Élections lĂ©gislatives : ces employeurs qui encouragent leurs salariĂ©s Ă  aller voter

Sylvie Laidet-Ratier

TEMOIGNAGES 📱 AprĂšs les rĂ©sultats des Ă©lections europĂ©ennes et l’annonce de la dissolution de l’AssemblĂ©e nationale par le prĂ©sident de la RĂ©publique, certains employeurs – mais ils ne sont pas lĂ©gion – se mobilisent pour appeler leurs collaborateurs aux urnes. Pourquoi un tel engagement sociĂ©tal ?

Est-ce le rÎle d'un employeur d'inciter ses collaborateurs à faire leur devoir de citoyens ? Oui répondent en coeur (de gauche à droite) Jean-Sébastien Leleu, Marion Darrieutort, Elise Cabanes et François Verrecchia.

Élections lĂ©gislatives : ces employeurs qui encouragent leurs salariĂ©s Ă  aller voter
Est-ce le rÎle d'un employeur d'inciter ses collaborateurs à faire leur devoir de citoyens ? Oui répondent en coeur (de gauche à droite) Jean-Sébastien Leleu, Marion Darrieutort, Elise Cabanes et François Verrecchia.

62% des cadres d'accord pour être rappelés au vote

A la veille des élections européennes, le think tank Entreprise & Progrès avec Odoxa, a posé une question audacieuse aux Français :

« Les entreprises devraient-elles inciter les salariés/citoyens à voter ? »

57% des Français et 54% des salariés considèrent que, oui, les entreprises sont légitimes sur ce sujet. Cette approbation est encore plus marquée parmi les cadres (62 %). Les jeunes, qui s’abstiennent pourtant le plus, se montrent même très favorables à cette incitation démocratique (58 % des 18-24 ans et 63 % des 25-34 ans).

C’est une excellente surprise que plus de la moitié des Français et des salariés considèrent l’entreprise comme un acteur légitime de l’engagement citoyen car ce sujet de l’éducation politique n’a jusqu’alors jamais été un sujet embrassé par les employeurs. Si les cadres y sont encore plus favorables que les autres c’est parce qu’ils sont sensibles à la responsabilité sociétale de l’entreprise et le vote en fait partie.
Marion Darrieutort, présidente d’Entreprise & Progrès

Des encouragements à aller voter mais sans militantisme

Si l’entreprise joue un rôle légitime pour encourager ses collaborateurs à prendre part à la vie démocratique, elle ne peut néanmoins pas être le lieu de débats partisans. Et encore mois se poser en officine de tel ou tel parti politique. C’est tout simplement interdit par le Code du travail. Pour s’engager sur le terrain, les entreprises emploient différents moyens.

Pour le dirigeant de Compagnum, le vote fait partie de l'impact sociétal

Le lundi 10 juin, au lendemain des élections européennes, François Verrecchia, co-fondateur de Compagnum, a profité de la réunion matinale pour rappeler à son équipe (5 personnes) l’importance de se mobiliser de nouveau pour les deux tours des élections législatives. 

« A l’heure où la RSE est sur toutes les lèvres, l’entreprise doit questionner son impact sociétal entre ses murs et hors les murs, » argumente le co-fondateur de ce cabinet spécialisé dans l’accompagnement des entreprises sur des sujets de réindustrialisation, également membre du CJD.

Comment questionner sans afficher ses propres convictions ?

Inviter ses employés à prendre le vélo est un geste citoyen, aussi simple que celui d’encourager de se rendre à la mairie ou au bureau de vote de l’école primaire un dimanche matin. Il ne s’agit pas d’afficher ses propres convictions, mais d’affirmer que l’entreprise fait société et que nous avons tous des responsabilités les uns envers les autres. Pourquoi cela serait-il choquant de rappeler que nous faisons partie d’une seule et même “société”, avec une liberté qui nous oblige à des responsabilités ?
François Verrecchia, co-fondateur de Compagnum

Appel au vote sur les boucles WhatsApp du CJD; silence radio à l'ANDRH

Au sein du réseau de jeunes dirigeants (CJD), de nombreux échanges ont lieu depuis le 10 juin sur les boucles WhatsApp internes. On y débat dans le but de statuer sur l’opportunité de mobiliser les salariés sur le sujet. Pour le réseau, « encourager ses collaborateurs à aller voter est autant un acte citoyen qu’un acte entrepreneurial stratégique, qui vise à garantir la pérennité des entreprises françaises ».

Rien de tel au sein de l’ANDRH. Un porte-parole nous précise que « l’association étant apolitique, nous avons fait le choix de ne pas nous exprimer sur ce sujet jusqu’à l’issue des élections législatives ».

Chez Epicture groupe, bientôt des cours de sciences politiques ?

Pour les mêmes raisons d’engagement sociétal, le sujet des élections s’est aussi invité chez Epicture groupe, un éditeur de logiciels dédiés à l’amélioration des services publics. « Après avoir beaucoup hésité, j’avais finalement envoyé un mail à nos 60 salariés pour leur rappeler qu’il était important pour une démocratie d’aller voter pour les Européennes », explique Jean-Sébastien Leleu, le dirigeant.

Au lendemain du scrutin, un peu groggy par les résultats, celui qui a toujours été transparent sur ses opinions politiques, échange â bâtons rompus avec ses collaborateurs. Il écoute avec attention une jeune salariée de 24 ans qui se pose beaucoup de questions et conçoit alors une idée de formation à la citoyenneté :

Elle disait ne rien comprendre à la droite, la gauche, aux alliances, au mode de scrutin pour les prochaines législatives… Donc j’ai réfléchi à une formation ouverte à tous qui rappellerait des évidences comme le rôle de l’Assemblée nationale, le processus de création d’une loi, et qui décrypterait les programmes des trois grands blocs politiques en présence. Je cherche un animateur formé à la communication non violente pour animer cette formation car l’idée est d’informer et d’éviter les tensions au sein des équipes. On a des salariés engagés de tout bord.
Jean-Sébastien Leleu, dirigeant d'Epicture groupe

Epoca pratique la vigilance républicaine

Chez Epoca, une start up spécialisée dans la télésurveillance médicale à destination des patients âgés polypathologiques, pendant le week-end des élections européennes, quelques salariés ont rappelé l’importance d’aller voter sur le canal « Social Random » du Slack interne.

Elise Cabanes

« C’était rassurant de voir que le dialogue était ouvert et possible. Le lundi soir autour d’un verre informel qui réunissait l'équipe tech parmi nos 44 salariés, j’ai décidé d’évoquer les résultats inhabituels de façon détendue. Notre métier est de servir tout le monde, j’ai donc souhaité affirmer la défense des valeurs de la République et notre déontologie quels que soient le vent, la tempête et les orages. C’était un moment d'alignement sur les valeurs qui animent notre société et je voulais m'assurer que quels  que soient nos courants de pensées, notre diversité, nous marchions toujours dans la même direction : le patient. J’ai aussi signifié l’Histoire passée car la mémoire est souvent défaillante », illustre Elise Cabanes, la PDG.

Sylvie Laidet-Ratier
Sylvie Laidet-Ratier

Journaliste indĂ©pendante, je rĂ©alise des enquĂȘtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariĂ©s en entreprise. ÉgalitĂ© femmes-hommes, diversitĂ©, management, inclusion, innovation font partie de mes sujets de prĂ©dilection.

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