Micro-learning : comment marchent ces formations ultra courtes et faut-il s’y mettre ?

Fleur Chrétien

TENDANCE FORMATION PROFESSIONNELLE - Un pitch video de 2 minutes à visionner avant un rendez-vous client, une infographie détaillant l'organigramme de la boîte, un quizz post-formation pour réviser les techniques "comment désamorcer un conflit",... Les formats de microlearning envahissent nos smartphones et apportent des solutions instantanées au boulot. Ces contenus ultra courts, à consommer dès que le besoin se fait sentir, s'adaptent à chacun et travaille l’ancrage des connaissances. Complémentaire du e-learning ou des formations classiques, le micro-learning fait de plus en plus d’adeptes en entreprise, pour le plus grand bonheur des acteurs de la EdTech qui se sont mis sur ce créneau. Qu’est-ce que le micro-learning ? Quand, comment et pourquoi opter pour le micro-learning ? Quelles sont les avantages et limites du micro-learning ? Enquête et interviews de spécialistes et d'utilisateurs pour vous aider à démêler le vrai du faux.
Micro-learning : comment marchent ces formations ultra courtes et faut-il s’y mettre ?

Ils témoignent

  • Matthieu Thomas, formateur de métier et co-fondateur de la plateforme Cards
  • Vincent Caltabellotta, formateur, CEO de Yoomonkeez et auteur du livre Inventons l’entreprise du XXIe siècle (Editions KAWA) et
  • Jean Siegwalt, responsable de la conduite du changement chez Bosch Rexroth
  • Jamie Machat, responsable de la cellule nationale appels d’offres de CCI France

Le micro-learning au delà du jargon : définition

On l’appelle micro-learning ou fast-learning. Souvent associé au mobile-learning, il fonctionne sur le principe des learning nuggets. N'en jetez plus ! Au-delà du jargon, de quoi s’agit-il concrètement ?

Le micro-learning désigne une méthodologie d’apprentissage basée sur des séquences de formation ultra-courtes, les fameux "learning nuggets", qui désigne des capsules de formation. D’une durée comprise entre quelques secondes et quelques minutes — la durée maximale d’une session étant évaluée à 5 minutes pour certains, 10 minutes pour d’autres —, les modules d’apprentissage peuvent être consultés à tout moment par l’apprenant. Ils sont disponibles en ligne via des plateformes telles que Cards, Youmoonkeez, GoodHabitz, EduMe ou Sparted.

Matthieu Thomas

Après le divertissement et l’information, c’est désormais le monde de la formation qui propose du contenu pédagogique "à la demande" sous forme. Selon Matthieu Thomas, formateur de métier et co-fondateur de la plateforme Cards, le micro-learning apporte une solution à trois problèmes classiques en formation :

  • la mémorisation
  • la saturation
  • l'ennui

« Les apprenants mémorisent en moyenne 10 à 15% des informations diffusées lors d’une formation. On constate par ailleurs un phénomène d’infobésité qui nuit à la performance des collaborateurs. Troisième point : le désengagement rapide des apprenants sur les solutions classiques d’e-learning, trop fastidieuses ». détaille ce pionnier de la EdTech (l'écosystème dédié aux nouvelles technologies de l'éducation).


Les plateformes de micro-learning, grâce à leurs formats plus courts et plus digestes, neutralisent ces effets négatifs.

Premier point fort du micro-learning : un outil ATAWADAC

Dans les entreprises, le micro-learning gagne du terrain car il colle à une époque où l'instantanéité devient la norme.

« Il existe plein d’outils pour se former, mais aucun pour se former chaque jour et au moment où le besoin s'en fait sentir. C’est à partir de ce constat fait par une DRH que j’ai décidé d’imaginer une pédagogie spécifique, et un outil pour la porter.
Vincent Caltabellotta, formateur, auteur du livre "Inventons l’entreprise du XXIe siècle" (Edition Kawa) et CEO de la plateforme de micro-learning, Yoomonkeez.

Sur cette plateforme comme sur les autres, la durée concise des modules et l’accès permanent aux contenus est très appréciés des apprenants, des formateurs et des entreprises. C'est toute la force du micro-learning : les apprenants ont une réponse précise sur un sujet spécifique au moment où ils en ont besoin. Ils peuvent consulter les contenus à tout instant, sur tout support, voire à plusieurs reprises si nécessaire. Des atouts résumés par l’acronyme anglais ATAWADAC :

  • AT pour Anytime (à toute heure)
  • AW pour Anywhere (partout)
  • AD pour Any Device (tout support)
  • AC pour Any Content (tout contenu)

Côté apprenant, la mise à disposition de modules en ligne offre une souplesse, une flexibilité et une liberté particulièrement appréciées. Qu’il opte pour une session de 5 minutes par jour ou pour trois sessions tous les trois jours, l’apprenant peut ainsi ajuster son rythme d’apprentissage en fonction de ses contraintes. La dimension ludique favorise également une meilleure implication sur la durée, garantissant aux apprenants une progression constante et régulière. Vincent Caltabellotta cite l’exemple de son client Adeo, qui a obtenu un taux d’engagement de 84% lors d’une formation non obligatoire proposée à 200 de ses cadres.

