Pourquoi le secteur des services à la personne galère pour recruter des cadres ?

Aurélie Tachot

RECRUTEMENT DE CADRES 2021 – Avec la crise du Covid, le secteur des services à la personne vit une croissance historique. Et la demande continuera d’exploser du fait du vieillissement de la population et des besoins en garde d’enfant. Mais il y a un hic : ce secteur a du mal à recruter les centaines de managers dont il a besoin en 2021 pour encadrer les populations d’intervenants sur le terrain. Les candidats y vont à reculons. À tort ? Enquête sur les raisons de ce désamour et piste de profils qui pourraient y trouver leur bonheur, notamment les personnalités les plus altruistes.
Pourquoi le secteur des services à la personne galère pour recruter des cadres ?

Un secteur en croissance qui recrute des cadres

 

Le secteur des services à la personne était déjà, en France, l’un des plus gros pourvoyeurs d’emplois, d’après l’enquête Besoins en main d’œuvre 2020 réalisée par Pôle emploi. La crise du Covid-19 a amplifié le phénomène. « On estime à 500 000 le nombre de postes qui pourraient être créés dans les cinq prochaines années », explique Didier Château, PDG du réseau de franchise Générale des Services et administrateur de la Fédération du service aux particuliers (FESP). Ces opportunités d’emplois non délocalisables concernent les profils peu qualifiés dans les filières des services aux personnes dépendantes (garde-malade...), des services de la vie quotidienne (jardinage, ménage...), des services à la famille (garde d’enfants...).

Mais le secteur a aussi besoin de recruter des cadres. Sur les 1,6 millions de salariés évoluant dans ce secteur, 600 000 travaillent dans des associations et des entreprises, dont 10 % à des postes d’encadrement. « Chez OuiCare, les cadres représentent 4 % de notre effectif global, qui est de 18 000 personnes. Ils occupent des fonctions support au siège, en finance, en ressources humaines, en marketing... et des fonctions de responsables d’agences, chargés de clientèles et franchisés », explique Jean-François Auclair, directeur général d’O2 Care Services.

Un secteur malaimé des cadres

 

On l’aura compris : le secteur des services à la personne accueille donc les cadres à bras ouverts. Mais les cols blancs sont-ils nombreux à s’y projeter ? La réponse est non. « Peu de cadres veulent spontanément travailler dans les services à la personne. Le secteur souffre d’un fort déficit d’image. Comme dans le BTP, les métiers sont connus pour être difficiles et les rémunérations peu attractives », constate Mariam Khattab, directrice de Mozaïk RH, un cabinet de recrutement spécialisé dans la diversité.

Un avis réfuté par Jean-François Auclair. « Chez OuiCare, un responsable d’agence peut être rémunéré de la même manière qu’un directeur de magasin », illustre-t-il. Chez Babychou Services, spécialisé dans la garde d’enfants à domicile, un responsable de zone gagne 26 700 euros brut par an. « Une rémunération qui peut aller jusqu’à 29 000 euros brut avec les bonus de dépassement d’objectifs », souligne Claire Lanneau, dirigeante du réseau. Un responsable d’agence confirmé peut, quant à lui, toucher jusqu’à 31 200 euros brut par an, hors bonus. Au sein de la franchise Shiva, les salaires d’un responsable d’agence sont, quant à eux, compris entre 28 000 et 30 000 euros brut, selon les régions.

 

Reste qu’au final, rares sont aujourd’hui les cadres à intégrer spontanément la filière, où l’ascenseur social fonctionne pourtant bien. « Les candidats s’y orientent car ils y sont contraints, parce que les acteurs de l’emploi et de l’intérim les y envoient », admet Didier Château. « Depuis le début de la crise, les jeunes cadres rencontrent des difficultés pour décrocher leur premier poste. Il arrive qu’ils choisissent le secteur des services à la personne par défaut. Tout l’enjeu, pour les entreprises de cet écosystème, c’est de les retenir », indique Mariam Khattab. Pour redorer leur blason, les sociétés doivent avoir une vision à long-terme. « La pénurie de profils est telle qu’elles auraient tout intérêt à mener des actions groupées comme des événements de recrutement », ajoute-t-elle.

Un secteur refuge pour les déçus du retail

 

La crise du Covid-19, qui a mis en lumière la filière des services à la personne, pourrait-elle changer le regard des cadres ? « Avec la crise sanitaire, les métiers des services à la personne sont apparus comme essentiels à la société. C’est un point qui mériterait d’être davantage valorisé dans les marques employeurs des entreprises du secteur », estime Mariam Khattab. Pour Didier Château, qui ouvre une nouvelle agence tous les mois, il y a effectivement un bon filon à exploiter. « Nous recevons en entretien des cadres qui ont été broyés par des stratégies un peu trop capitalistiques dans leurs précédents postes et qui souhaitent désormais rejoindre un secteur qui a du sens, avec des valeurs d’empathie, de proximité, de solidarité... », témoigne-t-il.

L’avantage, c’est que le secteur est ouvert aux cadres souhaitant se reconvertir, pénurie de profils oblige. « Nous intégrons régulièrement des anciens managers issus du retail qui, après avoir travaillé avec la pression du chiffre, souhaitent rejoindre un secteur plus humain, tourné vers les autres. C’est d’autant plus vrai depuis le début de la crise », confirme Jean-François Auclair. Ce qui est sûr, c’est que les métiers des services à la personne sont des métiers « à vocation ». « Certains cadres sont prêts à accepter des conditions de travail moins avantageuses pour exercer ce métier par passion », assure Mariam Khattab.

 

Managers altruistes bienvenus !

 

Étant donné les conditions de travail parfois difficiles dans le secteur, la motivation et l’envie d’aider les autres sont des critères essentiels. Ils sont particulièrement attendus chez les profils de managers. « En entretien d’embauche, c’est ce qui fait la différence, bien plus que leur diplôme », insiste Didier Château. Et pour cause : le management plébiscité dans la filière est celui de l’hyper proximité. « Nous demandons aux cadres d’avoir une posture d’accompagnement avec les intervenants à domicile, qui sont peu qualifiés et qui peuvent parfois rencontrer des difficultés avec certaines démarches. La dimension humaine est forte, d’autant que certaines populations ont des problèmes d’ordre social. Une femme seule avec des enfants ou sans logement va avoir des imprévus de planning qu’un manager devra anticiper au quotidien », illustre Jean-François Auclair. Dans cette filière, il n’est toutefois pas demandé aux cadres d’avoir une casquette d’assistant social. « Ils doivent toutefois s’attendre à accompagner les membres de leur équipe sur des sujets extra-professionnels », prévient-t-il. Conscient de la fragilité sociale de certains de ses intervenants, OuiCare ne laisse pas ses managers seuls. Une équipe de psychologues cliniciens et de psychologues du travail sont à la disposition des salariés du groupe, intervenants comme encadrants.

Aurélie Tachot
Aurélie Tachot

Après avoir occupé le poste de rédactrice en chef d’ExclusiveRH.com (entre autres), je travaille désormais à mon compte. Pour Cadremploi, je contribue à la rubrique Actualités via des enquêtes, des interviews ou des analyses sur les évolutions du monde du travail, sans jamais oublier l'angle du digital.

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