Emmanuel, 52 ans : « J’ai senti qu’il était temps de faire de ma passion mon métier et j'ai foncé »

Michel Holtz

SERIE « FRANCHEMENT » épisode 16 – Quitter le monde de l’assurance pour devenir réalisateur d’émissions de radio, faut pas rêver ? C’est pourtant la reconversion de rêve qu’Emmanuel Benito a réussi. Une solide formation l’a évidemment aidé, mais aussi, plus étonnamment, les compétences qu’il a développées dans son ancien métier. Il témoigne de son étonnant parcours pour transformer sa passion en métier. Retrouvez, en fin d’article, d’autres témoignages de cadres, sans filtre.

Episode 16 de notre série originale sur les cadres en transition. Emmanuel a fait le grand saut en passant de l'assurance à l'audiovisuel.

Emmanuel, 52 ans : « J’ai senti qu’il était temps de faire de ma passion mon métier et j'ai foncé »
Episode 16 de notre série originale sur les cadres en transition. Emmanuel a fait le grand saut en passant de l'assurance à l'audiovisuel.

Le rêve de quitter un job sécurisant pour vivre de sa passion

Comme le chantait Laurent Voulzy, « il faut voir comme ça balance dans les assurances ». Emmanuel Benito connait la chanson, celle qui se fredonne, comme celle, douce, tranquille et rassurante qui l’a rattaché pendant des années à cette grande compagnie d’assurances ou il est entré, dès son DUT de gestion en poche. Il en a gravi les échelons jusqu’en 2019.  « Pendant les dix dernières années, j’étais responsable des réseaux de prestataires du département assistance ». Mais en parallèle, Emmanuel menait une autre vie.

J’ai toujours eu une pratique artistique, autour du théâtre et de la musique.
Emmanuel Benito

Il conduisait ses projets sur scène et dans les écoles, en amateur ou parfois en semi-professionnel. Et puis, un jour, il s'est dit qu’il était temps. A 50 ans c'était le moment pour lui d’allier passion et profession.

 

Il choisit la meilleure formation, mais aussi la plus chère

On est en 2019, et il commence par faire un classique bilan de compétence. « Je voulais évidemment m’orienter vers l’univers sonore et je me suis rapidement aperçu que si j’avais le niveau, disons artistique et culturel, il me manquait toute la partie technique ». Qui dit manque de compétences, dit retour à l’école pour les acquérir. Alors Emmanuel se met en quête d’une formation aux métiers du son. « Il y en a énormément, dont des formations privées dont il est difficile de connaître l’efficacité ».

Mais il y en a une, publique, dont la réputation n’est plus à faire : celle de l’INA (Institut national de l’audiovisuel). « Je pensais, comme tout le monde, qu’ils ne faisaient qu’archiver les émissions de télé, mais en creusant, j’ai découvert qu’ils disposaient d’un véritable campus ». Ils se rend aux journées portes ouvertes de l’Institut et découvre, stupéfait, des intervenants et une dotation technique incroyable. Sa décision est prise, mais il y a un hic. « Le prix : 16 000 euros pour 6 mois ».

 

Décrocher un financement coûte que coûte

Pas découragé pour autant, le pro de l’assistance en appelle au Fongecif. « Mon dossier était super bien ficelé. J’y ai même glissé un certificat médical d’ORL qui démontrait que j’avais une ouïe parfaite ». Mais l’organisme refuse. Trop cher, et trop éloigné de son métier d’origine. Emmanuel ne lâche pas l’affaire pour autant et revient à la charge. « La seconde fois, j’ai eu de la chance. La loi était en train de changer, la réforme Pénicaud se mettait en place. Tout était un peu flou et je suis passé entre les gouttes ». Sa demande est acceptée et le voilà en route vers Bry-sur-Marne, sur le campus de l’INA, pour 6 mois intensifs afin de décrocher un diplôme de technicien supérieur option son.

Confinement, congé sabbatique et… le réseau

Il sort diplômé de l’Institut, prêt à affronter le mur du son, et à démarcher les entreprises qui pourraient faire appel à son expertise toute fraîche. Mais le confinement passe par là. Les recrutements et les entretiens qui vont avec s’annulent les uns après les autres.

La France finit par être déconfinée, mais Emmanuel cherche toujours sa voie. Le doute s’installe. Il retrouve son ancien emploi, mais pour un mois seulement car sa demande de congé sabbatique d’un an est acceptée. Un parachute de secours qui lui permet de se remettre à la recherche d’un nouvel emploi dans sa nouvelle spécialité, avec la sécurité de pouvoir retourner chez son employeur s’il ne trouve rien. Mais le temps passe. « Jusqu’au mois d’août, quand un prof de l’INA se souvient de moi ». Un poste se libère à Radio France. Une semaine plus tard, il passe un premier entretien et au mois de septembre 2020, le voilà réalisateur à France Musique. Pas moins.

Mon passé de manager a fait la différence.
Emmanuel Benito s'est formé au métier de technicien à l'INA et réalise désormais des émissions sur France Musique

Sa capacité d’adaptation et de gestion de l’urgence ont fait la différence

Mais qu’est ce qui, dans la prestigieuse station, a bien pu faire la différence entre Emmanuel et les autres candidats, peut-être plus expérimentés que lui ? Selon lui, son passé a certainement joué.

J’avais l’habitude de l’adaptation et de la gestion de l’urgence.

Savoir gérer les imprévus pendant les directs et garder son sang-froid face aux difficultés, deux qualités vitales que ne possèdent pas forcément les techniciens qui débutent. Très vite, Emmanuel se retrouve nommé réalisateur de directs, une mission classique mais qui arrive tôt dans la nouvelle carrière du nouvel arrivant. Un poste où ces qualités d’urgentiste sont mises à profit. Il a ainsi assuré une partie des retransmissions des Folles journées de Nantes pour la station. Évidemment, Emmanuel n’est pas encore titulaire, et se contente, pour le moment, d’assurer des vacations. C’est son prochain objectif mais il ne doute pas de le réaliser, car le plus difficile, dans cette étonnante reconversion, est derrière lui.

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