Votre employeur vous a mis au placard : 6 conseils de pro pour en sortir

Sylvie Laidet

Soudain, on ne vous donne plus rien à faire, vous êtes bizarrement tenu à l’écart des projets intéressants, vos missions sont d’une inutilité crasse… vous faites sans doute partie des 200 000 salariés placardisés par leur employeur selon l’Institut Montaigne dans une note sur l’emploi des seniors*. Une situation traumatisante mais pas inextricable. Voici 6 conseils de pros pour en sortir la tête haute.
Votre employeur vous a mis au placard : 6 conseils de pro pour en sortir

Ils témoignent

  • Isabelle Ruffin-Sathicq, coach et spécialiste en outplacement au sein du cabinet Dirigeants & Partenaires
  • Emilie Bonamy, executive coach et présidente de ELB Conseil
  • Sébastien Hof, psychologue du travail.

Etape 1 : identifier les causes de sa mise au placard

Avant toute chose, demandez-vous pourquoi vous êtes dans cette situation.

« Est-ce la faute à pas de chance ? A savoir que votre poste ou votre activité a été supprimé. Est-ce à cause d’une erreur de votre part sur un dossier ? D’un problème relationnel avec son manager malveillant,…? », recommande d’emblée Isabelle Ruffin-Sathicq, coach et spécialiste en outplacement au sein du cabinet Dirigeants & Partenaires.

Un manque de compétences techniques, par exemple digitales, et une présupposée incapacité à s’y former, peut aussi parfois « expliquer » une mise au placard.

Analyser les causes d’une mise au placard permet d’identifier les réelles marges d’action pour en sortir
Emilie Bonamy, executive coach et présidente de ELB Conseil.

Etape 2 : réunir des preuves de sa mise au placard

C’est évident, vous êtes donc dans un placard. Un placard doré certes (un dressing en somme), mais un placard quand même.

Sébastien Hof

« Contactez votre N+1 pour acter cette mise au placard. Dites-lui « je me perçois dans un placard » et montrez-lui avec des faits, à quel point c’est le cas. Recensez également la parole de vos collègues bienveillants en les interrogeant sur ce qu’ils pensent de votre mise au placard », conseille Sébastien Hof, psychologue du travail.

Etape 3 : réaliser son bilan de carrière

Passées ces deux premières étapes, l’important est d’agir. « Le mode “action” est capital car il n’y a rien de pire que de subir une situation sans rien faire », ajoute Sébastien Hof. La première initiative à prendre est de faire un point avec-vous-même.

Réalisez un bilan de carrière, seul ou avec un coach, en listant les compétences que vous avez mises en œuvre au cours de votre carrière et vos succès. L’objectif est de vous regonfler à bloc. De se dire « waouh, je ne m’en rendais pas compte, mais j’ai réussi à faire tout ça
Isabelle Ruffin-Sathicq, coach et spécialiste en outplacement au sein du cabinet Dirigeants & Partenaires

Pour se rassurer sur ses compétences, Emilie Bonamy recommande même d’écrire un « journal sur votre expérience au placard, voire de le publier ».

Etape 4 : cartographier des postes internes pour sortir du placard

Désormais, il s’agit que vos compétences puissent être utiles dans un autre service dans l’entreprise. « Pour cela cartographier la boîte : où pourrait-on avoir besoin de vos compétences ? Une fois les directions, les services, les projets identifiés, ajoutez-y les noms des responsables », explique Isabelle Ruffin-Sathicq.

 

Etape 5 : networker à fond et se faire des alliés

3 méthodes pour entrer en contact avec votre futur boss en interne :

  • Vous pouvez évidemment vous rapprochez directement des responsables identifiés afin de leur parler (autour d’un café ou autre) de votre valeur ajoutée et de l’intérêt qu’ils auraient à vous recruter en interne. Car oui, vous avez bien compris les enjeux de leur business unit.
  • Misez aussi sur des rabatteurs d’opportunités. Des salariés influents qui ont en général toujours un coup d’avance et qui sauront sans doute vous orientez vers des opportunités internes encore cachées. « Contactez ces rabatteurs une fois tous les 2 ou 3 mois pour que cela soit efficace », note Isabelle Ruffin-Sathicq.
  • Pour être convaincant en networking, sortez de votre posture de victime dans le but d’endosser un rôle d’adulte. « Ok, j’ai honte de quoi ? Suis-je un looser ? Non, en fait, c’est la situation qui a créé cette mise au placard. Pourquoi ne pas en parler sur le ton de l’humour. Reconnaitre partiellement ses torts sans prononcer le mot « mise au placard », insiste Emilie Bonamy. « Donner sa version de l’histoire. Par exemple que vous vous occupiez de tel dossier mais que le client s’est rétracté, que l’équipe projet a fermé et que oui, vous avez « merdé ». Selon le ton employé, vous passerez pour un « looser » ou, au contraire, pour une personne capable d’analyser clairement la situation et de rebondir », illustre Isabelle Ruffin-Sathicq. 

Etape 6 : partir sans traîner s’il n’y a pas de solutions en interne

Inutile de se mentir, sortir du placard en trouvant une solution interne, ça existe mais globalement c’est assez rare. Souvent, cette situation débouche sur un départ à plus ou moins long terme. Surtout ne pas attendre les humiliations et la perte totale de confiance pour quitter la boîte. Si la perte de confiance est avérée aussi bien du côté du salarié que de l’entreprise, mieux vaut couper net.

« Arracher le sparadrap d’un coup en allant voir les RH pour négocier un départ. Arguez du fait que la situation n’est pas confortable pour vous. Et pas plus pour l’entreprise. Elle assume une rémunération pour rien et cette mise au placard risque de créer un « bad buzz » interne. Le risque est alors que les autres salariés se désengagent vu comme ils risquent d’être traités », conclut Isabelle Ruffin-Sathicq.

* Note de l'Institut Montaigne "Emploi des séniors : agir sur tous les leviers", parue en octobre 2022.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Journaliste indépendante, je réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de mes sujets de prédilection.

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