Laurent Da Silva : « Je crains que les juniors et les seniors ne soient mis sur la touche »

Publié le 24 mai 2020 Aurélie Tachot

PAROLES DE PRO – Les cadres juniors et seniors sont ceux sur lesquels les recruteurs devront porter leur attention en cette période post-covid, selon Laurent Da Silva, directeur général de Badenoch & Clark et Spring (The Adecco Group) et vice-président de l’APEC.
Laurent Da Silva : « Je crains que les juniors et les seniors ne soient mis sur la touche »

Cadremploi : Quelles sont les conséquences du Covid-19 sur votre activité ?

Laurent Da Silva : « De toutes les crises que nous avons vécu dans le domaine du recrutement, celle du Covid-19 a été la plus brutale : du jour au lendemain, 70 % de nos missions ont été stoppées. Nos clients se sont centrés sur eux-mêmes, notamment sur la mise en œuvre du télétravail. La chute a été d’autant plus vertigineuse que le contexte d’emploi des cadres était extrêmement favorable avant la crise. Il est encore trop tôt pour connaître la proportion des missions qui vont être dégelées ces prochains mois. Nous savons toutefois que les enjeux se sont transformés, donc que les descriptifs de postes devraient évoluer.

 

Peut-on déjà parler de reprise dans certains secteurs ? 

Contrairement aux secteurs de l’automobile et de l’aéronautique, pour lesquels la reprise sera longue, la supply chain, l’agroalimentaire, la distribution et l’immobilier commencent à frémir, non pas en ayant le pied au plancher, mais avec des niveaux d’intensité plus soutenus que dans d’autres secteurs. D’une manière plus générale, les postes qui étaient pénuriques avant la crise le resteront après, notamment en informatique, cybersécurité, data science… Je crains toutefois que les juniors et les seniors ne soient mis sur la touche. L’entrée sur le marché du travail des futurs cadres pourrait être dramatique si on ne les accompagne pas. De même, les seniors, qui étaient déjà en souffrance, devront faire l’objet de notre attention.

 

L’un de nos clients a symboliquement supprimé la période d’essai afin encourager un candidat à le rejoindre.
Laurent Da Silva, directeur général de Badenoch & Clark et Spring

L’approche des recruteurs va-t-elle changer ?

Etant donné le marché de l’emploi, peu de candidats, jusqu’ici ouverts aux opportunités, osent envisager de changer d’employeur. Pour éviter un attentisme, qui tirerait tout le monde vers le bas, les recruteurs doivent faire preuve de créativité dans leur proposition. Récemment, l’un de nos clients a symboliquement supprimé la période d’essai d’une future recrue pour l’encourager à le rejoindre. De nombreuses initiatives comme celle-ci sont à trouver. Par ailleurs, les critères de sélection des recruteurs vont évoluer : dans un contexte d’incertitudes, les entreprises ont besoin de candidats flexibles. La résilience et l’adaptabilité sont des soft skills que nous allons davantage évaluer chez les candidats.

 

Quelle est la nouvelle question fétiche que vous posez en entretien ?

La crise actuelle est un révélateur de talents, notamment en matière de leadership. Elle prouve que certains profils de managers peuvent avoir un impact fort à distance, sans pour autant être en permanence sur le dos de leurs équipes. Les managers qui sauront déléguer et être dans la confiance sont ceux qui sortiront du lot. L’une des questions que je trouve intéressante pour évaluer cette capacité à gérer le stress est : « Comment parvenez-vous à équilibrer votre vie professionnelle et personnelle dans un contexte de télétravail ? ». Certains cadres répondent qu’ils peinent à se déconnecter, qu’ils culpabilisent lorsqu’ils ne peuvent pas s’occuper de leurs enfants… Semaine après semaine, beaucoup trouvent toutefois le juste équilibre. »

The Adecco Group en quelques chiffres

  • 130 000 intérimaires placés par semaine en France
  • 9000 collaborateurs en France
  • Chiffre d’affaires mondial en 2019 : 23,4 milliards d’euros (dont 5,4 milliards en France)
Aurélie Tachot
Aurélie Tachot

Après avoir occupé le poste de rédactrice en chef d’ExclusiveRH.com (entre autres), je travaille désormais à mon compte. Pour Cadremploi, je contribue à la rubrique Actualités via des enquêtes, des interviews ou des analyses sur les évolutions du monde du travail, sans jamais oublier l'angle du digital.

Vous aimerez aussi :