Diane, 46 ans, recruteuse : « Je mène un combat discret pour faire recruter des séniors »

Michel Holtz

SERIE « FRANCHEMENT » épisode 30 – Diane nous a contacté via le forum. Elle-même « sénior », et surtout recruteuse au sein d’un cabinet, son témoignage nous a paru précieux puisqu’elle combat à son niveau une discrimination insupportable : celle envers les séniors. Elle a préféré garder l’anonymat afin de pouvoir témoigner plus librement et surtout continuer à changer les mentalités sans attirer l’attention. Depuis quatre ans, mission après mission, elle s’applique à glisser des candidats séniors dans les short lists de ses clients. Certains ont même parfois, comme elle, des parcours aussi atypiques que le sien. Plusieurs dizaines lui doivent un poste. Retrouvez d’autres témoignages de cadres qui font bouger les choses en fin d’article et postez vos réactions sur le forum tout en bas de cette page, si le cœur vous en dit.

Dans ce 30e épisode de la série FRANCHEMENT, Cadremploi donne la parole à une recruteuse qui mène secrètement un combat éthique. Elle tente de faire recruter davantage de séniors dans les entreprises. Plusieurs dizaines de candidats lui doivent leur job.

Diane, 46 ans, recruteuse : « Je mène un combat discret pour faire recruter des séniors »
Dans ce 30e épisode de la série FRANCHEMENT, Cadremploi donne la parole à une recruteuse qui mène secrètement un combat éthique. Elle tente de faire recruter davantage de séniors dans les entreprises. Plusieurs dizaines de candidats lui doivent leur job.

D’où lui vient cette conviction ? Pourquoi Diane (son prénom a été changé) s’applique-t-elle, depuis quatre ans qu’elle est consultante en recrutement dans ce cabinet, à vouloir bousculer la norme établie ? Celle qui veut qu’un bon candidat ne soit pas trop vieux et armé d’un parcours lisse et cohérent. Peut-être parce qu’elle-même, à 46 ans, est considérée comme sénior et peut-être aussi parce que le parcours qui l’a mené à ce poste n’est pas aussi lisse que les CV que ses clients adorent.

 

Je fais face à des demandes totalement ubuesques et discriminatoires venant de certains clients. Alors qu’il n’y a strictement aucune raison.
Diane, consultante en recrutement

Du tourisme aux instances européennes

Car pour Diane, tout a commencé bien loin des RH, par un BTS Tourisme. Au bout de quatre ans, elle se réoriente vers l’assistanat de direction et exerce plusieurs fonctions dans ce domaine. Douée pour les langues, elle atterrit à Bruxelles où elle travaille pour les instances européennes pendant une dizaine d’années. « A ce moment-là, j’ai ressenti le besoin de reprendre des études ». Elle s’inscrit aux Beaux-Arts de Bruxelles, en cours du soir, en continuant à exercer son activité professionnelle. « L’idée, c’état de me diriger vers la décoration intérieure ».

 

Des Beaux-Arts aux RH

Mais des nécessités familiales en décideront autrement, la création attendra et la voilà de retour à Paris. Elle y décroche un emploi d’office manager dans une grande entreprise. Une fonction qu’elle apprécie pour son côté « couteau suisse ». « On y touche à tout : aux services généraux comme à l’événementiel, à la com interne comme aux RH ». Et la découverte de ce dernier domaine est une révélation pour elle qui décide de passer un Master en ressources humaines en alternance. Elle n’ira pas au bout de son cursus et se retrouvera embauchée en qualité de consultante dans le cabinet où elle officie toujours.

Les seniors ? Plus fidèles que les juniors

Depuis, elle est une sorte d’ambassadrice pour tous ceux qui, comme elle, ne sortent pas de l’école qu’il faut, avec le parcours qui convient. Tous ceux, aussi, qui ont dépassé les 45 ans, l’âge qui sonne, pour nombre de jobs, comme une date de péremption, où l’on passe du statut de junior expérimenté, à sénior banni. Diane s’insurge. Elle en a fait son combat secret.

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Les seniors, elle leur trouve les qualités que les juniors n’ont pas.

Les séniors sont à l’inverse de ce que j’appelle les profils Tinder qui ont l’habitude de zapper entre les jobs et qui, parfois ne cherchent même plus de CDI.

A l’inverse, les seniors, par leur fidélité, peuvent rassurer les entreprises qui veulent bien les rencontrer et éventuellement les recruter. Du moins ceux que Diane leur présente.

L’industrie préfère les juniors

Car pour chaque poste que ses clients lui confient, elle prend soin de glisser des candidats séniors dans la short-list qu’elle présente. Sont-ils retenus ? Pas toujours évidemment, « surtout dans l’industrie », le secteur le plus réticent selon elle, à embaucher des quadras avancés ou des quinquas. « En revanche, dans les cabinets conseils pour lesquels je recrute aussi, c’est plus simple ». Et Diane parvient non seulement à faire recruter des seniors, mais aussi des cadres aux parcours atypiques comme le sien.

Les atypiques sont plus adaptables

Contrairement à ce qu’on entend partout, le terrain reste réfractaire aux profils accidentés :

Les entreprises ont encore peur des gens qui ont enchaînés des CDD, voire des périodes d’intérim, mais elles se rendent compte que ce sont souvent des collaborateurs super adaptables à de nouveaux milieux professionnels

Plus souvent en tous cas que ceux qui ont passé vingt ans dans la même boîte.

Quant à la critique souvent opposée à l’éloge des seniors qui veut qu’ils ont tout vu, tout entendu et sont ingérables, elle la balaie d’un revers :

Les seniors sont surtout des gens qui n’aiment pas qu’on leur mente. Les entreprises doivent être claires avec eux. Il ne faut pas leur raconter d’histoire, ni sur la boîte elle-même, ni sur le poste. Les entreprises qui sont franches n’ont jamais à le regretter.

Et les seniors, comme les atypiques qui passent par le bureau de Diane non plus. En l’espace de quatre ans, ils sont plusieurs dizaines à avoir bénéficié de sa bienveillante attention.

#Franchement sur Cadremploi, une série originale et interactive

La rédaction de Cadremploi se mobilise pour donner la parole aux candidats décidés à faire bouger leur vie professionnelle. Comme il n'est pas toujours facile de témoigner à visage découvert quand on parle de sa carrière, nous offrons la possibilité de rester anonyme. Si vous pensez que votre histoire peut inspirer d'autres cadres, laissez-nous un message à[email protected]en expliquant en quelques mots votre histoire. Précisez en objet "#Franchement". Un journaliste vous contactera. Merci à vous.

Tags : senior
Michel Holtz
Michel Holtz

Journaliste économique et social, Michel Holtz scrute les tendances de l’emploi, du management et de la vie professionnelle des cadres, toujours à l’affût des nouveaux outils et des dernières transformations de la vie au travail.

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