Laura, 27 ans : « Mon boulot m’intéressait mais je n’en pouvais plus »

Publié le 23 juillet 2020 Gwenole Guiomard

SERIE « FRANCHEMENT » Episode 1 – Cet été, Cadremploi publie une série de rencontres intimistes avec des cadres en pleine transition professionnelle. Pourquoi cette envie de changement ? Que cherchent-ils ? Comment pensent-ils y arriver malgré la crise ? Que retiennent-ils de cette expérience ? Parce que leurs questions sont peut-être les vôtres, nous leur donnons la parole sans filtre. Premier épisode avec Laura, une jeune acheteuse qui a quitté son CDI en plein confinement, a retrouvé un poste, l’a reperdu puis… suspense. Elle a préféré garder l'anonymat pour raconter "franchement" son expérience. En bonus : l’avis de la coache JJoëlle Planche-Ryan.
Laura, 27 ans : « Mon boulot m’intéressait mais je n’en pouvais plus »

Le déclic

« Assez. J’en avais assez de ces 3 heures quotidiennes de transport en commun parisien. Pourtant, ce poste d’acheteuse dans un labo pharmaceutique me plaisait. Il venait conclure une scolarité : DUT, master grande école de l’EM Normandie puis stage d’un an au Canada. Mon boulot m’intéressait mais je n’en pouvais plus. J’ai démissionné sans poste en vue, direction Lyon ou Barcelone ! Le hasard m’a fait atterrir dans la capitale des Gaules. Ma période de préavis a été l’occasion de chercher tout azimut. J’ai actionné mon réseau d’amis acheteurs. Ils m’ont indiqué un poste vacant. Le 15 avril 2019, 10 jours après la fin de mon CDI parisien, j’étais en poste à Lyon mais en intérim.

La recherche d’emploi

Cette précarité intérimaire ne me plaisait pas. J’ai informé mon supérieur de ma volonté de décrocher un poste plus stable. Je me suis remise en recherche. Là encore, j’ai commencé par m’inscrire sur des jobboards en sélectionnant les offres selon 3 critères : peu de transport, peu de management et une diversité des missions. Après quelques déconvenues, j’ai été approché par une structure de santé recherchant un acheteur.

Cette boîte m’a fait miroiter le poste pendant deux mois. J’ai donc arrêté ma recherche d’emploi, sûre de l’embauche. In fine, la DRH a été virée et son remplaçant a décidé de reprendre le recrutement à zéro sans moi. On était le 4 janvier 2020 et j’avais le moral à zéro. J’étais dégoutée. Cela m’a montré qu’il ne fallait pas s’emballer. J’aurais dû comprendre que cette boîte n’était pas stable.

La semaine suivante, je suis reparti en quête d’un job en élargissant ma recherche. Pourquoi ne pas aller voir ailleurs ? J’ai agrandi mon périmètre de recherche et les offres se sont multipliées. J’ai repéré une annonce pour un job de commercial spécialiste achat. Coup de chance : un de mes anciens collègues occupait un poste similaire dans cette même société. Je l’ai appelé. Il m’a convaincu que j’étais faite pour ce job dans une boîte jeune, sympa, bienveillante, sans la pression de folie très courante dans ces jobs de commerciaux pour un salaire attrayant de 50 000 € brut par an avec un variable d’environ 20 000 €. Cela m’a donné envie. Je n’avais aucune expérience de commerciale mais je connaissais bien le boulot d’acheteur. Je possédais donc 50 % des compétences demandées... J’ai postulé et j’ai demandé à mon pote d’appuyer ma candidature. Cela a fait son effet.

 

L’entretien décisif

J’ai été convoqué à un job dating se déroulant au stade de foot de Lyon. Le recrutement allait être collectif. Je n’aimais pas cela. En arrivant, je me suis retrouvée dans une vaste salle qui s’est rapidement remplie. On était une quarantaine dans une ambiance bizarre. Personne ne se connaissait. C’était quoi ce recrutement !

Les RH ont ensuite présenté la boîte. On ne devait pas se prendre la tête. L’employeur essayait de se vendre. Cela m’a rassuré et la pression est redescendue. Des ateliers nous ont été proposés et j’ai décidé d’aller directement au stand pour passer mon entretien individuel pour le poste visé. Une candidate a été plus rapide que moi. J’ai donc dû patienter en suivant d’autres ateliers.

