Quitter Paris : ces entreprises parties en région avec leurs salariés "grâce" au Covid

Aurélie Tachot

MOBILITE – Quitter Paris ? Oui, mais avec ses collègues de travail ! Suite au premier confinement de mars 2020, certaines entreprises ont décidé de mettre les voiles et de se rapprocher de la nature, soit en relocalisant leur siège social en province, soit en autorisant leurs salariés à s’éloigner de l’Île-de-France pour travailler dans des tiers lieux. Cadremploi a demandé à 10 de ces pionnières d’expliquer leur choix et les dispositifs mis en place.
Quitter Paris : ces entreprises parties en région avec leurs salariés "grâce" au Covid

Easyblue travaille au son des grillons

Avant la crise, la néo-assurance Easyblue basée dans les Yvelines (78) disposait d’un bureau à Aix-en-Provence, où travaillaient seulement deux personnes. Suite au premier confinement, François-Xavier Combe, le fondateur, a décidé de faire grossir cette entité régionale. Pour deux raisons : « améliorer la qualité de vie des salariés qui avaient dû vivre le premier confinement enfermés dans des appartements exigus avec des enfants en bas âge et faire de cette implantation dans le Sud un facteur d’attractivité en matière de recrutement », explique-t-il. D’ici un an, le bureau d’Aix-en-Provence devrait donc accueillir 15 collaborateurs sur les 20 au total. Par ailleurs, depuis la crise sanitaire, la société permet à ses salariés de travailler de n’importe où, par exemple depuis un lieu de vacances, sur un temps imparti.

Doctolib autorise le 100 % télétravail

Quelques mois après avoir installé une antenne à Nantes, où 250 salariés travaillent, la plateforme de téléconsultation Doctolib va un cran plus loin en proposant à certains de ses salariés de travailler 100 % à distance. « À partir de la rentrée de septembre, nous proposerons à nos collaborateurs de choisir leur mode de travail : au bureau, en télétravail ou l’alternance des deux », explique Matthieu Birach, Chief People Officer de Doctolib. Toutes les fonctions ne seront toutefois pas éligibles au full remote. « Seuls les métiers techniques comme les développeurs et les métiers administratifs pourront y prétendre et ainsi travailler du lieu de leur choix, en France, afin de garantir le bon fonctionnement de notre entreprise », indique-t-il.

Energo quitte Paris pour Lille

 

En mars dernier, la société Energo, dont le métier est de transformer les gaz polluants en gaz de ville, a fait le choix d’abandonner ses locaux à Paris, où elle s’était provisoirement installée, pour rejoindre la métropole lilloise. « La proximité avec les centres de décision européens tels que Paris, Londres, Bruxelles... mais aussi avec des institutions de recherches de pointe ont pesé dans la balance, explique François Navarro, directeur général de l’agence d’attractivité Hello Lille, qui a accompagné la cleantech. Tout comme le cadre de vie que l’entreprise pouvait offrir à ses salariés. » Un déménagement qui a été bien vécu par ces derniers puisque la totalité de l’équipe a accepté de quitter Paris pour s’installer à Lille, où les fournisseurs de la TPE étaient majoritairement implantés.

Aire met les voiles sur La Rochelle

La crise sanitaire a laissé des traces, selon Giulia Paolucci, fondatrice de l’agence de communication Aire. « Suite aux confinements successifs, j’ai senti que mon équipe avait envie de vivre autre chose. Puisque nous devions quitter l’espace de coworking dans lequel nous étions installés à La Plaine Saint-Denis, nous avons pris la décision de déménager à La Rochelle. C’est une ville que la majorité de mon équipe connaissait », raconte-t-elle. Une idée qu’elle ne regrette pas. « Il faut avoir quitté Paris pour s’apercevoir que la qualité de vie qu’elle offre est mauvaise. Aujourd’hui, nos équipes ont le sourire, sont moins fatiguées. Ce déménagement joue positivement sur leur moral », assure-t-elle. L’agence de communication est désormais à 2h30 en TGV de ses clients parisiens, qu’elle visite régulièrement.

LiveMentor fait le grand écart entre Aix-en-Provence et Vannes

Suite au premier confinement, l’EdTech LiveMentor a non seulement revu son modèle économique mais a également déménagé dans le Sud, à Aix-en-Provence. Un changement de décor bien vécu par ses équipes, d’une part parce que la ville est labélisée « French Tech », d’autre part parce qu’elle est située à moins de 4h de TGV de Paris et que ses collaborateurs ont 27 ans de moyenne d’âge, donc pas ou peu d’enfants scolarisés à charge. Installée dans un espace de coworking depuis mai 2020, la start-up a déjà recruté une quinzaine de personnes dans sa nouvelle antenne aixoise. Et elle ne s’est pas arrêtée là : elle a inauguré, il y a quelques semaines, une nouvelle antenne à Vannes, en Bretagne, où elle accueille 5 salariés.

