoi ne pas essayer le yoga qui leur apporterait la confiance en eux, le calme, mais également une meilleure relation avec les autres.

Bon vent.

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