Plasturgie : recruter des cadres est une « préoccupation quotidienne »

Gwenole Guiomard

SECTEUR QUI RECRUTE – Le secteur de la plasturgie et des matériaux composites a souffert de la crise. Mais, depuis le début 2021, les commandes repartent et les employeurs rencontrent des difficultés à embaucher des cadres. Pourtant, la filière paye bien et certains profils manquants en production, R&D, ou commercial sont les cibles de chasseurs de tête proposant des salaires jusqu’à 150 000 euros. Les candidats issus d’autres secteurs peuvent tenter leur chance même si la filière tarde à s’ouvrir. Victime de son image d’industrie pollueuse, elle tente de mettre en avant sa contribution pendant la crise sanitaire et ses réponses éco-responsables aux enjeux environnementaux. Enquête et témoignages de spécialistes d’un secteur à la fois riche, vital et malaimé, qui cherche à recruter 18 000 personnes en 2021 dont près de 3000 cadres.

Le secteur de la plasturgie et des matériaux composites devrait recruter environ 3000 cadres en 2021

Plasturgie : recruter des cadres est une « préoccupation quotidienne »
Le secteur de la plasturgie et des matériaux composites devrait recruter environ 3000 cadres en 2021

Ils témoignent

  • Thibaud Rizzo, manager pour le pôle industrie chez Hays
  • Emmanuelle Perdrix, présidente de Polyvia, le syndicat professionnel du secteur
  • Pierre-Jean Pouchain, gérant-fondateur de PJP Consultants
  • Solène Le Baut, associée du cabinet Michael Page et consultante en recrutement spécialisés dans le monde de l’ingénierie

Plasturgie : le secteur a repris ses recrutements début 2021

L’hiver du Covid a été rude pour le secteur de la plasturgie. Selon une récente étude de l’Apec, il fait partie des secteurs qui ont connu le plus de difficultés à repartir. Alors que les recrutements de cadres ont globalement baissé de 12 % entre 2019 et 2021, ils ont chuté de 39 % pour le secteur plastique-caoutchouc, classant la filière parmi les deux secteurs les plus pénalisés, avec l’hôtellerie-restauration.

Mais depuis début 2021, le secteur s’est réveillé en fanfare. Cela met en mouvement la branche d’activité qui, au sens large – recycleurs, fournisseurs de machines et de matières première, moulistes compris – représente un chiffre d’affaires de 65 milliards d’euros, 230 000 salariés et près de 5 000 entreprises en France.

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Emmanuelle Perdrix

« Notre secteur envisage de recruter 18 000 salariés en 2021 estime Emmanuelle Perdrix, présidente de Polyvia, le syndicat professionnel du secteur représentant 3400 industriels de la plasturgie et des composites sur toute la France (126 000 employés) et par ailleurs directrice générale de la PME Rovip spécialisée dans l’injection des polymères située dans l’Ain (Auvergne-Rhône-Alpes).

Le nombre d’embauches de cadres n’est pas officiellement chiffré par Polyvia, mais on peut l’évaluer à 2700-3000 recrutements en 2021, si le taux d’encadrement de la filière (15%) reste stable.

Plasturgie : la chasse aux cadres en production et commerce

Toute la filière est en tension, y compris dans la production de matières, la transformation ou la production d’outillage. Certains employeurs en viennent même à verser des primes de cooptation qui peuvent aller jusqu’à 1000 euros pour un salarié permettant une embauche.

Thibaud Rizzo

« Il y a eu effectivement un coup d’arrêt en 2020 dans ce secteur, acquiesce Thibaud Rizzo, manager pour le pôle industrie chez Hays (20 recrutements en plasturgie par an pour le grand ouest). Mais les projets sont repartis. Je recherche beaucoup de responsables d’équipes sur des horaires atypiques, des responsables de production à profil ingénieur qu’ils soient jeunes ou expérimentés.

