Nathalie, 53 ans : « Je n’aime pas les séniors qui font de leur âge la cause de tous leurs soucis »

Publié le 29 juillet 2020 Gwenole Guiomard

SERIE « FRANCHEMENT » épisode 2 – Nathalie, cadre dirigeante, est une warrior. Elle a préféré quitter son job pour désaccord avec la nouvelle direction et s’est faite aider par une coache pour ne pas faire du surplace. Elle croit dur comme fer que son âge n’est pas un obstacle et a même créé un podcast pour faire entendre sa voix. Elle était à un cheveu d’un poste mais le coronavirus est passé par là. Le poste est toujours vacant mais elle continue sa route. Pour raconter "franchement" son expérience, elle a préféré garder l'anonymat. En bonus : l’avis de la coache Julie-Isabelle Binon sur cette candidate en pleine transition.
Nathalie, 53 ans : « Je n’aime pas les séniors qui font de leur âge la cause de tous leurs soucis »

Le déclic : un désaccord de valeurs

 « J’ai quitté mon employeur – autant dire le navire – en avril 2019 après 13 ans de bons et loyaux services. Une nouvelle direction avait été nommée et l’écart entre leurs valeurs et les miennes était devenu abyssal.

Cela a été tellement douloureux que j’ai vécu mon départ comme une délivrance.

J’étais directrice des services clients et ce département était le cadet de leur souci. Cela a été tellement douloureux que j’ai vécu mon départ, via un accord transactionnel et beaucoup d’argent, comme une délivrance. J’avais eu le temps, en douze mois très dégradés, de faire mon deuil. A 53 ans, avec ma maîtrise de droit des affaires, mes multi-expériences, je me suis retrouvée en recherche d’emploi, moi, l’ancienne au profil atypique, issue d’un secteur consanguin où deux acteurs prédominent. Je partais aussi avec un mot d’ordre : j’exècre les séniors qui font de leur âge la cause de tous leurs soucis ; cela ne serait pas mon cas. Au contraire, dans les postes de direction, l’âge peut être un atout, particulièrement en ce moment post Covid-19.

La recherche d’emploi : un networking hyper ciblé

Le 2 mai 2019, jour de mon départ, je m’étais déjà rapprochée d’une coache. Elle m’avait ouvert les chakras. J’étais venue pour refaire mon CV, je suis repartie avec un plan d’action centré sur le networking. J’y ai découvert la bienveillance, les retours désintéressés et leurs carnets d’adresses. J’y ai enrichi ma réflexion, mis des mots sur mes compétences, rencontré des chasseurs de tête.

Cela a maintenu à flot mon enthousiasme face au verre débordant de vie comparé à celui que j’avais connu chez mon dernier employeur. Depuis je vise 3 cibles principales.

  • Les chasseurs de tête tout d’abord. Pour me faire connaitre et être autre chose qu’un simple CV.
  • Les dirigeants d’entreprises qui m’intéressent ensuite. Je les contacte, leur demande un rendez-vous et leur présente mon projet professionnel. Attention, je ne parle pas d’une recherche d’emploi. Une grande partie d’entre eux accepte. Je les rencontre de vive voix. Mon but est d’avoir des contacts IRL. Je m'immisce dans leurs réflexions, je propose les miennes.
  • et enfin, je contacte mes pairs en relation client. Pour échanger avec un cercle d’experts et disposer d’informations que les autres n’ont pas sur des postes disponibles.
  • Je m‘appuie également sur le réseau Oudinot de cadres franciliens de haut niveau. Avec 450 membres cooptés et/ou sélectionnés, 60 % en poste, 40 % en recherche d’emploi, ce groupe fait beaucoup pour l’employabilité des cadres seniors. J’y développe ma bienveillance, mon entraide, mon engagement associatif. Certains y viennent pour développer leurs affaires, d’autres pour trouver un poste. Cela demande beaucoup d’agilité et d’amour des gens. Il faut rendre service avant d’en demander.
J’ai créé un podcast pour qu’on entende ma voix.
  • Plus original, je m’appuie sur un podcast, que le cabinet de chasse nantais, Red pepper, m’a conseillé de créer. Cela démontre mon aisance avec la techno. J’y expose mon projet professionnel, mes soft skills, ma vocation pour le service client, mes passions, mes croyances en l’humanisme. Je le destine à mes cibles pour qu’elles puissent l’écouter dans les transports en commun, les embouteillages… C’est une autre façon de se présenter. On entend ma voix.
Je suis inscrite sur les jobboards dédiés aux cadres.

