Et si vous postuliez… dans un cabinet de recrutement ?

Gwenole Guiomard

SECTEUR QUI RECRUTE – Les embauches repartent dans les entreprises. Et par effet de domino, les cabinets de recrutement qui les aident à staffer leurs équipes doivent eux-mêmes recruter. En cette fin de deuxième trimestre 2021, leurs effectifs devraient avoir grossi de 10 %. A cela, devrait s’ajouter des embauches massives dans l’intérim. Environ 4000 postes de manager d’agence, de consultant ou de commerciaux sont à pourvoir dans un secteur ouvert aux profils venus d'autres secteurs. Témoignages d'insiders et conseils pour bien cibler ses candidatures.

Environ 4000 postes à pourvoir dans les cabinets de recrutement

Et si vous postuliez… dans un cabinet de recrutement ?
Environ 4000 postes à pourvoir dans les cabinets de recrutement

Ils témoignent

  • Stéphanie Lecerf, la DRH de Pagegroup France
  • Frank Ribuot, président du groupe Randstad en France
  • Frédéric Seguy, DRH de Manpower France
  • Marie Hathroubi, directrice du recrutement et de la formation interne Hays
  • Julien Badr, président du réseau Mercato de l’emploi
  • Roland Gomez, le directeur général de Proman
  • Frédéric Seguy, DRH de Mapower
  • Coralie Rachet, dirigeante de Robert Walters France
  • Frédéric Clausier, CEO de MacAnders
  • Hymane Ben Aoun, dirigeante du cabinet Aravati
  • Julie Bertoni, DRH groupe FED
  • Benjamin Jean, cofondateur de Recruiter's Kitchen

Le conseil en recrutement recrute en 2021-2022

Après un arrêt brutal en mars 2020, Covid oblige, le conseil en recrutement reprend son souffle et redémarre. Le monde des cabinets de recrutement, des chasseurs et autres consultants en recrutement a connu « une progression de près de 9 % de ses effectifs sur le 1er semestre 2021, estime un connaisseur du secteur. Cette hausse est naturellement tirée par les grandes sociétés ».

Stéphanie Lecerf

Une embellie qui devrait se poursuivre au second semestre 2021 et tout au long de l’année 2022. « Si une nouvelle vague du Covid ne vient pas rebattre les cartes, prévient Stéphanie Lecerf, la DRH de Pagegroup France, l’un des leaders des cabinets de recrutement français en terme de missions réalisées annuellement. Le groupe annonce 100 embauches à réaliser en interne pour cette fin 2021.

Au minimum 4000 postes à pourvoir d’ici 2022

Ces recrutements seront donc nombreux mais il est difficile de les quantifier précisément. Les professionnels du secteur tablent sur une augmentation des embauches de 10 % au 2e semestre 2021.

Si l’on prend les effectifs des cabinets de recrutement (environ 9000 consultants* à fin 2017), le secteur devrait donc embaucher environ un millier de nouveaux salariés.

A cela s’ajoute les recrutements pour les sociétés d’intérim. Leur nombre de salariés est de l’ordre de 29 000 selon leur syndicat Prism’emploi. Si on applique le ratio de 10 %, cela signifie aussi 2 900 emplois supplémentaires de la part de ces 600 entreprises présentes dans toute la France. Soit au moins 4000 offres de cadres à pourvoir d’ici 2022.

Frank Ribuot

Mais sûrement plus quand on analyse les prévisions de recrutement du géant du secteur, le groupe Randstad. « Nous devrions embaucher 1000 salariés d’ici 2022, précise ainsi Frank Ribuot, le président du groupe en France. Ce seront principalement des responsables d'agence, des consultants, des responsables de compte ».

« Nous tablons sur un minimum de 500 embauches d’ici 2022, renchérit Frédéric Seguy, DRH de Manpower France. Ce seront des « business developer », des consultants en recrutements et des managers en CDI et en alternance. Nous donnons donc un gros coup d’accélérateur sur nos embauches en interne via ce plan validé pour les 3 prochaines années ».