A 45 ans, il gagne 42 000 euros brut par an, c’est un salaire classique pour le secteur.
Thibaud Rizzo, manager pour le pôle industrie chez Hays

Ainsi, je viens de conclure une embauche pour un poste de responsable de production en nord Bretagne et horaire de nuit. Le candidat retenu a 45 ans. Il a un Bac +2 a débuté en bas de l’échelle et possède une expérience conséquente en plasturgie qui lui donne beaucoup d’autonomie. Il a été retenu pour cette qualité : on pourra lui faire confiance pour gérer seul, de nuit, les éventuelles difficultés. Si tout se passe bien, il pourra évoluer comme directeur de production en journée puis passer directeur de site si un poste se libère. Il percevra 35 000 euros brut par an avec une majoration nuit qui augmente son salaire à 42 000 euros brut par an. C’est un salaire classique pour le secteur ».

Pierre-Jean Pouchain

Ce fort déséquilibre entre l’offre et la demande, Pierre-Jean Pouchain, gérant-fondateur de PJP Consultants (40 missions par an), l’un des cabinets de recrutement phare du secteur, le constate également. « Le recrutement est, pour les dirigeants de la filière plasturgie, une préoccupation quotidienne. Pour nous, il n’est plus question de recruter via les annonces car les cadres compétents n’y répondent plus. » Les cadres les plus « wanted » sont donc « chassés » par des cabinets spécialisés.

« Je viens de clore une mission pour une entreprise de la région Rhône-Alpes qui cherchait un directeur-adjoint chargé du développement commercial, illustre Pierre-Jean Pouchain. Le candidat retenu vient de Nantes. Il a été sélectionné pour son expérience en plasturgie, sa fibre commerciale et son aptitude à manager. Il percevra 100 000 euros brut par an ».

Plasturgie : des cadres en R&D pour préserver la planète

Solène Le Baut, associée du cabinet Michael Page, a vu le nombre de ses missions en plasturgie grimper de 150 %. Cette consultante en recrutement spécialiste des profils ingénieurs observe aussi « une forte demande en cadres pour les services recherche et développement. Il s’agit de travailler sur des matériaux plus nobles, durables, bio-sourcés et trouver de futurs matériaux plus verts. L’idée est d’utiliser à meilleur escient les produits de la pétrochimie ». Il faut dire que la filière cherche à recruter des profils adeptes de l'économie circulaire et de l'éco-conception, prêts à l'aider à bâtir une société bas carbone. Les candidats devront donc mettre en avant leur sensibilité à l’environnement.

98% des entreprises de la plasturgie sont des TPE/PME

La filière veut corriger sa mauvaise image

C’est que le secteur n’a pas bonne presse. Son image est associée à la pollution de la planète par le plastique et la presse regorge d’articles dénonçant les « petits grains de plastiques mortels pour les animaux qui les avalent » comme le titre (entre autre), « Mon quotidien », le journal des 10-13 ans, du jeudi 8 juillet 2021.

Alors, outre des profils dotés d’un solide diplôme Bac +4/5 spécialité plasturgie et/ou chimie voire les deux parfois complété par un double diplôme ingénieur-manager, les employeurs cherchent à embaucher des ambassadeurs du plastique, des salariés capables de « porter un discours positif concernant les matières plastiques et leurs usages », comme le précise dans sa dernière plaquette Polyvia, l’union des transformateurs de polymères. 

La filière a besoin de recruter des candidats sensibles aux enjeux de transition écologiques, et capables de conduire des chantiers de transformation vers l’économie circulaire, la transition numérique, l’écoute des contraintes de type environnementales, techniques et de sécurité associées.

« Pour les fonctions en recherche et développement, le secteur désire embaucher des Bac +5 avec une double compétence en plasturgie et en chimie », complète Solène Le Baut, du cabinet Michael Page.

 

Reconversion vers la plasturgie : mission difficile mais pas impossible

Vue ses difficultés à recruter, on imagine que la filière accepte de recruter des profils venus d’autres secteurs. C’est le cas pour les fonctions transverses (RH, comptabilité, achats, logistique) puisque le métier de base reste le même. Mais pour les fonctions techniques, les cabinets de recrutement interrogés dressent le portrait d’un secteur encore frileux.

« Nos clients n’ont pas toujours conscience de la réalité du marché, sourit un consultant spécialiste de l’industrie. Ils veulent des ingénieurs spécialisés en plasturgie avec une sous-spécialisation en packaging plastique par exemple. Des profils rarissimes ! Donc ils finissent par « s’ouvrir » à d’autres profils mais avec difficulté. Les PME sont plus ouvertes que les grands groupes encore obnubilés par l’aura du diplôme initial ».

