Ils se sont reconvertis et ça marche !

Sylvie Laidet

SPECIAL RECONVERSION – Et si vous passiez à l'action ? Aujourd’hui, un Français sur quatre envisage de démissionner dans les prochains mois. Et 76 % rêvent de changer de vie professionnelle afin de retrouver du sens. Peut-être vous ? Sur Cadremploi, on vous raconte régulièrement de vraies histoires (et pas celles du pays des Bisounours) de bifurcations professionnelle (voir notre rubrique "Franchement"). Cette fois, nous donnons la parole à deux cadres ayant mobilisé deux dispositifs publics : le premier a activé le dispositif "démission pour projet professionnel" qui existe depuis novembre 2019. La seconde a profité du dispositif Transitions Collectives (TransCo pour les intimes). Voici leurs retours d’expérience et quelques liens pour savoir... si vous seriez elligibles.

Pour se reconvertir, Mohamed Benhalima a bénéficié d'un PTP (projet de transition professionnel), tandis que Nadia Seveno a opté pour le dispositif Transitions collectives.

Ils se sont reconvertis et ça marche !
Pour se reconvertir, Mohamed Benhalima a bénéficié d'un PTP (projet de transition professionnel), tandis que Nadia Seveno a opté pour le dispositif Transitions collectives.

Mohamed Benhalima, 32 ans : reconverti grâce au dispositif "démissionnaire pour création d'entreprise"* d’ingénieur commercial à entrepreneur

Il leur a fallu un peu de temps pour mouliner mon dossier mais au final, nous y sommes parvenus.
Mohamed Benhalima, co-fondateur de Lunaar (Louvres, Val d’Oise)

Son parcours : après un mastère spécialisé en entrepreneuriat, Mohamed Benhalima décide de passer d’abord par la case salariat. Le voici donc ingénieur commercial dans un start up, puis chez Engie et enfin à la SNEF.

Le déclic : « Après plusieurs années comme salarié, j’aspirais à davantage d’autonomie et de liberté dans mes décisions. A force de faire quotidiennement la même chose, on s’ennuie. Je voulais booster mon intellect. Avec un collègue, on a donc décidé de tourner la page du salariat pour créer Lunaar, notre entreprise d’assistance à maîtrise d’ouvrage dans le bâtiment et les installations techniques », raconte-t-il volontiers.

Sa méthode de reconversion : Mohamed Benhalima décide de mobiliser le dispositif "démissionnaire" (voir ci-dessous) autrement appelé "démission pour projet professionnel" qui lui permettra de partir avec un filet de sécurité, puisqu'il pourra toucher l'assurance chômage jusqu'à ce que son projet fonctionne. Pour respecter toutes les conditions du dispositif, il doit en amont de sa démission se faire accompagner par un "Conseil en évolution professionnel". Il choisit l'Apec (qui fait partie des organismes agréés) et en février 2022, il défend son projet de reconversion pour création d'entreprsie comprenant le business model de sa future entreprise, le business plan et le plan financier. Son dossier est validé et transféré à Transitions Pro Ile-de-France, l’organisme finançant les reconversions professionnelles des salariés du privé. « Cet organisme disposait de 3 mois pour analyser mon dossier. J’ai finalement eu leur feu vert fin avril 2022. Le 1er mai, je donnais donc ma démission à mon employeur. J’ai quitté l’entreprise le 1er aout dernier », résume-t-il. Pour lui, tout a été fluide et assez simple à mettre en œuvre sans doute grâce à son mastère spécialisé en entrepreneuriat qui lui a permis d’établir rapidement un solide business plan.

Sa rémunération après reconversion : le lendemain de sa démission, Mohamed Benhalima s’inscrit à Pôle emploi. « Il leur a fallu un peu de temps pour mouliner mon dossier mais au final, nous y sommes parvenus », explique-t-il. Sa démission étant motivée par un projet de création d’entreprise, notre jeune trentenaire est éligible aux allocations chômage. Il a opté pour le versement mensuel de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) s’élevant à 75% de son salaire net précédent. Pendant deux ans, il va donc toucher 2100 euros par mois. « Cette sécurité financière enlève une lourde épine du pied et permet de se préparer sereinement à la troisième année d’existence de notre entreprise », reconnait-il. Immatriculée depuis le 2 septembre 2022, Lunaar a déjà capté ses premiers clients.

Nadia Seveno, 42 ans, reconvertie grâce au dispositif Transitions collectives* d’assistante technico-commerciale à cadre chargée d’affaires dans un secteur choisi

J’aspirais à un changement de vie professionnelle plus en lien avec mes valeurs personnelles.
Nadia Seveno, chargée d’affaires en rénovation énergétique du bâtiment chez Isglö (Rennes, Ille-et-Vilaine)

Son parcours : après 9 ans comme assistante technique et commerciale dans une entreprise spécialisée dans les tests d’infiltrométrie (traque des fuite d’air), Nadia Seveno s’est lancée dans une formation qualifiante (niveau Bac+2) pour changer de job. Un pari réussi puisqu’elle est aujourd’hui cadre chargée d’affaires en rénovation énergétique du bâtiment chez Isglö.

Le déclic : « J’ai dû m’absenter de mon précédent boulot car je suis tombée malade. J’aspirais à un changement de vie professionnelle plus en lien avec mes valeurs personnelles. Je voulais œuvrer dans la rénovation énergétique des bâtiments. Je me suis trouvée une formation pour devenir chargée d’affaire sur le sujet, son financement a été une première fois refusé par Transitions Pro. A l’époque, je ne faisais pas partie des publics prioritaires », se souvient-elle. Nadia Seveno retente sa chance début 2021. Cette fois, sa demande est acceptée.

Sa méthode de reconversion : C’est dans le cadre du dispositif Transitions Collectives que Nadia Seveno va donc se former à l’Afpa de Morlaix pendant 18 mois tout en restant salariée. Les frais de formation (15 000 euros) sont pris en charge par Transitions Pro, l’organisme finançant les reconversions professionnelles des salariés du privé. Sa rémunération (2000 euros bruts par mois) est maintenue et versée par son employeur, qui se fait ensuite rembourser par Transitions Pro. Habitant près de Rennes et devant se rendre en formation à Morlaix, Nadia Seveno bénéficie également d’une aide au transport et au logement à hauteur d’environ 16 euros par jour.

Son job actuel : diplômée en juillet 2022, Nadia Seveno est licenciée économique début août et dans la foulée contactée par un cabinet de recrutement pour le compte d’Isglö souhaitant ouvrir un bureau dans le secteur de Rennes. En septembre, elle échange avec l’entreprise et passe avec succès les dernières étapes de recrutement. Début octobre 2022, elle commence son CDI de chargée d’affaires en rénovation énergétique du bâtiment avec un nouveau statut : elle devient cadre. Et une rémunération supérieure à sa précédente. Une reconversion qui commence bien !

 

D'autres pistes de reconversion professionnelle

Dans la série "FRANCHEMENT", nous publions régulièrement des témoignages sans filtre de cadres en transition, dont certains en cours de reconversion.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Journaliste indépendante, je réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de mes sujets de prédilection.

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