Index égalité professionnelle femmes-hommes : des progrès mais encore du boulot !

Sylvie Laidet

LA PARITE EN CHIFFRES – Les chiffres 2021 reflètent des progrès mitigés. Créé en 2018 pour mesurer les écarts de rémunération et de promotion entre les femmes et les hommes d’une même entreprise, l’index égalité professionnelle doit être calculé chaque année par les entreprises elles-mêmes. Cadremploi s’est penché sur les résultats consolidés de l’index 2021 publié par le ministère du Travail le 8 mars dernier. Explications pour comprendre ces chiffres mais aussi repérer les tricheurs...
Index égalité professionnelle femmes-hommes : des progrès mais encore du boulot !

70% des entreprises soumises à l’index égalité professionnelle ont répondu

 

Selon le dernier index égalité femmes-hommes publié par le ministère du Travail le 8 mars dernier, le nombre d’entreprises ayant répondu a fait un bond de 11% en un an. En réalité, cet effet waouh est un trompe l’œil car depuis 2020, le nombre d’entreprises soumises à l’index égalité a mécaniquement grossi : les entreprises de plus de 50 salariés ont rejoint les plus de 250 soumises à l’obligation de publication de leur index.

 

85/100, c’est la note moyenne pour 2021

 

Le ministère du Travail a beau présenter un beau graphique XXL pour montrer la progression de cette note, en un an, elle n’a en fait augmenté que de 1 point.

 

Comment est calculé l’index professionnel égalité femmes-hommes en entreprise ?

Instauré par une loi de 2018, cet index évalue sur 100 points le niveau d'égalité entre les hommes et les femmes. Calculé sur 100 points, cet index dévoile le score de chaque entreprise selon 5 critères. Petit rappel méthodologique pour comprendre pourquoi il est finalement très facile d’avoir une bonne note (au moins 75/100) :

  1. Ecarts de salaire : 40 points crédités pour les entreprises qui ramèneront à zéro les écarts de salaires entre leurs collaboratrices et leurs collaborateurs. Cet indicateur compare les rémunérations moyennes, incluant le variable, les primes et les avantages en nature. Elles se feront à postes comparables selon des classifications des branches professionnelles. Ou à défaut, en fonction des quatre CSP classiques : ouvriers, employés, techniciens et agents de maitrise, ingénieurs et cadres.
  2. Augmentations de salaires : 20 points pour mesurer le pourcentage de femmes et d’hommes augmentés dans l’année. Et ce, à 2 % ou à 2 personnes près. Une marge de manœuvre étrange.
  3. Promotions : 15 points octroyés si l’entreprise promeut autant de femmes que d’hommes dans l’année. Et là aussi à 2 % ou à deux personnes près.
  4. Retour de congé de maternité : 15 points relatifs aux augmentations bénéficiant aux femmes au retour d’un congé maternité. Cette fois, pas d’exception possible. Si une salariée ne perçoit pas d’avancement, l’entreprise n’obtiendra aucun point dans cette catégorie.
  5. Top rémunérations : 10 points en jeu, si parmi les 10 plus gros salaires de la boite, quatre au moins sont perçus par des femmes.on 5 critères. Petit rappel méthodologique pour comprendre pourquoi il est finalement très facile d’avoir une bonne note (au moins 75/100) :

44% des entreprises indexées ont en dessous de la note fatidique de 75/100

 

L’an passé elles n’était que 45 % à être sous le seuil fatidique donc ça ne bouge pas réellement puisqu’elles sont 44% cette année. Pire, 56 entreprises ont une note inférieure à 75 depuis 3 ans. Celles-là vont se voir infliger une pénalité financière pouvant aller jusqu’à 1% de leur masse salariale. Les néo-mauvais élèves disposent eux de 3 ans pour se mettre en conformité. Sinon, ils devront passer à la caisse.

A noter :  depuis 2019, l’inspection du travail a procédé à 17500 contrôles qui ont débouché sur 300 mises en demeure et 11 pénalités financières pour non-publications ou absence de mesures correctives.

2% des entreprises ont 100/100

 

On applaudit des deux mains. Pas trop longtemps quand même car ces entreprises se font rares.

 

Deux indicateurs sont dans le rouge foncé

 

1/ La progression des salaires des femmes au retour de congé maternité

Si des augmentations, générales ou individuelles, ont été versées durant leur congé, elles doivent en avoir bénéficié. Et dans les faits… 3000 entreprises (soit 13% des boites assujetties à l’index) affichent un bon 0/15. Pire, le ministère du Travail souligne que 171 ont cette note depuis 3 ans.

2/ La parité dans les 10 meilleures rémunérations

Attention, ça va faire mal. Un quart seulement des entreprises respecte cette parité dans les top 10 rémunérations. La situation s'est même détériorée parmi les plus de 1.000 salariés puisque 43 % d'entre elles ont moins de deux femmes parmi les dix plus hautes rémunérations, contre 37 % il y a un an. Et la belle affaire, le ministère est en train d’analyser les raisons de ce recul. Enfin, 1340 entreprises n’ont pas progressé d’un iota sur le sujet depuis 3 ans.

 

Pour faire évoluer le tableau (du moins essayer), le groupe LREM a déposé lundi 8 mars dernier une proposition de loi pour accélérer l’égalité économique et professionnelle dans les entreprises de plus de 1000 salariés. Le programme ? Que parmi 10% des postes à haute responsabilité dans ces boites, 30% le soient par des femmes en 2027 et 40% en 2030. Pourquoi diable faut-il toujours un calendrier aussi lointain en matière d’égalité professionnelle ?

Tags : Parité
Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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