La vérité est que la plasturgie et ses cadences ont repris et qu’aucun employeur n’a le temps de former ces salariés. Ils recherchent des cadres opérationnels à l’instant même où ils mettent le pied dans leur entreprise.

« Pour les postes techniques, nos clients exigent au moins une expérience dans l’industrie pour des candidats issus de la mécanique ou de la fonderie sous pression, confirme le consultant Pierre-Jean Pouchain. Ils peuvent en passer par une formation professionnelle pour être opérationnel rapidement. »

D’autres cabinets de recrutement sont encore plus circonspects. « Pour les non spécialistes en plasturgie, il va falloir beaucoup argumenter pour décrocher un entretien, commente l’un d’entre eux. Apporter des preuves factuelles sur les projets menés à bien, préciser les budgets en jeu, les contacts clients, et donner des éléments chiffrés. Cela permet aux employeurs d’avoir envie de les rencontrer en entretien où la personnalité joue beaucoup. Ce n’est pas mission impossible mais c’est mission difficile ».

« Le discours du secteur consiste, surtout pour les grands groupes, à préférer des personnalités, capables de s’adapter, ajoute un autre consultant. Mais à la fin de la mission, ils prennent des purs plasturgistes. La vérité est que la plasturgie et ses cadences ont repris et qu’aucun employeur n’a le temps de former ces salariés. Ils recherchent des cadres opérationnels à l’instant même où ils mettent le pied dans leur entreprise. Cela explique les difficultés de recrutement qui vont perdurer. Les employeurs devront ouvrir le champ de leurs recrutements. Ils n’auront plus le choix. ».  

Salaires de la plasturgie : les managers encore mieux payés que les experts

Ce secteur paye traditionnellement bien. Deux types de carrière s’ouvrent aux cadres :  l’expertise ou le management. Les premiers seront les moins payés. Ils ne managent pas et se spécialisent. Certes, leurs salaires remontent – ils peuvent espérer entre 60 000 et 70 000 euros/an après 20 ans d’expérience - mais ils n’atteindront pas ceux des managers. Ces derniers débutent à Bac +4/5 comme ingénieur méthode ou ingénieur amélioration. Ils perçoivent alors entre 32 000 et 38 000 euros brut par an. Ils devront gérer des projets et si possible encadrer quelques salariés. Cela leur permettra, après 3 à 5 ans d’expérience, de prétendre aux postes de chef d’équipe ou chef de production pour un salaire de 35 000 à 40 000 euros brut annuel avec une prime de 25 % en plus si les horaires sont décalés. Ensuite, les meilleurs éléments peuvent évoluer en prenant en charge des équipes de plus en plus importantes, des projets de plus en plus conséquents pour devenir responsable de projet, de secteur et enfin directeur d’usine. Les salaires peuvent alors tutoyer les 150 000 euros brut par an. A ce stade, on pourra leur demander une double formation ingénieur-manager.

 

Qui sont les plus gros employeurs de la plasturgie ?

  • Manufacture française des pneumatiques Michelin
  • Bridgestone France
  • Aptar France Sas
  • Cooper-Standard France
  • Snc Pneu Laurent
  • Hutchinson Snc
  • Albea Tubes France
  • Linpac Packaging Pontivy
  • Silgan Dispensing Systems Le Treport
  • Rehau Industrie Sarl
  • Toray Films Europe
  • Le Joint Francais
  • Nemera La Verpilliere
  • Smrc Automotive Modules France Sas
  • Aptar Stelmi Sas
  • Wirquin Plastiques
  • Allflex Europe
  • Société Lotoise d'évaporation
  • Albea Simandre
  • Ctl Packaging Sas

Source : Usine nouvelle.

 

Gwenole Guiomard
Gwenole Guiomard

Je suis journaliste spécialisé dans les questions de formation et d’emploi. L’un ne doit pas aller sans l’autre et la compréhension des deux permet de s’orienter au mieux. Je rédige aussi, tous les deux ans, le Guide des professionnels du recrutement. Je suis aussi passionné d’histoire et amoureux des routes de la soie.

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