Philippe Perret : « Les employeurs ne peuvent pas rogner sur les packages salariaux s’ils veulent continuer à attirer les meilleurs »

Publié le 08 juillet 2020 Sylvie Laidet

PAROLES DE PRO – Avec une baisse sérieuse du nombre de recrutements cadres sur cette fin d’année, Philippe Perret, directeur général du cabinet Wyser Search, anticipe des dégâts dans la profession mais reste optimiste sur les marges de manœuvre des candidats. En tout cas les plus jeunes et les mieux diplômés.
Philippe Perret : « Les employeurs ne peuvent pas rogner sur les packages salariaux s’ils veulent continuer à attirer les meilleurs »

Comment la Covid a impacté votre business pendant le confinement ?

Philippe Perret : les deux tiers de nos missions ont été suspendues ou annulées. Essentiellement sur des postes avec peu de responsabilités. Les process en cours sur des fonctions stratégiques ont continué.

Depuis le déconfinement, les embauches reprennent dans quels secteurs ?

P.P. : on commence à avoir de nouvelles demandes notamment de clients étrangers. Essentiellement pour des postes d’ingénieurs dans l’industrie et dans le luxe. Ca repart donc tout doucement.

Comment les attentes des candidats et des entreprises, vont-elles évoluer ?

P.P. : les candidats sont désormais plus frileux. En avril, beaucoup ont même carrément décliné des propositions d’embauche. Les entreprises vont donc devoir revoir leurs process de recrutement pour les réassurer. Par exemple en donnant encore davantage d’informations sur la stratégie et la vision de l’entreprise, sa solidité financière…

Les entreprises, vont-elles, selon vous essayer de faire de la « sous enchère » salariale ?

P.P. : je n’y crois absolument pas. Avant la crise, on était quasiment en plein emploi pour les cadres. Là, le nombre d’offres va baisser, les candidats vont être moins sollicités mais ceux qui vont être approchés vont demander des garanties, notamment financières, pour quitter leur job actuel. Les employeurs ne pourront pas rogner sur les packages salariaux s’ils veulent continuer à attirer les meilleurs.

Les recruteurs seront-ils plus ouverts aux candidats seniors par exemple ?

P.P. : je ne pense pas. Avant la crise, les entreprises se battaient pour faire venir les mêmes candidats de 35 ans hyper diplômés. Désormais, il va y avoir moins d’offres, donc mécaniquement plus de candidats disponibles ayant ce profil. Pourquoi iraient-elles chasser des seniors ?

Quid des process de recrutement post-covid ?

P.P. : en cabinet, nous étions déjà rompus aux entretiens en visio, nos clients moins. Avec la crise, ils ont multiplié les entretiens à distance avec les RH, le N+1 et N+2. Cela devrait perdurer même si je ne peux que leur conseiller de multiplier les visites sur site pour donner un maximum d’informations aux candidats qui ont besoin, je le redis, d’être rassurer.

Avez-vous une question fétiche aux candidats depuis le 11 mai ?

P.P. : oui, mais ce n’est pas une question de sélection. Je leur demande tout simplement s’ils comprennent quelque chose à ce qui se passe en moment car moi, je sèche. C’est intéressant de voir comment ils gèrent l’incertitude.

Comment voyez-vous la situation évoluer en 2020 dans votre métier d’intermédiaire du recrutement ?

P.P. : quand une entreprise divise par deux le nombre de recrutements, elle en externalise 4 ou 5 fois moins. Ce qui aura nécessairement un impact sur le business des cabinets de recrutement.

Allez-vous prendre des congés cet été ? Et vos clients ?

P.P. : je ne sais pas encore. Si travailler en juillet et août peut permettre de rattraper le temps perdu, nous serons là.

Qu’est-ce qui naîtra de meilleur pour vos métiers ?

P.P. : cette crise va éprouver la capacité de chacun à s’adapter à ce mauvais réveil. Notre métier va devenir encore plus réactif.

Le cabinet Wyser Search en 3 chiffres

  • 100 recrutements par an
  • 5 consultants en 2020
  • CA 2019 : 900 000 euros
Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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