Un stagiaire de la City meurt après 3 jours de travail non stop

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Le fait divers vient sonner la rentrée de manière glaçante. Moritz Erhardt, 21 ans, a été retrouvé mort dans son appartement par son colocataire, à quelques jours de la fin de son stage d’été au bureau de Londres de la Bank of America. Le jeune homme, ambitieux et très travailleur, a-t-il été victime de la « extreme hours culture » ou pratique d’horaires extrêmes, notamment populaire dans les grandes banques de la City ? Il aurait passé, selon les témoignages de ses proches recueillis par The Independant, près de 72 heures d’affilée à travailler et rentrait d’une énième nuit blanche. Or, toujours selon le quotidien britannique, Moritz Erhardt souffrait d’épilepsie. L’enquête a été confiée à Scotland Yard.

De son côté, la Bank of America a transmis ses condoléances à la famille sans commentaire sur les circonstances du drame. Un porte-parole, interpellé par la presse, a déclaré : « Pour l’heure, nous n’avons que des rumeurs. Attendons les résultats de l’examen des médecins légistes », avant de reconnaître que « oui, ce n’est pas un secret, les salariés des banques d’investissement travaillent beaucoup». Et cela ne date pas d’hier.

100 heures par semaine, un minimum

« C’est ce qu'on appelle "le manège magique" : quand un taxi te ramène chez toi à 7 heures du matin et t'attend en bas de chez toi pendant que tu prends ta douche pour te ramener dans la foulée au travail », témoignait il y a deux ans un stagiaire d’une grande banque de la City, dans les colonnes de l'Evening Standard. « 100 heures, c’est un minimum. En général, c’est plutôt 110 heures (de travail par semaine) », commentait un autre. Les stages estivaux des banques d’affaires de la place financière font rêver les diplômés des grandes écoles et universités, qui acceptent l’idée de travailler très dur pendant 7 à 10 semaines, contre une rémunération jugée avantageuse. Et l'espoir d'un contrat. Selon The Independant, Moritz Erhardt touchait l’équivalent de 3 100 euros par mois, avec un variable en fonction du nombre d’heures travaillées. Evidemment, ce type de pratiques n'est pas confiné au milieu de la finance, ni au territoire du Royaume-Uni, comme l'illustre le témoignage d'Ophélie Latil, alors porte-parole du mouvement Génération Précaire, qui était venue présenter sur notre site le combat de cette association de défense des stagiaires en France.

Mais le débat est particulièrement sensible outre-Manche. Andre Spicer, professeur de finance à la Cass Business School de Londres, y dénonce la "culture des heures de travail extrêmes" de certaines grandes entreprises, notamment à la City, qui s’apparente à "un rite de passage montrant à quel point un stagiaire est prêt à aller au-delà de toutes les limites raisonnables au travail". Pour lui, "les grandes sociétés doivent se demander si travailler trop d'heures est vraiment sain et productif. Pour donner une image durable et attractive à leurs employés, il est essentiel qu’elles contribuent à changer cette culture d’horaires poussée à l’extrême." En Grande-Bretagne, si le temps de travail maximum est fixé à 48 heures par semaine, la règlementation précise que les employés peuvent travailler plus "s'ils le souhaitent". Le cas Moritz Erhardt relance le débat : "Les stagiaires doivent être protégés [et] cette protection doit passer par une loi", tranche le quotidien d'information britannique The Guardian.

© Cadremploi.fr / Crédit photo Alain Aubert / Le Figaro

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