Deuxième point fort du micro-learning : l’ancrage mémoriel des connaissances


«  En définissant la fréquence des sessions (généralement quotidienne) et en maîtrisant la diffusion, l’objectif est d'optimiser l’ancrage des connaissances. Cela évite, par exemple, qu’une personne enchaîne les séquences sans faire les exercices, ce qui peut être l’écueil d’un apprentissage en micro-learning. Yoomonkeez fonctionne sur le principe d’envoi de messages à l’apprenant, explique Vincent Caltabellotta. Ainsi, ce n’est pas l’apprenant qui doit venir sur la plateforme, mais la plateforme qui vient à l’apprenant. »

Troisième point fort du micro-learning : l'apprenant peut devenir formateur

Souvent basées sur des méthodologies d’ingénierie pédagogique, les solutions de micro-learning sont fortement axées sur l’expérience utilisateur. Cards micro-learning propose ainsi une plateforme qui permet à n’importe quel collaborateur de l’entreprise de partager ses connaissances. « Nous avons développé un socle technique qui met lingénierie pédagogique à la portée du plus grand nombre, explique Matthieu Thomas. La simplicité d’utilisation de l'interface favorise une prise en main simple et rapide ; ce qui permet d’optimiser la productivité du collaborateur, qu’il soit formateur ou apprenant. »

Micro-learning : phénomène de mode ou tendance de fond ?

Plus simple, plus rapide et plus économique à mettre en œuvre, le micro-learning ne remplace pourtant pas les méthodes de formation classiques. Il constitue une solution d’apprentissage complémentaire qui s’inscrit dans une stratégie de formation globale, à activer en fonction des cibles, des contextes et des sujets d’apprentissage.

« Les entreprises qui nous consultent sont déjà acculturées au micro-learning, constate Matthieu Thomas. Elles comprennent qu’elles peuvent utiliser la solution pour s’adresser aux collaborateurs sur le terrain, ou pour transmettre des informations structurantes à un collaborateur qui s’apprête à rejoindre l’entreprise. »

Pour Vincent Caltabellotta, les entreprises qui ont recours au micro-learning comprennent que « le mix des formats constitue un véritable levier d’acquisition des compétences. Les entreprises cherchent aujourd’hui à faire évoluer les compétences au quotidien. Elles sont donc en quête de solutions multimodales, car la formation en présentiel coûte cher, représente d’importantes contraintes d’organisation, et n’est pas toujours indispensable sous cette forme. »

Exemples : des utilisateurs du micro-learning témoignent

Micro-learning dans l'industrie

Chez Bosch Rexroth (spécialiste des technologies de pointe destinées aux industries), Jean Siegwalt utilise une solution de micro-learning afin d'accompagner la mutation de son entreprise vers l’électronification de ses produits.

« A mon sens, le micro-learning fonctionne s’il est combiné à des formations en présentiel. Aujourd’hui, nous utilisons le micro-learning pour faire le teasing des sessions de formations en présentiel à venir. Et aussi pour résumer ces sessions a posteriori. Nous mettons les modules à disposition de toute l’entreprise (300 personnes), mais nos principaux utilisateurs restent ceux qui ont reçu la formation en présentiel », explique le responsable de la conduite du changement chez Bosch Rexroth.

Micro-learning dans les services

Jamie Machat


Les nouveaux besoins des entreprises en matière de formation professionnelle ? Jamie Machat est aux premières loges pour les détecter. La première fois qu'elle a proposé du micro-learning, « c’était dans le cadre de deux appels d’offres, l’un de Pôle emploi, et l’autre de l’Opco. Il s’agissait alors d'un besoin de capsules courtes sur le coaching et le management, » se souvient la responsable de la cellule nationale des appels d’offres au sein du réseau des chambres de commerce et d'industrie (CCI France).
Avec les confinements successifs, le micro-learning a pris son essor. Il est désormais systématiquement intégré dans les parcours de formation que propose le réseau des CCI France. « Je pense que cette méthode va être de plus en plus utilisée, non seulement en raison de l’essor du télétravail, mais aussi parce que c’est une solution ludique et facilement accessible qui gomme les contraintes de la formation », conclut Jamie Machat.

Continuons l'échange d'expériences !

Nos journalistes contactent des entreprises afin d'illustrer leurs articles. C'est la cas dans cette enquête sur le micro-learning, enrichie de 4 témoignages. Vous utilisez vous aussi des solutions de micro-learning pour vous-mêmes ou vos équipes ? N'hésitez pas à témoigner dans le forum ci-dessous ou à nous envoyer votre témoignage sur [email protected] . Que vous permet de faire de spécifique le micro-learning ? Merci pour vos partages.

Fleur Chrétien
Fleur Chrétien

Spécialisée dans la conception et la création de contenu (écrit et audio), je suis journaliste, consultante et intervenante en enseignement supérieur. Depuis 2018, je travaille pour Cadremploi en tant que rédactrice indépendante.  Mes sujets de prédilection : l’innovation managériale, les méthodologies de travail, les soft skills, et les aspirations des cadres.

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