Plan de relance : quels recrutements de cadres va-t-il booster ?

Publié le 10 septembre 2020 Gwenole Guiomard

ENQUETE – Avec 100 milliards d’euros pour aider à la relance de l’économie, le gouvernement va soutenir en particulier 4 secteurs d’activité. Et permettre à des cadres de s’y faire embaucher, y compris ceux souhaitant s’y reconvertir. Cadremploi a interrogé des experts de ces activités pour identifier quelles fonctions vont avoir besoin de recruter et à partir de quand. A vos CV !
Plan de relance : quels recrutements de cadres va-t-il booster ?

C’est Jean Castex, le Premier ministre qui le précise. Son plan de relance de deux ans à 100 milliards est « considérable. C'est presque quatre fois plus que le plan de relance de 2008, a ajouté le chef du gouvernement dans les colonnes du Figaro,. C'est, en part de la richesse nationale, le plan de relance le plus massif annoncé à ce jour parmi les pays européens ». Ce plan devrait créer « 160 000 emplois en 2021 ». Le quotidien Les Echos a même avancé le chiffre de 200 000 que Bercy aurait évoqué. Mais combien d’emploi cadres ?

Les experts interrogés

  • Caroline Renoux, dirigeante de Birdeo
  • Jens Bicking, gérant d’Elatos
  • Soumia Malinbaum, présidente de la commission formation de Syntec numérique et vice-présidente de Keyrus
  • Cécile Arbouille, déléguée générale du Gifen
  • Philippe Boucly, président de l’Association française pour l’hydrogène et les piles à combustible (Afhypac)
  • Alexandre Roesch, délégué général du syndicat des énergies renouvelables
  • Pauline Le Bertre, déléguée générale de France énergie éolienne
  • Frédéric Lanoë, directeur général de Valorem

Le BTP construit des emplois verts

« Beaucoup, espère Caroline Renoux, dirigeante de Birdeo, un cabinet de recrutement spécialisé sur les métiers du développement durable. Ce plan confirme une tendance de fond. Depuis 2019, les questions de mobilité durable, de logistique verte, d’énergies renouvelables sont devenues mainstream. De plus en plus d’entreprises classiques nous missionnent pour disposer de candidats maitrisant le développement durable, la rénovation énergétique. Ce n’était pas le cas avant. Je recherche par exemple un ingénieur dédié à la rénovation thermique des bâtiments pour un salaire de 55 000 euros brut par an. »

 

Même constat chez Elatos, un cabinet de recrutement parisiano-lyonnais spécialisé dans les domaines de l’énergie et de l’environnement (100 missions par an) : « Ce plan de relance a pour ambition de réduire notre consommation énergétique. Cela sera donc source de créations d’emploi notamment dans le bâtiment, commente Jens Bicking, le gérant. Tout ce qui touche aux travaux de rénovation, de l’isolation thermique, le remplacement de source de chaleur dans le bâtiment à destination des particuliers et des industriels va croitre ». Avec à la clef des emplois pour des profils techniques comme celui d’ingénieur d’étude, de gestion de la réalisation, de pilote de chantier, de suivi de réalisation. Mais aussi des profils de commerciaux dont le chargé d’affaires, le commercial chargé des contrats avec les acteurs que sont les bailleurs, les mairies, les habitants, les entreprises.

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Le numérique recrute et cherche à reconvertir des salariés de secteurs sinistrés

Dans ce plan de relance, un effort de 7 milliards d’euros sur deux ans est acté pour permettre de faire grossir le numérique et les start-up françaises. Le but : qu’elles deviennent (enfin) des leaders européens. Dans le secteur, c’est donc la fête. Selon Les Echos du 4 septembre, « les start-up françaises apparaissent comme les grandes gagnantes » de ce plan. Le numérique « est l’un des piliers essentiels de la relance, ajoute Cédric O, le secrétaire d’Etat chargé du Numérique. Et quand on sait que le secteur compte environ 72 % de cadres, ces derniers sont logiquement les premiers concernés par les embauches.

Ce plan de relance va permettre aux entreprises du numérique d’embaucher et de permettre des reconversions pour des cadres provenant de secteurs en berne comme l’aéronautique ou l’automobile.

Soumia Malinbaum, la présidente de la commission formation de Syntec numérique et vice-présidente de l’ESN de 3000 salariés Keyrus, ne boude pas non plus son plaisir : « Le gouvernement, en favorisant les embauches, a la même priorité que notre secteur. Nous recrutons et nous n’avons pas arrêté de recruter en 2020 si ce n’est pendant les deux mois de confinement. Nous comptons embaucher 20 000 salariés en 2020. Nous recherchons en priorité des spécialistes de la cybersécurité, des ingénieurs experts, mais aussi des spécialistes de l’intelligence artificielle (data scientists, data managers), des chefs de projets et des commerciaux ».

La crise sanitaire n’a rien changé aux forts besoins en recrutement du secteur si ce n’est que le plan de relance va permettre aux entreprises du numérique d’accélérer les reconversions de cadres provenant de secteurs en berne comme l’aéronautique ou l’automobile. « Nous allons accompagner leur reconversion via notre Opca Atlas », ponctue Soumia Malinbaum.

Le nucléaire table sur 5000 créations d’emploi en 2021

Le plan de relance prévoit d’allouer 470 millions d’euros sur deux ans au nucléaire pour développer les compétences du secteur et la recherche dans les petits réacteurs.

