Grande distribution : 4 métiers qui peinent à recruter (et dont les salaires s’envolent)

Gwenole Guiomard

SECTEUR QUI RECRUTE - La grande distribution n’attire plus aussi facilement ses cadres qu'auparavant. Alors les enseignes qui doivent recruter élargissent leurs critères de sélection ou se montrent plus généreuses sur certains salaires. C’est le cas notamment pour les managers, data scientists, architectes ou experts relation client notamment. C’est le moment de penser à intégrer un secteur, certes bousculé par les changements mais aussi en pleine mue digitale. Voici 4 fonctions d’avenir, où il fait bon postuler selon nos experts.
Grande distribution : 4 métiers qui peinent à recruter (et dont les salaires s’envolent)

Ils témoignent 

1/ Manager de magasin 

Bruno Godey

Le secteur de la distribution a du mal à recruter des managers. « C’est pourtant un secteur qui embauche et qui embauchera car les besoins sont énormes, estime Bruno Godey, enseignant en marketing à Neoma Rouen-Reims. On peut mesurer ces difficultés par l’attrait de notre diplôme auprès des enseignes de la grande distribution. Nos deux dernières années se déroulent en alternance pour un coût entreprise de 6800 euros par an. Nos étudiants n’ont aucun mal à trouver un employeur pour suivre leur apprentissage ». 

« C’est de plus en plus tendu, confirme Pierre Guivarc’h, recruteur et dirigeant du cabinet Skill. Sa société a réalisé, en 2022, 180 missions spécialisées dans ce secteur. J’explique cela avant tout par un phénomène : la grande distribution n’attire pas car son image déplait aux cadres, celle d’un employeur tout puissant » et peu social. 

Conséquence : il y a plus d’offres que de candidats et certains employeurs ont compris que le rapport de force s’était inversé. Alors ils peaufinent leur image d’employeur proposant notamment des horaires moindres et un salaire fixe plus important. 

 

Un exemple de recrutement de manager :

Un exemple de recrutement de manager :

Pierre Guivarc’h

La recherche de ce directeur de magasin à Bourges a mis 5 semaines à aboutir alors qu’il faut normalement 6 jours pour trouver un bon candidat. Le salaire était de 36 000 euros brut par an avec 10 personnes à gérer. L’enseigne a dû réviser ses attentes en matière d’expérience. Elle a embauché un junior avec seulement un an d’ancienneté dans la fonction alors qu’elle aurait préféré 5 ans d’ancienneté. « En général, en ce moment, ajoute Pierre Guivarc’h, l’employeur doit aussi remonter les rémunérations de quelque 10 à 20 % pour trouver un candidat ».

2/ Data scientist dans le retail

Le retail cherche à comprendre au mieux ses clients afin de les attirer et de les faire consommer. C’est pourquoi ils embauchent des data scientists afin d’analyser les milliers d’informations recueillies via les simples tickets de caisse ou les achats sur internet. 

« Cela va permettre de traquer la consommation des clients, leurs comportements, les habitudes pour abaisser les stocks, gérer les priorités et faire le lien entre le client et les fabricants », commente Marie-Laure Furgala, directrice de l’Isli de l’école de management Kedge. Ces informations serviront aussi à piloter au mieux la supply chain des enseignes. 

« On voit se multiplier les postes de data scientist, poursuit et précise Bruno Godey, de Neoma Rouen-Reims. Les entreprises du secteur en sont friandes. Ainsi, 100 % des diplômés de notre MS marketing et data analytics en alternance sont en poste 6 mois après l’obtention de leur Mastère spécialisé pour des salaires moyens de 45 000 euros brut par an ». 

Extrait d'une conférence donnée dans le cadre du salon Tech for retail 2022


Le groupe Carrefour dispose de MILLIARDS de datas rien que dans ses tickets de caisse. Pour parvenir à les exploiter, Miguel Gonzales, Global Chief Technology & Data Officer de Carrefour, les a fait regrouper dans un "data lake" centralisé. Il s'est expliqué le 28 novembre dernier sur le travail de ses data scientists :

3/ Architecte des réseaux de distribution

L’un des enjeux majeurs de la grande distribution est de positionner les stocks des produits au plus près des clients. Cela permet d’abaisser les coûts de stockage, relocaliser les plateformes et aider à la vente. Pour cela, les distributeurs vont solliciter des « architectes des réseaux de distribution » autrement dénommés « architectes de la supply chain ». 

Pour exercer ces métiers, un Master 2 en supply chain est recommandé. Il faudra aussi disposer d’une vision globale de la distribution, comprendre la vie d’un produit, avoir des connaissances en finance, en data, en marketing. 

Marie-Laure Furgala

« Mes étudiants qui travaillent dans ces fonctions sont rémunérés, en salaire de départ, environ 43 000 euros brut par an, précise Marie-Laure Furgala, directrice de l’ISLI de l’école de management Kedge. Mais certains leaders du e-commerce peuvent proposer des rémunérations allant jusqu’à 55 000 euros brut par an ». Par la suite, ces professionnels peuvent espérer devenir supply chain manager puis passer au comité de direction où certains salaires tutoient les 120 000 euros après 10 à 15 ans d’expérience.

4/ Directeur/directrice de l’expérience collaborateur en grande distribution

Ayant besoin de se refaire une (bonne) image en interne comme en externe, la grande distribution a dû investir. Voilà un nouveau poste rattaché aux Ressources humaines qui détonne dans le monde du retail.  

« Le directeur ou la directrice de l’expérience collaborateur a pour fonction de créer une marque employeur, précise Pierre Guivarc’h, du cabinet de recrutement Skill. Les enseignes ne savent pas comment garder leur personnel alors sa mission consiste à abaisser par tous les moyens le turn-over imposant de ce secteur. » 

Le DEC (directeur de l’expérience collaborateur), en lien avec les équipes marketing, capte alors l’attention des enfants de la génération Z avant que de le faire avec ceux de la génération alpha. Il met en place de nouvelles techniques de recrutement comme des “Vis ma vie”, des sessions de sélection via le sport ou l’art, crée des liens avec les écoles. Il met en place des parcours d’évolution en interne, avec des formations et un pack de rémunération intelligent. Avec les managers opérationnels, en magasin, il propose aussi des animations pour fédérer le personnel et le former. Les embauches de ces managers RH seront nombreuses et devraient concerner les enseignes et les magasins de plus de 100 salariés. Les salaires proposés sont de l’ordre de 36 000 à 40 000 euros brut par an. Les postes sont dédiés à des experts ayant une expérience en magasin et une sensibilité ressources humaines. Leurs évolutions de carrière les conduiront vers des postes de DRH, directeurs de magasins ou encadrants d’équipes commerciales.

Gwenole Guiomard
Gwenole Guiomard

Je suis journaliste spécialisé dans les questions de formation et d’emploi. L’un ne doit pas aller sans l’autre et la compréhension des deux permet de s’orienter au mieux. Je rédige aussi, tous les deux ans, le Guide des professionnels du recrutement. Je suis aussi passionné d’histoire et amoureux des routes de la soie.

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