On changeait toutes les 10 minutes à la cloche. J’ai enfin réussi à m’asseoir en face de mes possibles futurs supérieurs hiérarchiques. Il y en avait trois qui m’ont cuisinée, m’exposant tout ce qui n’allait pas dans le poste… J’avais dix minutes pour faire bonne impression. C’était particulièrement désagréable avec une équipe m’expliquant que je n’avais aucune compétence commerciale, qu’il y avait beaucoup de déplacements. A la fin, l’un des gars m’a dit : « votre voix n’est pas assez forte pour faire un bon commercial. » Pour moi, c’était plié. J’ai alors joué mon va-tout en leur disant que que ma compétence en achat était l’essentiel et que le reste s’apprenait. J’ai senti que cela les intéressait. J’avais raison : j’ai été présenté, dans la foulée, à un big chief. La discussion a duré une heure. Il m’a demandé de lui vendre un stylo façon « Loup de Wall street ». Un cliché mais je me suis servi de mes cours d’IUT pour lui faire la négociation. Ce n’était pas terrible et je le lui ai dit : « Je n’ai plus d’arguments. On peut arrêter ». Il l’a pris sur le ton de la plaisanterie. Bref, j’avais passé ce cap. A la fin de cette soirée, j’ai rappelé mon pote. Il avait reçu un SMS précisant que mon profil avait plu. Mon réseau m’a donc avantagée. J’ai été recrutée.

 

Le nouveau job

On était début mars avec une date d’embauche le 6 avril. La Covid 19 est venu rebattre les cartes. Heureusement, j’avais fait le bon choix et mon entreprise a maintenu mon embauche en la repoussant au 6 juin. Cela fait quelques semaines que j’ai pris ce poste. J’ai bien fait de négocier. Je pars du principe que si tu ne demandes pas, tu n’as pas. Cela permet de mesurer aussi l’état d’esprit d’un employeur. Je me mets donc en situation d’égalité avec le recruteur. C’est bon pour tout le monde. Pour moi qui m’assure d’un employeur correct. Pour lui qui évite ainsi un turn-over conséquent et une image désastreuse ».

L’avis du coach : « Je conseillerais à Laura de se stabiliser car elle a fait 3 entreprises en moins de 5 ans »

Joëlle Planche-Ryan, coach en stratégie de carrière au sein du pôle carrière des anciens d’Arts et métiers Alumni* a lu le témoignage de Laura. Voici ce qu'elle en retient et ses conseils.

  

« Cette jeune femme dispose de qualités essentielles et assez rares à la bonne recherche d’un emploi.

-       Elle a identifié ses qualités pour le poste et les met en avant.

-       Elle a défini un lieu de travail et s’y tient.

-        Elle a un bon sens du timing et sait quand il faut élargir sa recherche.

-       Elle connait ses alliés, s’en sert et les respecte en les informant sur sa carrière.

-       Elle habite le costume du poste de commercial en négociant ses conditions de travail.

Reste qu’elle doit aussi se méfier de son impétuosité. Elle a tout intérêt à canaliser son énergie. En France, le marché du travail est difficile. Il faut du temps pour l’intégrer, avec des cycles d’entretien plus longs, plus de frilosité. Je recommande donc de toujours (et j’insiste) chercher un travail quand on est en poste…

Enfin, si je l’avais devant moi, je lui conseillerais aujourd’hui d’assurer sa carrière. Son début de carrière est rapide avec 3 entreprises en moins de 5 ans. Il faut se stabiliser sans quoi les futurs recruteurs la considéreront comme instable. Elle doit s’imprégner du sens du moyen terme et se poser certaines questions : comment réussir à faire perdurer sa fougue, pourquoi elle a pris ce poste, développer de nouvelles compétences commerciales pour quelle prochaine étape,…

Pour ce faire, elle devra s’appuyer sur une ou deux personnes de confiance au sein ou non de son entreprise, des mentors, qui pourront lui expliquer les ficelles du métier de commercial, comment parler d’autre chose que du produit, comment conclure une vente, comment grandir, se rendre visible, se débrouiller quand on est une femme dans ces métiers, connaître les personnes relais à Lyon et ailleurs. Bref, elle doit maintenant au moins rester 3 ans dans ce job pour murir tout cela.

Enfin, à 27 ans, si elle veut avoir un enfant, ce ne sera pas un souci. Il faut cependant ne jamais le mentionner, préciser qu’elle n’a pas choisi cette carrière exigeante pour la rompre. Et quand cela se fera, étouffer les critiques en mentionnant qu’elle est bien entourée avec un système efficace mis en place pour s’occuper des enfants ».

*Auteure de Boostez votre parcours professionnel avec le mind mapping, éditions Eyrolles.

 

 

Gwenole Guiomard
Gwenole Guiomard

Je suis journaliste spécialisé dans les questions de formation et d’emploi. L’un ne doit pas aller sans l’autre et la compréhension des deux permet de s’orienter au mieux. Je rédige aussi, tous les deux ans, le Guide des professionnels du recrutement. Je suis aussi passionné d’histoire et amoureux des routes de la soie.

Vous aimerez aussi :