Impact du télétravail : à Roissy, le terminal 2F privé de cols blancs

Michel Holtz

REPORTAGE – C’est le fief des voyageurs d’affaires, de ceux qui, jusqu’au covid, prenaient l’avion pour une simple réunion, pas très loin en Europe. Mais le terminal 2F de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle n’est plus ce qu’il était, et les réunions à Milan ou Francfort se tiennent désormais en visio. Tandis que les congrès et autres séminaires qui pourraient justifier une présence physique reprennent piano piano. Visite (en images) d’un réacteur au ralenti et témoignages de cols blancs qui ne voyagent plus qu’exceptionnellement.

Aéroport Charles de Gaulle, terminal 2F, 6h45. C’est le hall des habitués matinaux, celui qui, depuis son ouverture il y 30 ans, accueille les cadres et autres voyageurs d’affaires lors de leurs sauts de puce, leurs allers-retours dans la journée. Car le terminal est spécialisé dans les destinations Europe :  Francfort, Milan, Barcelone, Amsterdam, Copenhague, etc.

Le terminal 2F fait grise mine, faute de cols blancs

 Mais depuis le début de la crise sanitaire, les choses ont changé. Au 2F, les cols blancs sont beaucoup moins nombreux qu’avant, malgré la reprise des vols, malgré la réouverture des frontières de l’Union. Un signe ne trompe pas : devant le comptoir du bar Exki, niché au sous-sol du terminal, l’addict à la caféine matinale savait qu’il devait faire la queue un bon quart d’heure. Mais c’était avant.

Dorénavant, même à l’heure de pointe, il est rare que plus de deux clients se bousculent devant l’enseigne. Autre signe qui démontre une baisse de fréquentation : le type d’avion utilisé sur ces lignes. Pour Francfort, Munich ou Turin, les Airbus A320 et leurs 165 sièges cèdent souvent leur place à des Embraer qui n’embarquent que 50 passagers. Évidemment, les destinations plus touristiques, comme Rome, Lisbonne ou Barcelone sont toujours desservis par les plus gros porteurs.

Les visioconférences remplacent les déplacements d’un ou deux jours

Des touristes qui sont désormais majoritaires au terminal 2F, et font râler Pierre-Alexandre. « Ils n’ont pas l’habitude, alors ils trainent aux contrôles et ça ralentit toute la file. » Des contrôles beaucoup moins encombrés que d’habitude, ce que reconnait tout de même le jeune homme, chef de produit dans l’industrie automobile en partance pour Munich, au siège de sa boîte. « Je pars deux jours, mais c’est devenu exceptionnel. Avant le Covid, je faisais l’aller-retour dans la journée une fois par semaine. » Désormais, les réunions en visio ont remplacé le café court sucré au 2F à 6h du matin et le retour au même endroit, le soir-même à 20h. Tout compte fait, le marketeur ne s’en plaint pas : « Ça faisait de sacrées journées ».

Des hôtels d’aéroport mal desservis

Pierre quant à lui, débarque dans le terminal de mauvaise humeur. Directeur de trois petits hôpitaux publics en Indre-et-Loire, il part trois jours en congrès, à Vienne. A cause de son vol matinal, il a dormi dans l’un des très nombreux hôtels qui ont fleuri autour de Roissy depuis dix ans. « Et le problème, c’est qu’avec le Covid, tous ces établissements ont arrêté de faire tourner les navettes qui emmenaient les clients de l’hôtel vers l’aéroport, et licencié les chauffeurs. Aujourd’hui, c’est la croix et la bannière pour aller jusqu’à ces hôtels et surtout pour en revenir ». Appeler un taxi ? « C’est mission presque impossible : la plupart d’entre eux refusent ce genre de courses de cinq kilomètres. Ils attendent deux heures à l’aéroport et espèrent, logiquement, un client plus rémunérateur qui va jusqu’à Paris. » Il attrapera son vol pour Vienne de justesse, grâce à un taxi plus conciliant que les autres.

Des boutiques survivantes

Du côté des boutiques, et des petits snacks disséminés dans le terminal, on est moins déprimé que dans l’hôtellerie. Tous ne sont pas réouverts, et certains sont même définitivement fermés. Mais dans ce magasin qui vend des sacs à main de luxe, les vendeuses ne se plaignent pas. « De toute façon, on fait notre business avec les touristes, beaucoup plus qu’avec les voyageurs pressés qui passent sans s’arrêter. » Et les touristes sont de retour, « pas autant qu’avant, mais suffisamment pour garder la boutique ouverte », souligne la vendeuse fataliste.

Des avantages qui se diluent

Une (toute) petite foule se rassemble enfin pour faire la queue, et donne l’impression que les affaires ont repris leur cours comme avant. Mais ce n’est que l’embarquement d’un vol pour Turin et la file d’attente s’écoule très vite. C’est celle des « sky priority », cette caste spéciale composée des habitués, généralement des cadres voyageurs, ceux qui possèdent suffisamment de miles sur leur carte de fidélité pour embarquer en priorité. « On n’est pas nombreux, confie l’un d’eux, mais j’ai l’impression qu’on est tous prioritaires ». Car à côté, dans la file d’attente classique, un couple de personnes âgées et trois amis sont les seuls passagers à voyager pour leur plaisir personnel. Les cadres sont donc majoritaires sur ce vol. Mais c’est un avion de 50 places seulement et la compagnie a supprimé deux vacations journalières. On se rassure comme on peut.

Michel Holtz
Michel Holtz

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