Qui sont ces cadres au chômage qui peinent à trouver un emploi ?

Michel Holtz

PORTRAIT STATISTIQUE - Tout va bien pour les cadres. Avec un taux de chômage de 4,1%, ils sont mieux armés que les autres populations sur le marché de l’emploi mais aussi face à la réforme des retraites qui prévoit de maintenir plus longtemps les salariés en emploi. Pourtant, 589 000 sont inscrits au chômage et certains profils peinent tout particulièrement à retrouver un emploi. Une étude inédite, menée par Pôle emploi et l’Apec lève enfin le voile sur ces exceptions et détaille les trois profils particulièrement fragilisés sur le marché de l'emploi des cadres. En fonction de leur âge, de leur lieu de résidence ou encore de leur niveau d'études, leur retour à l'emploi est loin d'être aussi aisé.

Une étude inédite publiée par Pôle emploi et l'Apec dresse un portrait des cadres au chômage. Des data que l'on attendait depuis longtemps sur leur profil, leur formation, leurs parcours, les métiers recherchés et retrouvés, leurs revenus et l’indemnisation.

Qui sont ces cadres au chômage qui peinent à trouver un emploi ?
Une étude inédite publiée par Pôle emploi et l'Apec dresse un portrait des cadres au chômage. Des data que l'on attendait depuis longtemps sur leur profil, leur formation, leurs parcours, les métiers recherchés et retrouvés, leurs revenus et l’indemnisation.

4.1% de cadres au chômage : un constat statistique en trompe-l'œil

Ce n’est pas un hasard. Au moment même où la réforme des retraites fait débat, et risque d’animer la vie politique, sociale et sociétale des prochaines semaines, l’Apec (Agence pour l’emploi des cadres) s’est alliée à Pôle Emploi pour livrer un portrait statistique des cadres au chômage.

Quel rapport avec l’allongement de la vie active voulue par l’exécutif dans cette réforme ? C’est un point essentiel : prolonger la durée du travail exige que les salariés aient toujours un travail en fin de carrière. Y compris les cadres.

Même chez les cadres censés retrouver un emploi plus facilement que les autres salariés, l’étude constate qu’il existe des exclus.

Évidemment, le chômage des cadres est moins élevé que par rapport au reste de la population, et l’étude le rappelle : les cols blancs sont en "qausi plein-emploi" avec un taux de chômage de 4,1 % en 2021*, contre 7,9 % pour les autres catégories. Mais parmi ce (faible) taux de cadres à la recherche d’un job, certains d’entre eux frôlent celui des ouvriers et des employés.

 

* Source : 2021, des recrutements de cadres proches du niveau record d’avant-crise, Apec, 2022

 

Qu’appelle-t-on un “demandeur d’emploi cadre” ?

Sont considérés comme demandeurs d'emploi cadres les personnes inscrites à Pôle emploi déclarant rechercher un emploi de cadre, qu'ils l'aient été ou non dans leur emploi précédent. A noter que toutes ces personnes ne sont pas sans emploi, certaines (catégorie E) exerçant une activité rémunérée tout en étant inscrites à Pôle emploi et en inactivité certains mois.

589 000 demandeurs d’emploi cadres étaient inscrits en catégories ABCDE à Pôle emploi à fin juin 2022. Parmi eux :

  • 50% étaient sans emploi (catégorie A),
  • 32% exerçaient une activité réduite (catégories B et C),
  • 6% étaient en stage, en formation ou malades (catégorie D),
  • 12% étaient en emploi (catégorie E). Cette catégorie, qui comprend les créateurs d’entreprises est plus représentée chez les demandeurs d’emploi cadres que chez les autres demandeurs d’emploi (6%).

485 000 demandeurs d’emploi inscrits en catégories ABC recherchaient un emploi cadre en juin 2022.