Nous disposons de 25 spécialités et en moyenne, chacun de nos consultants travaille sur 25 à 30 % de missions en plus qu’en début d’année. Il nous faut embaucher.
Marie Hathroubi, Hays
Marie Hathroubi

Chez Hays, autre poids-lourds du secteur, la directrice du recrutement et de la formation interne, Marie Hathroubi, annonce « une grosse campagne de recrutement qui a commencé en avril 2021 avec 150 embauches prévues d’ici à juin 2022. L’activité reprend, explique-t-elle. Nous disposons de 25 spécialités et en moyenne, chacun de nos consultants travaille sur 25 à 30 % de missions en plus qu’en début d’année. Il nous faut embaucher ».

Cette euphorie fait aussi le bonheur de nouveaux arrivants sur ce marché. C’est le cas, par exemple, du réseau « Mercato de l’emploi », fédérant des recruteurs indépendants. « Nous en accueillons environ 10 à 15 nouveaux par mois », s’enthousiasme Julien Badr, le président.

Profils recherchés : majoritairement expérimentés et issus des métiers

80% de profils expérimentés

Selon le Syntec recrutement, le syndicat des cabinets de recrutement comptant 120 cabinets et réalisant 70 % du CA de la profession, « les profils recherchés par leurs membres, en 2021, sont sans surprise expérimentés (à hauteur de 80 %) complétés par 17 % de profils intermédiaires et 3 % de jeunes diplômés. De manière qualitative, ce sont des développeurs business, ne venant pas forcément de l'Executive Search mais des métiers des clients ».

 

Des softskills d’intrapreneurs

L’originalité du secteur ? Il donne sa chance à des profils qui ne sont pas expérimentés du recrutement mais qui connaissent bien un métier (finance, IT, ingénierie, commercial, etc.)

A titre d’exemple, un cabinet comme Robert Walters demande aux candidats une expérience réussie dans l’un de leurs métiers de référence (Finance, IT, Ingénierie, Juridique, RH…), une âme d’intrapreneur, la volonté de créer de la valeur ajoutée, développer son activité et le sens du service tout comme le respect envers les candidats…

 

Un secteur ouvert aux non-diplômés

Même si la plupart des employeurs recherchent des Bac +3-5, le métier fait toujours partie des secteurs relativement ouverts.

Roland Gomez

C’est le cas chez le self made man Roland Gomez, le directeur général de Proman. Cette société d’intérim, partie de Manosque en 1990, a conquis en trente ans la France et une partie de l’Europe. Il s’annonce désormais comme le 4e acteur européen sur le marché du travail temporaire, du recrutement CDD/CDI.

Nous avons recruté des anciens du travail temporaire, mais aussi des ingénieurs et même un barman qui nous a rejoint et qui surperforme.

« Notre groupe recherche, pour cette année, environ 200 cadres sur des postes de responsables d’agence, de commerciaux ou de recruteurs. En terme d’embauches, nous sommes ouverts à tout type de personnalités et tout type de diplômés. Nous avons recruté des anciens du travail temporaire, mais aussi des ingénieurs et même un barman qui nous a rejoint et qui surperforme. Nous sommes une entreprise qui donne sa chance à ses salariés. A titre personnel, j’ai créé mon entreprise avec un bac éco et un BTS en alternance. Cela ne m’a pas empêché de devenir l’un des tous premiers groupes de recrutement en France et en Europe ».

Frederic Seguy

Le parcours du DRH de Manpower, Frédéric Seguy, est un autre exemple de la propension de ces métiers à promouvoir ses troupes. Le jeune homme a commencé en bas de l’échelle avec, en poche, le diplôme de l’IFAG. Il a ensuite gravi les échelons de l’entreprise pour intégrer, en tant que DRH le comité exécutif. « J’ai débuté sur une fonction commerciale en 1997, suis passé à Périgueux comme responsable d’agence en 2001. J’ai ensuite travaillé à la DRH en 2004 puis en direction du back office en 2011 pour être nommé DRH en 2019. Au comité de direction, la moitié des membres ont le même parcours que moi y compris le directeur général Jean-François Denoy ».

Salaires : quels cabinets paient le mieux ?

Pour qui travaille beaucoup, le secteur du recrutement sait être reconnaissant. Chez Manpower, les directeurs régionaux peuvent émarger à des salaires dépassant les 150 000 euros brut par an. Des cursus de type executive MBA sont aussi prévus pour les hauts potentiels. Mais un jeune diplômé commercial débutera à 40 000 euros brut par an et un chef d’agence émargera à 50 000/60 000 euros brut par an.

