Journée du 8 mars : où en est (vraiment) l’égalité femmes-hommes en entreprise ?

Sylvie Laidet

Journée internationale des droits des femmes – Rémunération, progression de carrière, parentalité, formation, où en sont vraiment les cadres françaises ? En 2021, la parité a-t-elle fait des progrès et les inégalités au sein des boîtes ont-elles perdu du poids ? Au final, l’entreprise du 21e siècle est-elle moins machiste et plus humaniste (vous avez vu, on n’a pas dit féministe) ?
Journée du 8 mars : où en est (vraiment) l’égalité femmes-hommes en entreprise ?

Rémunération : au secours, les femmes cadres toujours moins bien payées que les hommes

Les hommes cadres gagnent en moyenne 7% de plus que les femmes cadres.

Malgré les lois, les rappels à la loi, l’index égalité et l’obligation d’enveloppes de rattrapage salarial et tout le toutim, on prend les mêmes chiffres et on recommence : à postes et compétences équivalents, les hommes cadres gagnent toujours plus (+7%) que leurs homologues féminines. Un chiffre tristement stable selon l’étude de l’Apec publiée le 3 mars dernier.

Si on entre un peu dans le détail, on constate que dès le début de leur carrière les femmes ont des rémunérations inférieures aux hommes (- 4% pour les moins de 35 ans). Et qu’au fil des années, ce fossé se creuse pour atteindre -12% pour les plus de 55 ans. A poste et compétences équivalents, rappelons-le ! Pour autant cet insupportable décalage ne semble pas vraiment être un caillou officiel dans la chaussure des cadres. « Seuls 43 % des hommes et 63 % pour les femmes, le constatent. Il est vrai que la question des salaires reste un sujet assez « tabou » en France, donc peu partagé entre collègues », soulignent les auteurs de l’étude. Eh bien, nous chez Cadremploi, on le redit haut et fort, c’est tout simplement…. Illégal.

Progression de carrière : les femmes accèdent à une certaine forme de management

En 2021, le fameux plafond de verre qui empêche les femmes de se hisser au sommet des organigrammes, a-t-il explosé en vol ? Est-il fendu ou au contraire toujours en parfait état ? Sur ce point encore, force est de constater qu’il y a du boulot.

L’accès au management

Seules 35% des femmes cadres sont managers contre 43% des hommes
Source : Apec

D’abord en termes d’accès aux responsabilités de management. Selon une étude Apec, 35% des femmes cadres sont managers contre 43% des hommes. Et ce, dès le début de leur carrière. « Cette sous-représentation des femmes cadres dans les postes de management prive un certain nombre de femmes de modèles dont elles pourraient s’inspirer : seules 29 % des femmes cadres sont aujourd’hui managées par une femme, alors que 79 % des hommes cadres sont managés par un homme », note l’Apec.

Des postes de pseudo-management

Et puis, quand elles accèdent à des fonctions de management, leur poste s'apparente plus souvent à du management de proximité. La taille de leur équipe, le statut de leurs collaborateurs, le périmètre de leur budget… est en général en deçà de ce qui est proposé aux hommes. Si on devait résumer et caricaturer un peu (oui forçons le trait pour mieux comprendre), on parlerait d’un pseudo management, ou un titre pour faire plaisir mais qui ne paie pas (vu que le salaire ne suit pas).

 

Plafond de verre avant le codir

20 % de femmes dans les comex du CAC40 et 22% dans le SBF120 alors qu’elles représentent 33% des cadres

De même les femmes accèdent moins souvent que les hommes au comité de direction ou comex.  « Les femmes ne représentent que 20,37% des membres des comités exécutifs des entreprises du CAC 40 alors qu’elles représentent 33,72% de la population des cadres, vivier traditionnel de recrutement des dirigeants », souligne le dernier Observatoire Skema de la féminisation des entreprises.

Au sein du SBF 120, on ne compte toujours que 22 % de femmes dans ces instances. Le gouvernement se dit aujourd'hui prêt à instaurer des quotas dans les comités de direction. La ministre du Travail, Élisabeth Borne, entend porter à la table de la concertation avec les partenaires sociaux, un nouveau critère pour l’index égalité : la part de femmes parmi les cadres dirigeants. Pour info, l’Allemagne vient de voter une loi imposant des quotas de femmes dans la gouvernance des entreprises.