Âge : 6,8% des cadres au chômage ont plus de 55 ans

Parmi les populations de cadres en difficulté, les seniors de plus de 55 ans sont 6,8% à se retrouver sans travail. Ils sont même 7,5% s’ils résident hors Ile-de-France.

102 000 demandeurs d’emploi de 55 ans et plus recherchent un emploi cadre

Source : Source : Insee, enquête Emploi 2021, traitement Apec

Parmi ces séniors, 36% sont des chômeurs de longue durée qui totalisent plus de 12 mois sans travail.

Ainsi, plus de la moitié des seniors sont chômeurs de longue durée, et 20% sont chômeurs de très longue durée (supérieure à 2 ans en catégorie A

sur 27 mois). Les cadres seniors rencontrent en effet de plus grandes difficultés à retrouver un emploi pour cause de fermeture des entreprises à leur

candidature. Autant dire que cette population, souvent arrivée tard sur le marché du travail (ils ne sont que 25% de niveau inférieur à Bac +2), est plus exposée au risque de chômage et voit donc s’éloigner le nombre d’annuités qui lui reste à acquérir jusqu’à la retraite.

A partir de 55 ans, les chances de retrouver un emploi après une période de chômage s'amenuisent fortement.

Taux d'accès à l'emploi selon l'âge :

Lieu de résidence : les cadres issus de quartiers défavorisés davantage au chômage

Plus inattendu, un autre profil de cadres rencontre des difficultés de retour à l’emploi : les cadres issus des « quartiers prioritaires de la politique des villes » (QPV), l’appellation pudique pour désigner les quartiers difficiles qui bénéficient d’une aide gouvernementale ciblée.

30 500 demandeurs d’emploi en QPV recherchent un emploi cadre.

Parmi les 30 500 demandeurs d’emploi cadres habitant dans ces zones, près de la moitié ont moins de 35 ans. C’est justement la tranche d’âge où leurs congénères, issus de quartiers plus favorisés, ont le moins de mal à trouver un job. Au point que les auteurs de l’étude expliquent que le faible taux de chômage des cadres en général est justement lié à « la sortie des listes plus rapide des demandeurs d'emploi cadres de moins de 35 ans ». Mais pas tous.

Répartition des demandeurs d’emploi cadres des QPV par région :

Niveau d'études : les moins diplômés sur-représentés parmi les cadres au chômage

Le niveau de diplôme des demandeurs d’emploi cadres influe aussi sur leur retour à l’emploi. Ainsi, 20% des actifs à la recherche d'un emploi de cadre ont un diplôme inférieur à bac+2, alors qu'ils ne représentent que 14% des cadres en emploi.

Répartition des demandeurs d'emploi cadres par niveau de diplôme :

Période de chômage : les cadres chômeurs de longue durée pénalisés

Au delà de 12 mois sans emploi sur les 15 derniers, on parle de chômage de longue durée. Chez les cadres, 20% des chômeurs correspondent à ce profil (vs 22% chez les non-cadres).

95 000 demandeurs d’emploi de longue durée recherchent un emploi cadre

Parmi ces cadres en chômage de longue durée, 39% sont âgés de 55 ans et plus, 6% habitent dans un quartier prioritaire (QPV) et 5% ont déclaré un handicap. Quand ils cumulent plusieurs critères, la fragilisation est encore plus forte.

Métiers : ces cadres obligés de changer de métier pour sortir du chômage

L'étude met à mal le cliché qui veut qu'il est difficile de changer de métier en France : 65% des cadres ont changé de métier pour retrouver un poste et pour la moitié d'entre eux, ils ont même changé de domaine professionnel.

