Clément Pourtal, 32 ans : « Je suis revenu au salariat et je vis enfin de ma passion pour la mer »

Michel Holtz

SERIE « FRANCHEMENT » épisode 23 – Entre galères d’indépendant et jobs alimentaires, Clément Pourtal est parvenu, après moults rebondissements et voyages, à vivre de sa passion : la protection des espaces marins. Un parcours qui lui a finalement ouvert les portes du salariat. Et procuré une sérénité financière sans compromissions. Retrouvez, en fin d’article, d’autres témoignages de cadres qui font bouger leur vie.

Après des jobs alimentaires et des galères d'indépendant, Clément Pourtal vit enfin de sa passion pour la mer... en CDI.

Clément Pourtal, 32 ans : « Je suis revenu au salariat et je vis enfin de ma passion pour la mer »
Après des jobs alimentaires et des galères d'indépendant, Clément Pourtal vit enfin de sa passion pour la mer... en CDI.

Est-ce la proximité de la Méditerranée ? En tous cas la mer fascine depuis toujours ce Marseillais de 32 ans. Et même s’il la délaisse un moment, Clément Pourtal y revient toujours, pour son plus grand bonheur professionnel. « Depuis tout petit, la mer c’est mon truc », sourit-il. Une passion qui l’a mené vers une formation d’officier de la marine marchande ou de skipper ? Pas vraiment. Par prudence personnelle ou parentale ? Toujours est-il que son bac en poche, il entre à l’école de commerce Kedge, toujours à Marseille pour un cursus de trois ans. Il doit effectuer des stages dès la seconde année, et enquille les voyages. Notamment en Malaisie, où la mer le rattrape et où il prend conscience de la nécessité de la protection des milieux marins.

Jobs alimentaires : de Royal Canin au community management

 

Le problème et les embruns trottent dans sa tête, mais il doit revenir à Marseille pour passer son diplôme. « Sauf que je me suis aperçu que mon Bac +3 était un peu léger pour la vie active ». Alors il rempile, toujours à Marseille, toujours chez Kedge et met le cap vers un master 2. Mais il met aussi le cap vers la Chine, pour un nouveau stage. « Je me suis retrouvé dans un open space de 500 personnes chez Royal Canin, pour tenter de vendre du petfood aux Chinois ». Une autre expérience, loin, très loin de l’univers de la mer.

De retour en France, il a 24 ans et son diplôme en poche, Clément se met à rechercher un emploi. La protection des milieux marins ? On verra plus tard. On est en 2015, et une nouvelle fonction est juste en train d’émerger : celle de community manager. C’est celle qu’il va exercer, dans une agence de communication locale.

Une tentative de création d’entreprise

 

Mais la mer, qu’il a un peu délaissée, revient en ressac. La piqûre de rappel ? « Un client, qui fabrique du matériel nautique ». Et pendant qu’il crée du contenu pour cette entreprise, il cogite. Et s’il lançait sa propre agence de contenus, spécialisée cette fois, dans la protection des milieux marins ? Son objectif est simple : mettre à la disposition des ONG des textes, mais aussi des films pour sensibiliser le public aux dégâts de la pêche, de l’urbanisation et du tourisme de masse. Fin 2016, The Blue Quest est né, et un premier projet est mis sur pied. Avec un ami vidéaste, Clément part au Mozambique pour en ramener un film. Le documentaire a un succès d’estime, mais son fondateur s’aperçoit que les ONG n’ont pas vraiment de budget à consacrer à leur communication.

 

Un nouveau job alimentaire qui le rapproche de sa passion

 

Un an plus tard, Clément reprend le chemin de… la grande firme. Et sa petite entreprise reste en stand by. « Mais cette fois, mon nouvel employeur est lié à la mer ». C’est à Barcelone qu’il pose sa valise, pour un job de broker, au sein d’une boîte de courtage en bateaux de plaisance.

Un film pour l’honneur

 

Le fantôme de The Blue Quest  le tire par la manche, et après quelques mois à se refaire une santé financière, il relance sa petite affaire, toujours en compagnie de son acolyte vidéaste Jérôme Brousse. Les voilà partis au Mexique, en basse Californie précisément. Pendant des semaines, ils filment et interviewent des ONG, des collectivités et d’autres bonnes volontés qui luttent pour la préservation de la mer de Cortez, « cet aquarium du monde ». Ils en tirent un documentaire de 38 minutes. « Par chance, on est sélectionné dans plusieurs festivals ». Les deux compères raflent même le trophée des Deauville Green Awards, le festival du film responsable.

Les honneurs, c’est bien, mais le chiffre d’affaires, pour faire tourner une petite entreprise comme The Blue Quest, c’est mieux.

Il vient vendre une prestation et repart avec un contrat de travail

 

Alors Clément continue de démarcher les clients pour leur vendre du contenu. C’est ainsi qu’il rencontre les dirigeants de la fondation Pure Ocean, plutôt bien dotée par une centaines d’entreprises mécènes.

Sa mission ? « Soutenir des projets autour des connaissances sur l’océan, préserver la biodiversité marine, et restaurer les écosystèmes marins fragiles ».  Voilà qui colle pile-poil avec les ambitions de Clément. D’autant plus que le siège de la fondation se trouve à Marseille. Raison de plus de devenir son prestataire.

 

Sauf que le rendez-vous ne se passe pas exactement comme prévu. Le patron de The Blue Quest n’en sort pas avec un bon de commande, mais une proposition d’embauche pour un poste de chef de projet en CDI.

 

Clément n’hésite pas longtemps car Pure Ocean réunit tout ce qu’il peut souhaiter : la mise en pratique de sa volonté de lutter pour la protection des mers et des océans sans pour autant se poser chaque jour, et chaque nuit, la question de la survie de sa structure.

Il signe et le voilà à nouveau embedded dans un collectif.  Depuis deux ans, Clément Pourtal est chef de projet dans la petite structure de 8 salariés et il est comblé. " Ma mission est de développer les Race for Pure Ocean : des exploits sportifs dont le but est de sensibiliser à la nécessité de protéger les océans et lever des fonds pour la recherche océanique."

Finis les jobs dénués de sens, enfin un job à impact

 

Pour autant, il n’a pas abandonné The Blue Quest, qui est devenue une association et qu’il continue d’animer. Il rentre d’ailleurs d’un deuxième voyage en Basse-Californie, son Eldorado, où il a tourné un deuxième film.

Mais cette activité est désormais bénévole et il ne juge plus nécessaire de la transformer en métier, car il se sent parfaitement à l’aise avec ses convictions dans celui qu’il exerce chaque matin. Et depuis qu’il n’a plus à fuir un open space dédié au pet-food, ou un bureau de broker avec vue sur la marina de Barcelone.

 

Michel Holtz
Michel Holtz

Journaliste économique et social, Michel Holtz scrute les tendances de l’emploi, du management et de la vie professionnelle des cadres, toujours à l’affût des nouveaux outils et des dernières transformations de la vie au travail.

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