Les néobanques recrutent 400 cadres mais avez-vous le profil ?

Sylvie Laidet

N26, Nickel, Revolut, Pixpay, Qonto, Memo Bank… Les banques digitales d’un nouveau genre sont en train de disrupter le marché des transactions bancaires. 70% des ouvertures de nouveaux comptes se font aujourd’hui dans ces néobanques. Et pour réussir leur pari, elles embauchent à tour de bras. Des profils techniques bien sûr mais aussi des pros du marketing, des RH, etc. Et pas forcément issus du secteur bancaire traditionnel. Nous avons interviewé des recruteurs du secteur pour comprendre quels candidats ont leur chance, comment elles recrutent et quel intérêt d’aller bosser dans ces banques nouvelle génération plutôt que dans les anciennes.
Les néobanques recrutent 400 cadres mais avez-vous le profil ?

Ils témoignent

  • Sarah Ben Allel, DRH de Qonto
  • Stéphane Dehaies, associé Banque et Fintech chez KPMG France
  • Benoit Grassin, co-fondateur et CEO de Pixpay
  • Pierre-Henri Havrin, DRH de Nickel
  • Jérémie Rosselli, DG de N26 France et Benelux

C’est quoi une néobanque ?

Stéphane Dehaies

Attention, il ne faut pas confondre néobanque et banque en ligne/ banque digitale. Les néobanques sont des établissements de paiement en ligne – et pas de crédit – souvent issus du monde agile de la tech. Elles répondent à de nouveaux besoins de consommation ou de services simples autour du paiement, de la gestion de ses comptes 24/24, etc. Elles visent des segments spécifiques mal adressés par les banques traditionnelles. Par exemple, les ados.

« Pour les clients, il s’agit souvent de banques secondaires. Elles ne concurrencent pas encore directement les banques traditionnelles mais elles apportent de nouveaux standards en matière d’expérience clients ou encore de transparence sur les tarifs », observe Stéphane Dehaies, associé Banque et Fintech chez KPMG France.

 

Plus de 400 postes cadres à saisir dans les néobanques

A ce jour, on compte une trentaine de néobanques en France (sur les 1200 fintech françaises). En y incluant les établissements de paiement sécurisés, cela représente environ 10 000 emplois. « La crise a renforcé les besoins de digitalisation des services bancaires. 70 % des ouvertures de nouveaux comptes se font aujourd’hui dans ces néobanques.  Pour y répondre, elles font progresser leur effectif », ajoute Stéphane Dehaies.

  • Pixpay (cible ados) qui entend tripler le nombre de ses abonnements d’ici septembre 2021, va embaucher 40 collaborateurs. Et ainsi doubler son effectif.
  • Memo Bank (clientèle entreprises) table sur 20 recrutements en 2021.
  • Chez Nickel, qui distribue ses produits via des buralistes, on ambitionne de capter 4 millions de clients d’ici 2024 et on staffe 100 personnes supplémentaires chaque année.
  • Qonto (pour les PME et les indépendants) vise 50 embauches d’ici fin 2020 et près de 150 courant 2021.
  • Jérémie Rosselli, DG de N26 France et Benelux affirme avoir « plusieurs centaines de recrutements en cours. La majorité de nos équipes est basée à Berlin, notre siège social, mais il est fondamental pour nous d’embaucher notamment des francophones pour travailler sur le marché français où nous avons quelque 200 salariés dédiés ».
On essaie de faire autrement que les banques traditionnelles, donc une expérience passée dans ce secteur n’est pas indispensable.
Benoit Grassin, co-fondateur et CEO de Pixpay

Les néobanques recherchent des candidats « out of bank » mais surtout 200% digital

 

Expérience digitale et data  indispensable dans les néobanques

Pour se développer, les néobanques ont évidemment besoin de nouveaux profils techniques / informatiques (développeurs front-end / back-end, développeurs mobiles sur iOS ou Android, administrateurs systèmes, data engineer/ scientist ou encore UX designers,….). 

« Ces profils ne sont pas nécessairement disponibles dans les banques traditionnelles donc les néobanques vont les chercher à la sortie des écoles ou après une première expérience en alternance, voire à l’international. Notamment en Grande-Bretagne et en Asie, deux zones en avance sur ce sujet. Idem pour les profils en marketing digital », souligne Stéphane Dehaies de KPMG France.

« Ce qui est primordial pour l’ensemble de nos profils au-delà de leurs compétences techniques, ce sont leur expérience digitale et l’appétence pour un environnement où la data est fondamentale », insiste Jérémie Rosselli, DG de N26 France et Benelux.

 

Les anciens de start-up attendus dans les néobanques !

« On essaie de faire autrement que les banques traditionnelles, donc une expérience passée dans ce secteur n’est pas indispensable. En revanche, un premier passage dans l’industrie du digital est un vrai plus. Nous avons par exemple recruté des anciens de start up plus importantes que nous (Kapten, ManoMano). Leurs expériences de ce type de croissance sont précieuses », explique Benoit Grassin, co-fondateur et CEO de Pixpay.

 

Des profils polyglottes pour développer l’international

Chez Qonto, on vise également la diversité des profils issus de grands groupes ou de start up, etc. « On ne recherche pas à tout prix des anciens de la banque car nous souhaitons donner des angles différents à nos offres. En revanche, même si nos postes sont basés à Paris, les profils multilingues sont très appréciés pour assurer notre développement international », précise Sarah Ben Allel, DRH de Qonto.

S’ils recherchent l’inertie d’une grande structure, chez nous ils risquent d’être déçus
Pierre-Henri Havrin, DRH de Nickel

Les néobanques embauchent aussi des profils bancaires

« Dans les fonctions supports en lien avec le réglementaire, la conformité, la finance… il peut y avoir de belles passerelles pour des candidats expérimentés issus de la banque traditionnelle », observe Stéphane Dehaies.

Pierre-Henri Havrin

« Nous sommes ouverts à tous les profils. Ceux ayant une bonne compréhension de l’univers de la monétique et des paiements ont de précieux savoir-faire, par exemple, et sont les bienvenus. Mais pour nous rejoindre, ils faut surtout adhérer à nos valeurs et être capables d’évoluer dans un environnement agile, d’entreprendre… S’ils recherchent l’inertie d’une grande structure, chez nous ils risquent d’être déçus », prévient Pierre-Henri Havrin, DRH de Nickel.

 

Pas de transparence sur les salaires dans les néobanques

« Dans les standards du marché », « du fixe et du variable », « on ne vient pas chez nous pour le salaire mais pour le projet »… Si les néobanques sont ultra transparentes sur leurs tarifs, pas moyen en revanche de les faire parler des rémunérations en vigueur chez elles. Les réponses restent « langues de bois » à la différence des banques traditionnelles où les salaires sont certes bas mais connus de tous. Certaines de ces néobanques consentent tout juste à évoquer les fameux BSPCE qu’elles distribuent, qui sont des parts de capital aux nouveaux arrivants. Mais on n’en saura pas plus.

 

Où rebondir après une néobanque ?

« Une expérience dans une néobanque pourrait, à l’avenir, être un bon tremplin pour décrocher un job dans une banque plus traditionnelle ou digitale. En effet, ces dernières sont en train de s’adapter à ces nouveaux marchés, modes de consommation et à cette nouvelle réalité des services financiers », conclut Stéphane Dehaies, associé Banque et Fintech chez KPMG France.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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