Matthieu de la Thébeaudière : « Nous avons mené des recrutements entièrement digitalisés avec intégration en télétravail »

Publié le 15 mai 2020 Gwenole Guiomard

PAROLES DE PRO – Pour le directeur général adjoint de Randstad sud-est, cette crise constitue l’occasion de mieux réfléchir au sens du travail. Certains cadres ont aussi pris goût à une vie hors conurbations. Ils vont bouger, d’autant que le rapport de force leur est toujours favorable.
Matthieu de la Thébeaudière : « Nous avons mené des recrutements entièrement digitalisés avec intégration en télétravail »
  1. Quelles sont les conséquences de la Covid 19 sur votre activité ?
  2. Deux mois après cette déflagration, quels sont les changements en cours dans vos processus de recrutement ?
  3. Quels secteurs et fonctions recrutent aujourd’hui ?
  4. Comment voyez-vous les prochains mois ?
  5. En quoi cette crise impacte-t-elle les compétences recherchées ?
  6. Une question fétiche aux candidats depuis le 11 mai ?
  7. Des congés cet été ?
  8. Qu’est-ce qui naîtra de meilleur dans vos métiers ?

Quelles sont les conséquences de la Covid 19 sur votre activité ?

Matthieu de la Thébeaudière : Le choc a été violent. Entre février et mars 2020, notre chiffre d’affaires a baissé de 75 % sur l’intérim et de 50 % sur les placements en CDI. Certains secteurs comme le BTP ont encore plus souffert avec une perte d’activité de l’ordre de 90 %. La pire semaine a été celle du 6 au 12 avril 2020 ».

 

Deux mois après cette déflagration, quels sont les changements en cours dans vos processus de recrutement ?

MDLT : Le groupe Randstad a développé, depuis plusieurs années, des solutions dématérialisées de mises en relation avec nos candidats. Ces outils nous ont permis de mener des recrutements totalement digitalisés, de l’entretien à l’intégration en télétravail. En parallèle, certains employeurs en ont profité pour multiplier le nombre d’entretiens et approfondir les candidatures avec des mises en situation et des tests professionnels réalisés à distance. Je constate également un rapport moins protocolaire, plus libre, plus informel, et donc plus direct, entre nos consultants et les candidats. A travers la visio, certains nous ont accueilli, directement dans leur salon, avec leurs enfants à proximité. De façon paradoxale, l’éloignement a créé plus de proximité.

Ce mois de mai sera meilleur que celui d’avril.

Quels secteurs et fonctions recrutent aujourd’hui ?

MDLT : Quatre secteurs sont porteurs : la santé, le digital, l’agroalimentaire et la finance. D’autres comme le BTP commencent à donner des signes de reprise. Nous recherchons actuellement des conducteurs de travaux dont les salaires tournent autour de 38 000 euros brut par an. Mais aussi des directeurs financiers, des responsables RH. Nous ne constatons pas de croissance exponentielle post confinement mais on assiste à une reprise en pente douce. Ce mois de mai sera meilleur que celui d’avril.

 

Comment voyez-vous les prochains mois ?

MDLT : Mes volumes de commande augmentent en ce moment. Dans les 6 prochains mois, nous allons assister à un développement progressif de nos affaires, sans à-coup. Le BTP repart avec des dirigeants qui ont besoin de remettre leurs effectifs au travail pour terminer leurs chantiers en cours et reconstituer leur trésorerie. En 2021, on aura essuyé une grosse partie du décalage actuel, pas avant.

 

En quoi cette crise impacte-t-elle les compétences recherchées ?

MDLT : Cette crise sanitaire a démontré aux entreprises que des soft skills comme l’agilité, la capacité à se mettre rapidement en mouvement, à garder son calme sont des compétences essentielles. Ces qualités prennent de plus en plus d’importance et la crise a renforcé cette tendance de fond.

 

Les candidats ont besoin d'être rassuré sur la santé financière des entreprises que nous leur proposons de rejoindre.

Une question fétiche aux candidats depuis le 11 mai ?

MDLT : Quelle est l’impact de la Covid sur vos aspirations professionnelles ? Cela permet de mesurer la volonté profonde d’un candidat tout en sortant des questions téléguidées sur leurs qualités et leurs défauts. Mais ce que l’on voit poindre surtout depuis le début de la crise, c’est le besoin d’être rassuré sur la santé financière des entreprises que nous leur proposons de rejoindre.

 

Des congés cet été ?

MDLT : Nous avons tous travaillé comme des dingues. A titre personnel, j’espère contribuer à la relance de l’industrie du tourisme cet été. Il est très important de se ressourcer. Mais si l’on a besoin de moi, je saurai me rendre disponible.

 

Qu’est-ce qui naîtra de meilleur dans vos métiers ?

MDLT : Cette crise replace la question du sens du travail au centre des préoccupations. Il en restera aussi plus d’autonomie. Les employeurs ont compris que leurs collaborateurs savent travailler seul, en autonomie, sans flicage et en limitant les réunions. Cela devrait donc aussi améliorer notre productivité et permettre aux cadres de choisir leur lieu de travail.

Randstad France en quelques chiffres

  • 30 000 recrutements en CDD/CDI en 2019
  • 75 000 salariés intérimaires (ETP) délégués chaque semaine
  • 4 200 salariés et 7 600 CDI intérimaire
  • CA en 2019 : 3,7 milliards d'euros
Gwenole Guiomard
Gwenole Guiomard

Je suis journaliste spécialisé dans les questions de formation et d’emploi. L’un ne doit pas aller sans l’autre et la compréhension des deux permet de s’orienter au mieux. Je rédige aussi, tous les deux ans, le Guide des professionnels du recrutement. Je suis aussi passionné d’histoire et amoureux des routes de la soie.

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