We Do It Better propose le « full remote »

La web agency a gardé son siège social dans l’emblématique Tour Montparnasse. Mais, ses locaux parisiens sont souvent vides depuis que salariés ont partagé leur besoin de quitter Paris. Ces dernières semaines, sur la quinzaine de collaborateurs de la société, 7 ont basculé en télétravail à 100 % depuis leur nouveau domicile à Nîmes, Fréjus, Nantes... Quant aux autres, ils travaillent de manière nomade en fonction de leurs envies, y compris depuis les îles comme la Martinique, où un collaborateur est resté trois mois. « Peu importe d’où ils travaillent tant qu’ils mènent leur mission et qu’ils sont épanouis », explique Olivier Michaud, le CEO. Un fonctionnement « à la carte » qui érige la confiance en maître mot du management et qui a le mérite de « diminuer le stress des salariés », assure-t-il.

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Previsio se tourne vers des tiers lieux

La société Previsio, qui édite un outil de prévisions financières, embauche une quarantaine de collaborateurs, dont la moitié de profils Tech comme des développeurs ou des data scientists, très convoités sur le marché. « Depuis la crise sanitaire, la possibilité de travailler en full remote est indiquée dans nos offres d’emploi. Notre recrutement s’est donc ouvert à tout le territoire français, ce qui nous permet aujourd’hui de nous adresser aux meilleurs profils », explique la DRH Estelle Urbaniak. Plutôt que de louer des locaux afin que les équipes de la même région puissent parfois se retrouver, la société réfléchit à louer des places dans des tiers lieux ou des salles de coworking, « notamment à Nantes, où nous avons déjà 5 personnes », illustre-t-elle.  

Imperial déménage son siège social à côté de Marseille

En décembre dernier, la filiale française de la marque italienne Imperial Fashion a annoncé quitter la région parisienne (Aubervilliers) pour s’installer en province, à côté de Marseille. L’entreprise de textile a investi 1 million d’euros pour installer, à Fuveau, son nouveau centre logistique ainsi que le siège social de sa filiale française. Avec ce déménagement, qui s’est déroulé en janvier 2021, « l’entreprise se rapproche de l’Italie, où nous avons notre maison mère et nos fournisseurs », explique Luca Deluca, le directeur général de la filiale française, au quotidien La Provence. Elle embauche 300 collaborateurs, dont 45 en France, qui ont participé au déménagement.

L’ANSSI ouvre une antenne cybersécurité à Rennes

En pleine phase de développement, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) s’implante progressivement à Rennes, où elle embauchera 200 agents spécialisés dans la lutte contre les cyberattaques, d’ici 2026. En ouvrant une seconde antenne en plus de Paris, l’ANSSI se rapproche de ses partenaires dont le ministère des Armées, qui déploie déjà largement ses équipes cyber à Rennes, mais aussi les industriels, les start-up et les équipes de recherches qui sont spécialisés dans ce domaine. Le déménagement, qui est prévu fin 2022, intervient alors que les attaques informatiques ont été multipliées par 2 en un an, en France.

Fleet Logistics se délocalise en région

L’entreprise Fleet Logistics, spécialisée dans la gestion de parc automobile, est encore dans les cartons. Il y a quelques semaines, en pleine crise sanitaire, elle a fait le choix de quitter Boulogne-Billancourt pour s’implanter dans le Nord, à Lille. « Ce qui a attiré Fleet Logistics à Lille c’est, d’une part, la situation géographique, d’autre part la présence de grands sièges sociaux, notamment Décathlon et Auchan, ainsi que de grandes entreprises du retail qui constituent un levier de développement pour la société », explique François Navarro, d’Hello Lille. Pour cette entreprise, qui emploie 25 salariés en France, Lille représente, de par son maillage, un marché particulièrement prometteur à adresser.

 

Aurélie Tachot
Aurélie Tachot

Après avoir occupé le poste de rédactrice en chef d’ExclusiveRH.com (entre autres), je travaille désormais à mon compte. Pour Cadremploi, je contribue à la rubrique Actualités via des enquêtes, des interviews ou des analyses sur les évolutions du monde du travail, sans jamais oublier l'angle du digital.

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