  • J’utilise enfin tous les réseaux pour me positionner comme experte de la relation client et suis inscrite sur les jobboards dédiés aux cadres. Je suis en veille même si les offres dans mon domaine sont rares et éparpillées entre Customers Care, responsable service clients, directeur services clients… Je réactualise très régulièrement mon profil en y changeant quelques points. Cela me permet de repasser en tête de liste.

Dans la short-list

Toutes ces démarches ont fini par aboutir. Pendant cette année 2020, j’ai été, deux fois, à un virus de l’embauche. Une experte de la relation client m’avait informée qu’un grand groupe cherchait à staffer son service client. Elle m’a fourni des informations sur le poste puis le nom et le mail du patron. J’ai envoyé une lettre de motivation et un CV travaillés en fonction des enjeux de cet employeur. J’ai été retenue dans la short-list des deux derniers candidats. Les 4 entretiens se sont déroulés pendant le confinement : un entretien avec les RH, un avec la direction commerciale, un avec la DRH et le dernier avec la direction générale. A chaque fois, il y avait 10 jours entre les discussions. Tout s’est terminé le 30 avril. Mi-mai, le groupe a annulé le process de recrutement pour cause d’incertitude à cause du Coronavirus. Le poste reste vacant et essentiel… Quelle désillusion.

La suite : à la recherche d’une entreprise respectueuse

Cette expérience m’a aussi rendue plus forte : mon projet professionnel intéresse. J’arrive à convaincre les entreprises qu’elles ont besoin de transformer leur service clients. Je suis toujours à la recherche d’une entreprise respectant ses salariés et ses clients. Je continue à évangéliser et à promouvoir des notions complexes sur ce domaine qui me passionne. Je suis optimiste vue la qualité des discussions entretenues avec des dirigeants. L’un d‘entre eux m’a donné rendez-vous en septembre. Il est intéressé par mon projet. Les graines que j’ai semées vont germer. J’en suis sûre. »

L’avis du coach : « Il ne faut pas le nier, l’âge du candidat est la première des discriminations »

Julie-Isabelle Binon, dirigeante du cabinet de recrutement, de coaching et de conseil en accompagnement TeamRH a lu le témoignage de Nathalie. Voici ce qu'elle en retient et ses conseils.

« Cette cadre dirigeante suit une stratégie de recherche d’emploi quasi parfaite. Je lui tire mon chapeau. Elle sait où elle veut aller et a défini les 3 bonnes cibles à toucher : les consultants en recrutement, les DRH et ses pairs. Elle mène aussi la bonne démarche de réseautage. C’est peut-être même trop parfait en comparaison avec la situation des cadres séniors que j’accompagne. Il ne faut pas le nier ni le minorer : l’âge du candidat est la première des discriminations. Les entreprises françaises recherchent avant tout des 32-40 ans. C’est un fait qu’il faut prendre en compte. En tant que recruteur, nous espérons une évolution des mentalités sur ce point car nous rencontrons de très bons profils qui ont passé 40 ans, même 50 ans. Ils pourraient apporter toute leur expertise et force de travail à une entreprise. En attendant ce changement, il faut cibler au mieux ses cabinets de recrutement, participer au plus grand nombre de rencontres possibles, le matin, le soir, rejoindre des structures comme le réseau Oudinot ou Daubigny, le Cercle Montesquieu pour les juristes ou le réseau d’affaires BNI.

Il est aussi important de se poser la question de l’entrepreneuriat. Les entreprises ne veulent plus de vous ? Créez vos entreprises ! Faut-il aussi rester en France ? Beaucoup de pays comme le Canada, le Luxembourg et la Belgique, plus proche, disposent de marchés de l’emploi avec beaucoup d’opportunités d’embauche. Si sa vie de famille le permet, ce peut être alors une bonne manière de contourner les discriminations dues à l’âge ».

Gwenole Guiomard
Gwenole Guiomard

Je suis journaliste spécialisé dans les questions de formation et d’emploi. L’un ne doit pas aller sans l’autre et la compréhension des deux permet de s’orienter au mieux. Je rédige aussi, tous les deux ans, le Guide des professionnels du recrutement. Je suis aussi passionné d’histoire et amoureux des routes de la soie.

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