Les entreprises vont-elles accepter vos demandes de formation en 2021 ?

Sylvie Laidet

FORMATION CONTINUE 🔴 60% des dirigeants, managers et employés considèrent que la crise a renforcé la nécessité de développer leurs compétences. Et pourtant dans le même temps, près d’une entreprise sur deux a réduit la voilure des formations à cause de la pandémie. Alors allez-vous suivre des formations cette année ou pas ? Les entreprises se soucient-elles de travailler l’employabilité de leurs salariés ? Cadremploi a posé la question à 4 experts du monde du travail.
Les entreprises vont-elles accepter vos demandes de formation en 2021 ?

Les experts interrogés

  • Jean-François Foucard, secrĂ©taire national CFE-CGC emploi-formation
  • GuĂ©naelle Boch, directrice du pĂ´le Client de CSP Docendi
  • FrĂ©dĂ©ric Guzy, directeur gĂ©nĂ©ral d’Entreprise&Personnel.
  • Laurence Breton-Kueny, vice-prĂ©sidente de l’ANDRH

Priorité aux formations au service de la performance

Jean-François Foucard


Quand on explique à Jean-François Foucard, secrétaire national CFE-CGC emploi formation que selon une étude menée par Degreed en début d’année, « 39 % des employés français rapportent que leur employeur ne leur offre plus autant d'opportunités d'acquisition et de perfectionnement des compétences depuis le début de la pandémie », il n’est pas surpris. « Le contraire serait même étonnant. La formation n’est pas un but mais un moyen. Elle doit servir la stratégie de l’entreprise, sinon c’est inutile », précise-t-il d’emblée.

Former, ce n’est pas occuper les gens. Quand on forme des salariés, c’est pour préparer l’avenir et le rebond d’une entreprise. Or, l’avenir est très incertain donc il est très difficile de bâtir des plans et des orientations pour 2021/2022.
Frédéric Guzy, directeur général d’Entreprise&Personnel.

Effectivement, les entreprises manquent cruellement de visibilité en ce début de sortie de pandémie. « Une entreprise en suractivité fait en sorte d’engranger le maximum de business et a donc autre chose à faire que de former ses salariés. Les sociétés en sous-activité ou à l’arrêt, sont, elles en mode survie. Leur priorité est de déployer des efforts monstrueux pour éviter la cessation de paiement n’est certainement pas de former leurs collaborateurs », analyse Jean-François Foucard de la CFE-CGC.

 

Et puis, il y a toutes les entreprises qui naviguent entre ces deux extrêmes. Celles qui ont beaucoup d’incertitudes sur leur business futur.

Frédéric Guzy
Quand une entreprise a les moyens de se relever, la priorité est donnée aux actions qui permettent de sauver les meubles, de développer le business, de faire rentrer du cash… Si la formation ne participe pas à cet effort, cela n’est évidemment pas la priorité.
Frédéric Guzy, directeur général d’Entreprise&Personnel

A l’ANDRH, on confirme que la formation ne fait pas partie des priorités des DRH, à part évidemment tout ce qui relève des obligations légales.

Une complexité administrative qui ralentit les départs en formation


L’incertitude, le manque de visibilité, les difficultés économiques… ne sont pas les seuls freins au recours à la formation professionnelle en cette période très particulière. L’offre disponible à distance a évidemment fait défaut en début de crise sanitaire.

Guénaelle Boch

« En mars 2020, seuls 0,5% de notre catalogue de formation était accessible en distanciel. Désormais, il est réversible à 100% », reconnait Guénaelle Boch, directrice du pôle Client de CSP Docendi.  « Nos adhérents nous ont aussi fait part d’une certaine complexité administrative du monde de la formation professionnelle. Entre les modalités de formation, les types de financement, les certifications des organismes de formation, le type de public à viser…. C’est compliqué de s’y retrouver. Et quand c’est difficile, les entreprises n’y vont pas », souligne Frédéric Guzy.

 

Activer le FNE-Formation peut rapidement devenir une usine à gaz. « Il faut d’abord identifier des formations digitales éligibles, recueillir l’acceptation des salariés, notamment ceux en activité partielle, remplir les formalités administratives… certains RRH et petites structures abandonnent car cela ne correspond pas à leur calendrier d’urgences », observe Laurence Breton-Kueny, vice-présidente de l’ANDRH.

La formation professionnelle, un moyen parmi d’autres de développer les compétences


Si le niveau d’activité commerciale (nombre de prospects, de rendez-vous clients…) de CSP Docendi reste stable, il n’en demeure pas moins que le chiffre d’affaires à drastiquement baissé en 2020 : 13 millions d’euros contre environ 20 millions sur une année classique.

La part des grands groupes représente désormais 64% de notre CA contre 75% auparavant. C’est donc le middle market qui est monté en puissance. Les PME-ETI ont été plus réactives et agiles dans leur prise de décision de passer aux formations à distance.
Guénaelle Boch

Pour elle, les problématiques de formation sont en train de se diffuser plus largement dans les organisations, notamment au niveau des directions opérationnelles et plus uniquement des DRH. « On assiste à une diversification des leviers pour développer la performance des compétences des collaborateurs. Cela peut passer par des séminaires, des ateliers de co-développement par exemple », observe-t-elle.

Laurence Breton-Kueny

Les membres de l’ANDRH s’interrogent également sur comment former et accompagner des salariés avec des budgets contraints. « Lors des informations consultations avec les partenaires sociaux, on a échangé sur l’action de formation en situation de travail (AFEST) et sur la construction du CPF entreprise / collaborateur », explique Laurence Breton-Kueny, vice-présidente de l’ANDRH.

On le voit, les entreprises ne vont pas refuser frontalement de financer des formations. Elles cherchent au contraire (quand leur niveau d’activité le permet évidemment) des alternatives pour continuer à former mais différemment et mieux et surtout en limitant (ou partageant) les coûts.

 

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

Vous aimerez aussi :