Coralie Rachet

« En début de carrière, ajoute Coralie Rachet, dirigeante de Robert Walters France, un jeune consultant, avec 5 ans d’expérience, peut espérer 45 000 euros brut par an mais il n’est pas rare qu’il en reçoive jusqu’à 80 000 euros. Ensuite, les bons éléments peuvent obtenir des packages dépassant les 100 000 voire 200 000 euros brut par an. Nous proposons aussi un intéressement, de nombreuses formations et même une voiture de fonction à certains de nos salariés ».

Chez MacAnders (40 embauches prévues dans les 12 mois qui viennent), un chargé de recherche performant touche de 35 000 à 40 000 euros brut par an en début de carrière. Ensuite, il peut devenir consultant. « Nous offrons des rémunérations au-dessus du marché, commente le président Frédéric Clausier. Un consultant qui performe perçoit plus de 80 000 euros brut par an sinon il doit changer d’orientation ».

Julie Bertoni

Dans notre secteur, poursuit Julie Bertoni, DRH groupe FED (280 salariés en France et 30 recrutements prévus d’ici décembre 2021), un jeune perçoit, en début de carrière 30 000 euros brut par an. A 5 ans, il percevra entre 40 00 et 60 000 euros brut par an. Mais nous n’avons pas de plafond et on peut espérer beaucoup plus car on peut réussir des tas de chose en 5 ans chez nous ».

Benjamin Jean, cofondateur de Recruiter's Kitchen, une communauté de recruteurs indépendants, estime «  qu’un bon élément pourra recevoir 45 000 euros brut par an assez rapidement mais avec des semaines de 45-55 heures. Les 35 h, dans ce secteur, cela n’existe pas. Pour réussir, il faut être tenace, ce n’est pas tous les jours faciles de se faire rembarrer.  Empathique, il faut aimer passer du temps avec les gens et être curieux. Il faut aimer apprendre. Avec ces trois éléments, les salaires augmentent très rapidement ».

Salaires : vaut-il mieux être expert métier ou expert en recrutement ?

Hymane Ben Aoun

« Il existe deux profils de consultants, ajoute Hymane Ben Aoun, la dirigeante d’Aravati (10 recrutements prévus cette année) et membre influente du Syntec recrutement :  

  • Celui de l’expert métier voulant réaliser une 2e partie de carrière tournée vers l’humain. Ils perçoivent de 50 000 à 60 000 euros brut par an et plus selon les missions réalisées.
  • Et le consultant historique, avec un carnet d’adresses et des réseaux pour chercher des candidats et des clients. On se les arrache ».

Ce sont ces derniers qui sont les mieux payés.

* selon Le guide des professionnels du recrutement, éditions du Management (dernière parution 2017)

Exemple de cabinets de recrutement qui recrutent

La plupart des cabinets de recrutement et des agences d’intérim recrutent, en interne, des cadres en ce moment. Voici les estimations d’embauche pour la période juillet 2021-juin 2022 de quelques uns :

Nom du   cabinet de recrutement Prévisions de recrutement
Groupe   Randtad 1000 recrutements en 2021-2022
Manpower   France 500 postes minimum d'ici 2022
Proman 200 recrutements en 2021-2022
Hays 150 recrutements en 2021-2022
Pagegroup Environ 100 recrutements en 2021
Walters   People Plus de 60 postes à horizon mi-2022
Robert   Walters 50 postes en 2021-2022
MacAnders 40 embauches d'icu 2022
Groupe   FED 30 recrutements d’ici 2022 s’il n’y a pas de nouvelle vague
Aravati 10 recrutements d’ici 2022
Mercato   de l’emploi 10 à 15 recrutements en indépendant par mois
Gwenole Guiomard
Gwenole Guiomard

Je suis journaliste spécialisé dans les questions de formation et d’emploi. L’un ne doit pas aller sans l’autre et la compréhension des deux permet de s’orienter au mieux. Je rédige aussi, tous les deux ans, le Guide des professionnels du recrutement. Je suis aussi passionné d’histoire et amoureux des routes de la soie.

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