Marie-Laure Collet : « Les cabinets qui ne servent pas uniquement la "marque employeur" peuvent sortir renforcés de cette crise »

Publié le 15 juin 2020 Sylvie Laidet

PAROLES DE PRO – Marie-Laure Collet dirige le cabinet Abaka et représente la Fédération Syntec en Bretagne. Pour cette experte en recrutement, les employeurs doivent plus que jamais n’exclure personne malgré la crise. Sans ces valeurs d’ouverture aux jeunes, aux séniors ou aux candidats issus de la diversité, ils ne trouveront pas les compétences qui leur manquent et se mettront en danger.
Marie-Laure Collet : « Les cabinets qui ne servent pas uniquement la "marque employeur" peuvent sortir renforcés de cette crise »
  1. Quel impact du Covid sur votre business pendant le confinement ?
  2. Depuis le déconfinement, les embauches reprennent-elles ?
  3. Les entreprises vont-elles jouer les divas dans la sélection des candidats ?
  4. Comment les attentes des candidats, vont-elles évoluer ?
  5. Les recruteurs seront-ils plus ouverts aux candidats seniors par exemple ?
  6. Quid des process de recrutement post-covid ?
  7. Avez-vous une question fétiche aux candidats depuis le 11 mai ?

  8. Allez-vous prendre des congés cet été ? Et vos clients ?

  9. Qu’est-ce qui naîtra de meilleur pour vos métiers ?

Quel impact du Covid sur votre business pendant le confinement ?

Marie-Laure Collet : « Le Covid a pétrifié d’un coup les dirigeants du Grand Ouest mais les missions en cours ont perduré. En avril, on a atteint 50 % de notre objectif mensuel

 

Depuis le déconfinement, les embauches reprennent-elles ?

M-L C : Dans notre cabinet, le redémarrage va être plus lent car notre force commerciale n’a pas été mobilisée durant le confinement. La plupart des consultants étaient en chômage partiel. Ce qui a d’ailleurs permis d’amortir l’impact de la baisse de facturation en avril. J’ai l’espoir d’une reprise en juin et juillet mais surtout en septembre.

Le chômage va d’abord toucher les moins qualifiés
Marie-Laure Collet, dirigeante du cabinet Abaka et représentante de la Fédération Syntec en Bretagne

Les entreprises vont-elles jouer les divas dans la sélection des candidats ?

M-L C : les dirigeants vont penser qu’avec la hausse du taux de chômage, ils vont avoir davantage le choix dans la sélection des candidats. Or, ce n’est pas vrai car le chômage va d’abord toucher les moins qualifiés. Bilan, les boites vont crouler sous les candidatures et passer beaucoup de temps à faire du tri de CV.

Les entreprises doivent proposer du télétravail si elles veulent attirer des candidats motivés

Comment les attentes des candidats, vont-elles évoluer ?

M-L C : leur relation au travail va de toute évidence être modifiée. Avec la généralisation du télétravail, ils vont s’autoriser à habiter plus loin de leur lieu de travail pour se mettre un peu au vert. Objectif : ne venir que ponctuellement au bureau. Les employeurs doivent prendre en compte ses nouvelles aspirations s’ils veulent attirer des candidats motivés.

 

Les recruteurs seront-ils plus ouverts aux candidats seniors par exemple ?

M-L C : Plus que jamais nous ne devons exclure personne : les jeunes, les seniors, les candidats issus de la diversité. Les entreprises vont devoir y adhérer car si elles ne trouvent pas les compétences rapidement, certaines d’entre elles vont mourir.

 

Quid des process de recrutement post-covid ?

M-L C : La visioconférence va s’imposer dans toutes les étapes d’un recrutement. Y compris dans la relation cabinet - client. Je pense que nous n’aurons plus besoin de visiter systématiquement les entreprises avant d’être mandaté pour des recrutements. Un gain de temps évident pour tout le monde.

 

Avez-vous une question fétiche aux candidats depuis le 11 mai ?

M-L C : Oui « comment avez-vous vécu psychologiquement cette période de confinement ? ». L’objectif n’est pas de juger la réponse mais d’analyser la façon de répondre. Le candidat est-il capable de prendre du recul ? Va-t-il parler vrai ou au contraire jouer un rôle ?


Allez-vous prendre des congés cet été ? Et vos clients ?

M-L C : Je vais être obligée, il en va de ma santé mentale. Le Covid a rendu malade mon entreprise. Et quand elle va mal, je vais mal. Pour autant, pas question de travailler plus et de se priver de vacances. Ce qui est perdu est perdu. Je vais faire en sorte que tout le monde parte en vacances – par roulement de 2 semaines – et déconnecte complètement afin de revenir avec le plein d’énergie pour assurer le business sur les 4 derniers mois de l’année.


Qu’est-ce qui naîtra de meilleur pour vos métiers ?

M-L C : Les cabinets avec des valeurs, ceux qui contribuent réellement à la RSE, donc ceux qui ne servent pas uniquement la marque employeur de leur client, peuvent sortir renforcés de cette crise.

Le cabinet Abaka en chiffres

  • 150 à 200 recrutements par an
  • 24 consultants en 2020
  • CA 2019 : 2,3 millions d’euros
Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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