Impact de la Covid : les femmes plus durement affectées

Pas question de monter les femmes contre les hommes (ou inversement) mais les faits sont là ! « Si la crise impacte l’ensemble des salariés (33% d’entre eux considèrent que la pandémie a des conséquences négatives sur leurs perspectives de carrières), elle affecte plus durement les femmes », note le Boston Consulting Group dans une étude dédiée. Seuls 6 femmes sur 10 ont confiance en leur avenir professionnel, soit 15% de moins que les hommes. « Par rapport à leurs collègues masculins, elles sont 13% de moins à avoir entretenu leur réseau professionnel depuis le début de la crise, et 29% de moins à avoir pris la parole en réunion », soulignent les auteurs.

 

En termes de conditions de travail, ce n’est pas non plus la panacée : elles sont moins nombreuses que les hommes à disposer d’un espace isolé pour bosser. Et ce sont elles que l’on interrompt le plus souvent dans la journée quand elles télétravaillent à leur domicile. Et puis, on ne peut pas ne pas mentionner la charge mentale domestique.  Certes, depuis la crise, les hommes en font plus à la maison, « ce qui laisse espérer une transition vers un "nouvel équilibre" à plus long terme ». « Mais, même si l’augmentation des tâches domestiques et le temps consacré aux enfants concernent tous les parents salariés, les femmes portent toujours le plus gros du poids. Cette difficile conciliation vie professionnelle et personnelle pèse davantage sur la santé mentale des femmes : elles sont 1,3 fois plus susceptibles d'être en situation d'anxiété » souligne les auteurs. Allez courage !

Congé parental et paternité : les pères, présents à court terme mais grands absents à long terme

80% des pères cadres prennent leur congé de paternité

Commençons par la bonne nouvelle : 7 pères sur 10 prennent leur congé paternité, dont la moitié dans le mois qui suit la naissance. Et double bonne nouvelle, ils prennent l’intégralité de leur congé selon un rapport de l’IGAS. Soit 11 jours ou 18 jours selon le nombre d’enfants, collés au congé naissance de 3 jours. Et les cadres sont plutôt de très bons élèves puisque 80% d’entre eux mobilisent ce congé paternité. Reste à savoir si le doublement du nombre de jours du congé paternité effectif au 1er juillet prochain, va connaitre le même succès.

Seuls 17200 pères ont pris un congé parental contre 259 000 mères.

Passons désormais, à la bad news : le congé parental (ou administrativement, la PréPare pour Prestation d’éducation partagée de l’enfant) et les pères. En 2019, selon le dernier opus de l’Observatoire national de la petite enfance seuls 17200 pères ont arrêté de bosser (entièrement ou partiellement) pour s’occuper de leur(s) kid(s) contre 259 000 mères. Les preuves sont là : ce sont encore les femmes qui se collent à l’éducation des jeunes enfants, au détriment donc (entre autres) de leur progression de carrière.

 

Formations : un gars, une fille (cadre), même traitement


Parus en juillet dernier, les chiffres du ministère du travail sur les inégalités hommes-femmes en matière de formation professionnelle continue se basent sur des données récoltées entre 2010 et 2015 (donc un peu ancienne) mais donnent tout de même une bonne vision d’ensemble de la situation. Si on résume, on constate que plus les femmes sont diplômées, plus elles suivent des formations. Sur le sujet, les femmes cadres font même « cours » égal avec les hommes. Environ sept femmes ou hommes sur dix ont suivi une formation au cours des cinq années précédentes.

Conseils d’administration : la parité progresse vraiment mais pas partout

Pas de quotas, pas de résultat.

10 ans (eh oui il en aura fallu du temps) depuis le vote de la loi Coppé-Zimmermann qui impose 40% de femmes dans les conseils d’administration, ça twiste dans les salles des conseils. En gros, quand il y a des quotas et un suivi, la loi est un succès. On applaudit ainsi des conseils paritaires au sein des grandes capitalisations boursières. 44,6% d’administratrices pour les grandes entreprises cotées du CAC40 (contre 10% en 2009) en 2020 et 45,2% pour le SBF120. « Grâce à ces résultats, la France est sur la première place du podium au sein de l’Union européenne (2e mondiale après l’Islande avec 46%) », se félicite la Haut Conseil à l’Égalité. Voilà pour les bons élèves car après, ça se corse. Même avec des quotas, s’il n’y a pas de suivi, ça coince. Dans les entreprises cotées en deçà du SBF 120, les femmes ne sont plus que 34,1% (2018) « Les entreprises non cotées, de 500 salari.é.es et plus et au moins 50 millions de CA, compteraient 23,8% de femmes en 2018 dans les CA », note le HCE. Et que dire des entreprises « no quota » ? C’est simple : pas de quotas, pas de résultat. A peine 17% de femmes aux CA des boites cotées sur Eurogrowth. Qui a dit que les quotas ne servaient à rien déjà ?

Tags : Parité
Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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