Les limites des congés... illimités

Sylvie Laidet

TEMPS DE TRAVAIL – Partir en vacances autant de jours que nécessaire et quand on veut, tout en étant payé normalement ? Aux Etats-Unis, où les congés payés sont riquiqui, les salariés adorent cette formule. En France, les quelques boîtes qui l'ont testée font machine arrière. Quelles sont donc les limites des congés illimités ?
Les limites des congés... illimités

Comment fonctionnent les congés illimités ?

Exit les 5 semaines de congés payés. Avec les congés illimités, vous partez en vacances quand vous voulez et pour la durée qui vous sied. Bref, en plus d’être cadre autonome, vous devenez vacancier autonome. Alors attention, on ne s’emballe pas, il ne s’agit pas d’un nouvel article du Code du travail mais d’initiatives mises en place par quelques entreprises, notamment des start-up d’origine anglo-saxonne (exemple d’ Evernote en 2013). Donc pour en bénéficier, il faut que votre entreprise acte ce dispositif.

 

Pourquoi certaines entreprises proposent des congés illimités ?

Samuel Durand

Dans son billet du futur, Samuel Durand, explorateur des nouveaux modes de travail rappelle les bonnes intentions de départ.

L'illimité, bon pour la santé

« Les vacances illimitées sont surtout une bonne façon de créer une relation de long terme entre un talent et une entreprise. Dans tous les métiers, nous avons à un moment donné besoin de repos, pour rester motivés, pour ne pas s’épuiser, pour rester créatif, pour prendre du recul sur ce que l’on fait… bref les temps de vacances sont essentiels et bénéfiques, pas seulement pour celui ou celle qui les prend mais pour la santé économique de l’entreprise à long terme.

L'illimité, booster d'autonomie du salarié

L'autre vertu des vacances illimitées, c'est de permettre au salarié d'être responsable de son temps de travail plutôt que d'imposer le même pour tous. Samuel Durand souligne dans son billet « Nous n’avons pas tous besoin de couper du travail pendant la même durée. Les vacances illimitées permettent de responsabiliser chacun quant à la gestion de son temps personnel ».

L'illimité, bon pour la marque employeur

Evidemment, c’est bon pour la marque employeur car en général, quand une entreprise annonce la mise en place d’un tel dispositif, elle est assurée de faire le buzz donc d'attirer des candidats à la recherche d'une entreprise respectueuse des rythmes de travail de chaque individu, du moins sur le papier.

Vacances illimitées : quels sont les freins ?

Voilà pour la théorie. En réalité, sur le terrain, ça coince. Et ça stresse visiblement à la fois les salariés et les managers

Un piège à culpabilité, côté salariés

La tranquillité d’esprit est toute relative puisqu’elle peut avoir l’effet inverse et déclencher du stress. 
Ben Gateley, PDG de CharlieHR

 C’est la leçon qu’en tire l’entreprise CharlieHR qui vient de mettre fin à sa politique de congés illimités après 3 ans (lire le billet du boss sur le blog de l’entreprise « Nous avons essayé les vacances illimitées pendant trois ans. Voici tout ce qui a mal tourné » )

Les vacances étant potentiellement illimitées mais les membres ne savaient combien de jours prendre, de peur d’être dans l’abus. « Il y avait une forme de pression sociale qui empêchait la mesure de fonctionner », souligne Samuel Durand.

En somme comme Cadremploi l’évoquait déjà il y a quelques années dans un billet « Congés illimités, piège à culpabilité », par peur de passer pour des fainéants et aussi parce que la compétition interne est féroce (même si ces boite cultivent en façade un esprit cool), les salariés hésitent à s’absenter. Pire, ils prennent encore moins de vacances qu’avant. Au risque de se mettre dans le rouge en ne décrochant pas vraiment. Ou en tout cas pas assez de repos pour se ressourcer et repartir plus avant après des périodes vraiment off.

Un piège organisationnel, côté managers

A cause de l’illimité, les managers n’ont pas de motif pour refuser des congés lorsque l’activité de l’entreprise ne le permet pas.

C'est le constat qu'avait fait Triggertrap en 2015 et qui a rendu sa politique de congés illimités impraticables.

 

Les congés "surpayés", une solution ?

 

Pour motiver leurs troupes à profiter de ces breaks illimités et anticiper cette pression sociale, des entreprises comme OpenClassrooms accordent une prime à la coupure : 1000 euros versés pour tout salarié s’absentant plus de trois semaines d’affilée. Vive les congés surpayés !

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Journaliste indépendante, je réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de mes sujets de prédilection.

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