Comment ne pas braquer un collaborateur qui ne souhaite pas revenir au bureau ?

Publié le 8 juin 2020 Mis à jour le 22 juin 2020 Sylvie Laidet

INTERVIEW – Malgré le déconfinement amorcé, le syndrome de la cabane perdure pour certains salariés. Pour eux, pas question de reprendre les transports, ni de s’installer dans l’open space… ils veulent rester en télétravail. Une situation compliquée à gérer pour les managers. Nous avons donc demandé à Charlotte Wils, coach certifiée et dirigeante du cabinet Les Hypersensibles comment s’y prendre.
Comment ne pas braquer un collaborateur qui ne souhaite pas revenir au bureau ?
  1. Que faire quand un collaborateur fait part de son souhait de ne pas revenir travailler au bureau ?
  2. Fixer des échéances semble capital, pourquoi ?
  3. Est-ce judicieux de suggérer une reprise progressive ?
  4. Aller dans le sens du collaborateur peut-il accélérer son retour au travail ?

Avec la phase 2 du déconfinement annoncée le 28 mai dernier par le Premier ministre, la vie de bureau reprend encore davantage chaque jour. Peu à peu, les entreprises rouvrent leurs portes et s’organisent pour de nouveau accueillir leurs collaborateurs sur site. Mais certains ne se voient pas revenir.

Que faire quand un collaborateur fait part de son souhait de ne pas revenir travailler au bureau ?

Charlotte Wils : le manager doit instaurer une discussion. C’est-à-dire écouter les arguments de son collaborateur qui préfère rester en télétravail. Surtout ne pas essayer de le persuader, de le contraindre, de la culpabiliser ni de le manipuler. Ni bien sûr lui faire du chantage du genre « si tu ne reviens pas, cela ne va pas poser un problème pour la pérennité". Juste l’écouter puis formuler ses propres besoins. Par exemple :

J’aurais besoin que tu reviennes à telle date pour telle et telle raison. Je te laisse réfléchir et faisons un point dans 3 jours.
Exemple de phrase qui formule des besoins sans contraindre. Charlotte Wils, coach certifiée et dirigeante du cabinet Les Hypersensibles

Fixer des échéances semble capital, pourquoi ?

Charlotte Wils : oui le manager doit écouter et laisser à son salarié une certaine forme de flexibilité mais c’est quand même lui qui tient les rênes. Ces points de discussion peuvent par exemple se faire au gré des annonces gouvernementales. Le manager demande alors au salarié de lui donner une réponse pour une date précise. En proposant des points réguliers, pour voir où en est son collaborateur sur le sujet, le manager montre qu’il est attentif à la situation. Cela aide le collaborateur dans son cheminement, c’est rassurant.

 

Est-ce judicieux de suggérer une reprise progressive ?

Charlotte Wils : il faut en fait trouver un accord entre les besoins des deux parties : le manager et son collaborateur. Donc suggérer une reprise progressive peut être judicieux car chacun fait ainsi un pas vers l’autre. Le manager peut introduire le sujet avec une question du genre :

Si tu revenais progressivement au bureau, dis-moi quels jours te conviendraient le mieux afin que je m’assure que cela soit compatible avec l’organisation du service ?

Ainsi, le manager lui offre une certaine marge de manœuvre sans lui laisser totalement les coudées franches.

 

Aller dans le sens du collaborateur peut-il accélérer son retour au travail ?

Charlotte Wils : en l’écoutant, en prenant en compte ses souhaits, sans tout accepter quand même, il y a de fortes chances qu’il reprenne le chemin du travail plus rapidement de son propre chef que si le manager tentait de le contraindre. Le forcer à revenir, c’est prendre le risque que cette personne se sente mal, traine des pieds, pire qu’elle développe une psychose, une certaine colère et de l’animosité envers l’entreprise. »

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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