Un tiers des salariés victime de discriminations au travail

Nathalie Alonso

Ca n'arrive pas qu'aux autres : près d'un tiers des salariés du privé (29%) comme du public (31%) ont déjà été victimes d’une discrimination dans le cadre de leur travail. Seul un actif sur deux n’a jamais été témoin de discrimination au travail. Tel est le constat inquiétant dressé par le Défenseur des Droits (DDD) et de l’Organisation Internationale du Travail à l'occasion de la 7e vague du Baromètre sur la perception des discriminations au travail.

Quatre victimes sur dix se taisent

"Les discriminations, qu'elles soient voulues ou non par l'employeur, sont toujours aussi importantes en France", estime Slimane Laoufi, chef du Pôle emploi privé au Défenseur des Droits, chargé d'instruire les dossiers de discrimination dans le travail en France. Selon lui, cette situation "se nourrit" en partie "des effets de la crise", perception également partagée par les personnes interrogées (78 % dans le public, 82% dans le privé). Lorsqu'elles sont confrontées à une situation discriminante, près de quatre victimes sur dix ne font rien pour les dénoncer (37% dans le public, 40% dans le privé), soit par résignation (75% dans le public, 65% dans le privé), soit par peur des représailles (29% dans le privé).

Pour autant, précise Slimane Laoufi, le DDD est chaque année saisi d'un nombre de requêtes toujours plus important : "les gens ne veulent plus être résignés". Selon ce dernier, un tiers des dossiers de discrimination du travail transmis au DDD concerne l'accès à l'emploi (refus d'embauche, rupture de période d'essai) tandis que les deux tiers sont liés à des discriminations dans l'emploi (refus de promotion, inégalité salariale, retour de congé maternité).

Les femmes et les fonctionnaires plus concernés

Les cadres "font plus valoir leurs droits" que les autres, de sorte qu'ils composent la majorité des dossiers adressés au DDD. Davantage d'agents du service public (57%) se disent concernés par les discriminations que les salariés du privé (53%). Les femmes sont plus nombreuses à affirmer à avoir été victime d'une discrimination: les principaux critères cités par les victimes renvoient avant tout au genre (29% dans le public, 31% dans le privé) et à la maternité (19 % et 20 %). Les salariés du privé citent ensuite l'origine ethnique (27%) ou la nationalité (19%) tandis que les victimes dans le secteur public identifient plutôt leur apparence physique (22%) - et notamment l'obésité, critère en forte progression -.

Discrimination : quels sont les recours ?

Dix-neuf critères de discrimination sont prohibés par la loi dont l'âge, l'apparence physique, l'orientation sexuelle, le handicap ou encore l'origine. Le Défenseur des droits a pour mission de lutter contre ces discriminations et peut être saisi directement et gratuitement, notamment en ligne. Investie de pouvoirs d'investigations, cette instance peut déclencher une enquête auprès de l'employeur et faciliter la mise en place une réparation du préjudice à l'amiable. Le DDD peut agir en parallèle d'une action judiciaire devant le Conseil des Prud'hommes ou devant un tribunal pénal.

Nathalie Alonso © Cadremploi.fr

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