Même sans grand projet actuellement, nous allons embaucher 21 000 salariés dans le nucléaire d’ici 2022
Cécile Arbouille, déléguée générale du Gifen

« C’est une bonne chose pour notre secteur, analyse Cécile Arbouille, déléguée générale du Gifen, le syndicat professionnel de la filière nucléaire créé en 2018 et représentant les 200 plus gros acteurs du secteur. Même sans grand projet actuellement, nous allons embaucher 21 000 salariés d’ici 2022, précise-t-elle. Mais ce sera bien davantage si le gouvernement prévoit un renouvellement du parc nucléaire. Actuellement, nous avons du mal à recruter des ingénieurs mécaniciens, des ingénieurs soudeurs, des logisticiens industriels ou des chefs de projets. Les cadres des secteurs industriels sinistrés sont les bienvenus chez nous ».

A noter :  le site du Gifen (https://www.gifen.fr/annuaire) répertorie les 400 plus gros recruteurs du secteur qui se targue de proposer le kilowatt/heure le plus décarboné du secteur… avec 12 g émis par kilowatt/heure contre quelque 800 g pour l’électricité issu du charbon.

Le secteur du nucléaire recherche des « ingénieurs étude, des ingénieurs d’exploitation, confirme Jens Bicking, du cabinet de recrutement Elatos. Pour les cadres venant du milieu industriel, le secteur nucléaire est à considérer. Nos clients considèrent que les méthodes acquises dans l’aéronautique ou l’automobile sont transposables chez eux à condition que l’on s’adapte à un milieu où la sûreté est au-dessus de tout. Dans ce secteur, on ne fait rien sans passer par des processus validés ».

Les énergies renouvelables, l’hydrogène et l’éolien recrutent

La France va miser sur les énergies du futur dont l’hydrogène verte ou bas carbone. Sur la table, on mettra quelque 7 milliards d’euros d’ici 2030 dont 2 milliards dans le cadre du plan de relance 2020-2021.

« On change résolument d’échelle, on passe des millions aux milliards », se félicite Philippe Boucly, le président de l’Association française pour l’hydrogène et les piles à combustible. (Afhypac).

 

 

- Energies renouvelables : 12 500 embauches par an sur 8 ans

 

Alexandre Roesch, délégué général du Syndicat des énergies renouvelables (400 membres et 160 000 salariés) est aussi un homme heureux. « Notre secteur devrait embaucher 100 000 salariés d’ici 2028, explique-t-il en se basant sur une étude de juin 2020 que le syndicat vient d’éditer avec la société de conseils EY. On espère aussi que ce plan de relance sera associé à un pacte de simplification nous permettant de faciliter le développement de l’éolien et du solaire ».

Pour le syndicat, les emplois à venir dans la filière des énergies renouvelables sont ceux de chefs de projets, coordonnateurs et relation avec les élus. Cela nécessite des compétences juridiques et techniques, Là aussi, les cadres de l’industrie venant de secteurs en berne qui souhaiteraient se reconvertir dans ce secteur sont les bienvenus.

- Le cas de l’éolien : un doublement des embauches d’ici 2021

Pauline Le Bertre, déléguée générale de France Energie Eolienne, la fédération professionnelle regroupant 323 des 1000 entreprises de ce secteur, ne dit pas autre chose. « L’éolien va embaucher 1 100 salariés cette année, s’enthousiasme-t-elle. Chez nous, on pose ce ratio : 1 megawatt induit 1,2 emplois. On devrait développer 1800 MW en 2021, soit 2160 salariés.

On va donc doubler nos embauches dans l’éolien entre 2020 et 2021
Pauline Le Bertre, déléguée générale de France Energie Eolienne

Au niveau cadre, nous aurons autant besoin d’environnementalistes, d’économistes pour faire des études que des spécialistes des travaux publics ou de la construction de parc éolien ».

Nous recrutons 30 à 50 personnes d’ici Noël 2020, même issues de secteurs connexes pour des postes intéressants et bien payés

Frédéric Lanoë est le directeur général de Valorem, l’un des derniers opérateurs d’énergie renouvelable encore indépendant en France. L’entreprise de 270 personnes devraient embaucher de 30 à 50 personnes d’ici Noël 2020

« Il y a beaucoup de points communs entre le secteur industriel et nos métiers, précise cet ingénieur Arts et métiers. Les techniques aéronautiques sont celles que nous utilisons pour construire nos pales. Les experts en électronique ou en achats de la vieille industrie sont très utiles pour nous. Ou les questions de sécurité provenant du secteur de l’Oil & gaz. Nous sommes en forte croissance et nous sommes contraints d’embaucher dans des secteurs proches du nôtre pour des postes intéressants et bien payés. Un jeune ingénieur chez nous perçoit environ 40 000 euros brut par an tout compris. Sans parler du fait qu’il travaille en région et que nous proposons une politique RSE de qualité avec de la participation (2 mois de salaire en plus en 2020), un intéressement de 1500 euros pour chaque salarié en 2019 et un actionnariat ouvert aux salariés ».

Gwenole Guiomard
Gwenole Guiomard

Je suis journaliste spécialisé dans les questions de formation et d’emploi. L’un ne doit pas aller sans l’autre et la compréhension des deux permet de s’orienter au mieux. Je rédige aussi, tous les deux ans, le Guide des professionnels du recrutement. Je suis aussi passionné d’histoire et amoureux des routes de la soie.

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