Comment IBM se la joue Gafam pour attirer les talents que tout le monde chasse

Aurélie Tachot

RECRUTEMENT – IBM, la plus française des entreprises américaines, va recruter 500 collaborateurs d’ici la fin de l’année 2022, dont 90 % de cadres. Parmi eux : des spécialistes du cloud, des développeurs, des data scientists... Bref, des profils Tech déjà très convoités par les Gafam. Pour attirer ces perles rares, IBM ne lésine pas sur les moyens. L’entreprise mise tout sur sa vitrine pour éveiller leur intérêt : son colossal budget innovation, ses milliers de brevets déposés mais aussi sa flexibilité quant au lieu de travail, ses programmes actifs d'inclusion ou encore sa "green" attitude. En revanche, aucune info ne filtre sur les salaires... Suffisant pour devenir l’employeur préféré des cadres de la Tech ? On vous laisse juge.

Alexandra Ruez, membre du Comex d’IBM France, détaille les 450 recrutements de cadres prévus en 2022.

Comment IBM se la joue Gafam pour attirer les talents que tout le monde chasse
Alexandra Ruez, membre du Comex d’IBM France, détaille les 450 recrutements de cadres prévus en 2022.

450 recrutements de cadres en 2022

Juste avant le premier confinement lié à la crise du Covid-19, IBM annonçait la nomination d’Arvind Krishna au poste de PDG. Un changement de gouvernance qui a marqué le début d’une vaste phase de transformation pour le groupe IBM. Aujourd’hui, la firme centenaire est découpée en deux entités :

  • IBM Technology, dédiée au développement de nouvelles technologies
  • et IBM Consulting, centrée sur l’accompagnement des entreprises.

Les 500 recrutements prévus d’ici la fin de l’année ont pour objectif de renforcer les équipes de ces deux pôles.

Nous recherchons des commerciaux, des ingénieurs, des consultants issus du monde du service, des experts en cybersécurité et des développeurs dont des data scientists. À la fois des juniors mais aussi des profils ayant une expérience plus solide en gestion de projet dans la durée.
Alexandra Ruez, membre du Comex d’IBM France, en charge des équipes Business Transformation Services d’IBM Consulting.

Autant de profils difficiles à trouver, pénurie des talents oblige, et déjà très recherchés par les Gafam et plus largement les ESN.

 

Un groupe qui investit des milliards dans l’innovation

Pour attirer les talents en son sein, IBM n’a d’autre choix que d’affûter ses arguments. Le premier, c’est un chiffre.

IBM investit 6,7 milliards de dollars par an dans les nouvelles technologies. Soit environ 11 % de son chiffre d’affaires.

Un chiffre colossal qui donne à voir les capacités d’innovation du groupe américain et qui constitue un argument de poids pour les cadres aimant être challengés au quotidien et se former aux technologies dernier cri.

Ce chiffre n’est pas isolé. En 2020, IBM s’est positionné pour la 28e année consécutive en tête des entreprises ayant obtenu le plus de brevets (9130 exactement) aux États-Unis, selon IFI Claims Patent Services. Ces derniers portent sur le cloud hybride, l’edge computing, l’intelligence artificielle mais aussi l’informatique quantique, LE sujet qui agite la sphère de la Tech et sur lequel bon nombre de développeurs rêvent de travailler. En décembre 2021, IBM a enfin inauguré un 3e centre d’innovation en France. Situé sur le plateau de Paris-Saclay, il est dédié à l’intelligence artificielle et regroupera plus de 350 professionnels (chercheurs, data scientists...)

 

Le centre IBM de Paris-Saclay dédié à l'IA accueillera 300 chercheurs et ingénieurs

Une organisation de travail flexible

Comme la majorité des entreprises de la Tech, IBM mise sur la flexibilité de son modèle de travail pour capter les profils les plus pointus déjà adeptes du nomadisme. « Nous avons intégré le travail à distance dans notre convention collective. Aujourd’hui, nos salariés peuvent travailler jusqu’à 3 jours par semaine à distance et jusqu’à 10 jours de manière consécutive par mois, avec l’accord de leur manager », explique Alexandra Ruez.

Pour répondre aux attentes des collaborateurs partis s’installer en province suite à la crise du Covid-19, la firme américaine a également installé des hubs régionaux appelés « Smart Remote Center » dans plusieurs métropoles françaises dont Bordeaux, Lille et Nantes. Ces espaces de travail accueillent les équipes de développement qui peuvent également faire le choix de télétravailler depuis le lieu de leur choix à hauteur de 80 % de leur temps. Le reste étant plutôt dédié au coaching des jeunes talents. Cerise sur le gâteau : lorsqu’ils télétravaillent, IBM leur octroie « une enveloppe budgétaire pour acheter et maintenir leur matériel de travail », précise-t-elle.

De l’inclusion à tous les étages

Nomination de femmes aux postes exécutifs, programmes de coaching de femmes dans l’IA, recrutement de seniors, accompagnement des lycéens en zone d’éducation prioritaire, parcours d’apprentissage gratuits pour tous, programme d’accompagnement à la transition des personnes transgenres, formation des cadres à la neurodiversité (autisme, Asperger), recrutement de travailleurs en situation de handicap (7 % de ses effectifs), programme de mobilité interne réduisant les biais en s’appuyant sur l’IA... L’entreprise multiplie les initiatives pour proposer un environnement de travail véritablement inclusif à ses « IBMers ». La quasi-totalité des sujets liés à l’inclusion sont adressés.

Plus globalement, le groupe dépasse la simple déclaration d’intentions lorsqu’elle aborde le sujet de la RSE. Les jeunes cadres les plus sensibles à la protection de l’environnement (la Tech est responsable de 4 % des émissions de gaz à effet de serre, selon le Gricad), apprécieront notamment les engagements d’IBM en matière de recyclage des produits et de conception de technologies moins énergivores.

 

Quid des rémunérations ?

Chez IBM, aucun chiffre n’est donné sur les rémunérations des cadres. Cette information est même absente des offres d’emploi du groupe. Au mieux, l’entreprise parle d’une « politique de rémunération attractive » et d’un « alignement par rapport aux concurrents du marché », dixit Alexandra Ruez. Dans leurs différentes prises de paroles dans la presse, la présidente d’IBM France Béatrice Kosowski et le vice-président d’IBM France Lab Harley Davis indiquent être « bien positionnés » et savoir proposer des rémunérations alléchantes aux « très bons profils aux compétences techniques avancées ». Pourtant, sur le front des salaires, les Gafam sortent le grand jeu. Depuis le début de l’année, Meta (ex-Facebook) débauche par exemple les talents de chez Microsoft et Apple pour mettre sur pied son métavers. Pour y parvenir, la firme va jusqu’à doubler leurs salaires. Une surenchère à laquelle IBM n’a visiblement pas envie de prendre part.

 

Aurélie Tachot
Aurélie Tachot

Après avoir occupé le poste de rédactrice en chef d’ExclusiveRH.com (entre autres), je travaille désormais à mon compte. Pour Cadremploi, je contribue à la rubrique Actualités via des enquêtes, des interviews ou des analyses sur les évolutions du monde du travail, sans jamais oublier l'angle du digital.

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