Dans le détail :

  • 50% ont retrouvé un poste dans un autre domaine professionnel
  • 35% ont retrouvé dans le métier recherché
  • 15% ont retrouvé un métier différent mais dans le même domaine professionnel

Ce sont plus souvent les jeunes qui trouvent un emploi dans un autre domaine professionnel (57% des moins de 25 ans)

Seuls 35% des demandeurs d’emploi cadres trouvent un emploi qui correspond exactement au métier qu’ils recherchent.
TOP 20   des familles de métiers recherchés par les demandeurs d’emploi cadres
Cadres commerciaux, acheteurs et cadres   de la mercatique 51700
Cadres administratifs, comptables et   financiers (hors juristes) 39000
Ingénieurs et cadres d'études, R&D en   informatique, chefs de projets informatiques 29500
Cadres de la communication 18700
Cadres des RH 16300
Ingénieurs du BTP, chefs de chantiers et   conducteurs de travaux 14000
Cadres A de la fonction publique 12900
Professionnels des spectacles 11800
Ingénieurs et cadres d'étude, R&D   dans l’industrie 11500
Secrétaires de direction 11300
Cadres des magasins 10000
Ingénieurs et cadres technicocommerciaux 9600
Graphistes, dessinateurs, stylistes,   décorateurs et créateurs de supports de communication visuelle 9500
Juristes 8600
Cadres de l'hôtellerie et de la   restauration 8400
Chercheurs   (sauf industrie et enseignement supérieur) 8000
Formateurs 7600
Cadres dirigeants des grandes entreprises 7500
Attachés commerciaux 7500
Dirigeants de petites et moyennes   entreprises 7300

Inscription : des demandeurs d'emploi "fantômes"

À ces seniors, ces moins diplômés et à ces jeunes des quartiers sensibles, s’ajoute une autre population souvent en difficulté, mais non mentionnée, car non répertoriée dans les fichiers de Pôle emploi ou de l’Apec. L’étude mentionne bien 18 % de cadres au chômage « indemnisables mais non indemnisés » sans que l’on sache réellement qui ils sont.

Des chercheurs d’emploi qui renoncent à s’inscrire ? Ou des cadres sans emploi qui ont opté pour des missions de consultants ou d’auto-entrepreneurs et qui pourraient, en parallèle, toucher quelques subsides de l’assurance-chômage ? C’est vraisemblable. Mais ces chercheurs d’emploi invisibles, comme les jeunes nés dans les mauvais quartiers, et comme leurs ainés considérés trop tôt comme seniors, sont aujourd’hui dans l’angle mort de l’emploi cadres. Ils le sont également dans la réforme des retraites ou, pour le moment, peu de choses sont prévues pour qu’ils atteignent 64 ans avec le nombre d’annuités suffisantes.

« L’index séniors» ou l'arme du « name and shame »

Olivier Dussopt a répété à maintes reprises que  "L'objectif du plein emploi n'est atteignable que si on améliore le taux d'emploi des seniors". Le ministre du Travail en pleine bataille des retraites espère pouvoir compter sur un « index seniors », voulue par la Première ministre, pour que les dernières années des cadres se déroulent sans encombres.

Pour Elisabeth Borne, cet index constitue à ce jour, LA solution au problème. L’index est une mise à l’index des entreprises qui ne jouent pas le jeu en étant affichées façon « name and shame ». Le nom des entreprises qui ne respectent pas le quota de seniors sera donc publié afin qu’elles soient conspuées en place publique.

A partir de quel âge, pour quel pourcentage ? « Les modalités en seront définis à l’issue d’une concertation interprofessionnelle », s’est contenté de dire Olivier Dussopt. Tout ce qu’on sait pour le moment, c’est qu’il ne concernera que les entreprises de plus de 1000 salariés cette année. Rappelons que ce genre de procédé de « nomination de la honte » n’a jamais porté ses fruits lors des précédentes tentatives (notamment sur l’égalité hommes-femmes) et qu’en outre, le non-respect de cette future règle ne donnera lieu à aucune sanction financière.

Michel Holtz
Michel Holtz

Journaliste économique et social, Michel Holtz scrute les tendances de l’emploi, du management et de la vie professionnelle des cadres, toujours à l’affût des nouveaux outils et des dernières transformations de la vie au travail.

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