Reconfinement : quatre managers opposés au 100 % télétravail s’expliquent

Publié le 17 novembre 2020 Sylvie Laidet

TEMOIGNAGES - Le télétravail doit être la règle « quand cela est possible » a prévenu la ministre du Travail. Voici 4 témoignages de cadres qui préfèrent mixer télétravail et présence sur site afin d’accueillir les nouveaux embauchés, être aux côtés d’équipe sur le terrain ou faire des brainstormings. Quelle organisation hybride ont-ils adopté ? Quels avantages et limites voient-ils dans ce combo bureau-home office ? Et pour demain, quelle serait leur organisation idéale ? Réponse de Justine Gretten, Julie Nguon-Poutot, Carine Grandgeorges et Alexandre Fortis, quatre « phygital workers » réfractaires au "full remote" tout autant qu’au "tout présentiel".
Reconfinement : quatre managers opposés au 100 % télétravail s’expliquent

Justine Gretten, responsable communication de Mailinblack : 4 jours de télétravail/ semaine

Justine Gretten
On a pris le parti de réaliser les onboarding en présentiel.

Son organisation boulot confinement V2

4 jours de télétravail et maxi 1 jour au bureau. « On a pris le parti de réaliser les onboarding en présentiel. Donc quand on accueille de nouvelles recrues, on va au bureau à tour de rôle afin de former un binôme avec le nouvel arrivant. J’y allais également pour travailler sur des projets plus créatifs autour de développement de produit par exemple. La consigne est claire : pas plus de 5 personnes sur site par étage », détaille-t-elle. Le reste du temps, elle bosse donc de chez elle.

Les avantages de ce mix télétravail - bureau

« Grâce à ce mix, on évolue vers une culture de l’impact en étant plus libre de nos moyens et de notre organisation. On gagne en autonomie, on nous fait davantage confiance, je prends donc davantage de plaisir à travailler », précise-t-elle

Les limites du tout télétravail

La moyenne d’âge chez MailInblack ne dépasse pas 30 ans. Autant dire que les occasions de célébrer un projet, un anniversaire… ou tout simplement de se retrouver pour un petit déjeuner ou un déjeuner sont légions. « Pour conserver ce fun, on organise par exemple des apéros en ligne », raconte-t-elle.

Et après (le confinement) ?

Une alternance de home office et de bureau. « 2 à 3 jours sur site selon les projets que j’aurai à mener et le reste en télétravail. Le tout avec le maximum de flexibilité. Donc pas de jours fixés à l’avance », souhaite Justine Gretten. 

Julie Nguon-Poutot, senior manager des opérations chez Access Inclusive Tech : 3 jours de télétravail/semaine

Julie Nguon-Poutot
Nous recrutons des personnes éloignées de l’emploi, donc impossible de gérer ces situations à distance.

Son organisation boulot confinement V2

Selon les semaines, elle se rend en moyenne 2 jours par semaine au bureau. « Nous recrutons des personnes éloignées de l’emploi, donc impossible de gérer ces situations à distance », argumente-elle.

Les avantages de ce mix télétravail – bureau

Quand elle doit aller au bureau, Julie Nguon-Poutot ne cache pas qu’elle est contente d’aller bosser ailleurs que chez elle. « J’en profite pour échanger le plus possible avec les personnes présentes sur place. Ainsi, je perçois des émotions, des expressions du visage que j’aurais sans doute loupées via une visioconférence », illustre-t-elle. Ce combo bureau-home office lui permet également d’économiser du temps de transport qu’elle met à profit pour sortir marcher durant la pause méridienne et faire du yoga. Le reste du temps, elle est derrière son écran.

Les limites du tout télétravail

Pas toujours facile pour Julie Nguon-Poutot de définir la frontière entre vie pro et vie perso. « Quand je vais au bureau, je suis dans un autre état mental. Le soir, quand je rentre chez moi, je ferme cette porte « boulot » virtuelle pour me consacrer à ma vie perso. En télétravail, la frontière est plus floue. « Je me reconnecte souvent à partir de 21 h mais au final, cela me donne davantage de flexibilité et cela me déstresse de savoir que je suis complètement autonome dans mon organisation. Si je ne vais pas au bureau, j’ai l’impression de louper quelque chose. Les échanges dans les couloirs, les regards croisés entre deux portes… », précise-t-elle.

Et après (le confinement) ?

 « Avant le tout premier confinement, je pensais le télétravail impossible au vu de mon activité. Or, c’est tout à fait possible. Pour moi, le bon équilibre serait 1 à 2 jours de home office par semaine », espère Julie Nguon-Poutot.

Carine Grandgeorges, responsable de 2 agences Saveurs & Vie : entre 20 et 50 % de télétravail/ semaine

Carine Grandgeorges
Pas question pour moi de passer à 100% en télétravail et de laisser les équipes seules au front.

Son organisation boulot confinement V2

Elle essaie de faire du 50-50 entre télétravail et présence en agence, mais parfois elle passe 80% de son temps sur site.

Les avantages de ce mix télétravail – bureau

« Les écoles étant ouvertes, j’envisage enfin le télétravail sous un angle confortable. Je suis plus concentrée qu’au bureau et je m’épargne 4 heures de voiture par jour. Bilan, je suis moins fatiguée et donc moins stressée ». Son « éloignement » ponctuel rend par exemple ses 2 adjoints plus autonomes et responsables.

Les limites du tout télétravail

A trop vouloir télétravailler, elle risquerait de perdre le lien avec les équipes. Du coup, elle mixe volontairement. « Pas question pour moi de passer à 100% en télétravail et de laisser les équipes (commerciaux, équipe de préparation et de livraison de repas) « seules » au front. Évidemment, en home office, j’échange avec elles par téléphone mais ce n’est pas pareil », détaille-t-elle.

Et après (le confinement) ?

 « 2 jours de télétravail sur 5 sans jours fixes », envisage Carine Grandgeorges si son employeur le permet.

Alexandre Fortis, directeur général adjoint du groupe RedPill : 95% de télétravail et quelques heures de présentiel

Alexandre Fortis
La créativité sur les projets nécessitant de l’intelligence collective et de l’émulation est moindre si on mène les échanges à distance. Il faut se voir sur site.

Son organisation boulot confinement V2

Alexandre Fortis se rend 1 à 2 fois par semaine au bureau pendant 1 à 2 heures par jour. Et il télétravaille le reste du temps.

Les avantages de ce mix télétravail – bureau

« Changer de cadre de travail permet de fractionner son univers professionnel. C’est hyper stimulant. Je n’effectue pas les mêmes missions au bureau qu’en home office. Je suis plus autonome et agile dans mon organisation pro et perso. Ce mix développe aussi chez moi une certaine autodiscipline », apprécie-t-il.

Les limites du tout télétravail

« La créativité sur les projets nécessitant de l’intelligence collective et de l’émulation est moindre si on mène les échanges à distance. On obtient de bons résultats mais pas suffisamment ultra qualitatifs. Donc pour cela, on doit se voir sur site », illustre-t-il. 

Et après (le confinement) ?

 3 jours au bureau et 2 en home office. Donc un grand changement pour ce cadre supérieur, qui avant le 1er confinement, ne faisait jamais de télétravail. « Chez moi, j’ai un bureau fermé et un jardin. Ce sont donc les conditions idéales », reconnait Alexandre Fortis.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

Vous aimerez aussi :