84 % des recruteurs de cadres prévoient de galérer à la rentrée, profitez-en pour négocier!

Sylvie Laidet

8 entreprises sur 10 pensent qu’il leur sera difficile de recruter un cadre dans les mois à venir, vient de révéler l'Apec dans son dernier baromètre*. C'est 6% de plus qu’en mars 2022 et +28% par rapport à septembre 2020. Dire que le marché de l’emploi a basculé en faveur de certains candidats est un euphémisme. Si vous souhaitez changer d’employeur, c’est sans doute le moment de négocier une rémunération plus attractive, de meilleures conditions de travail, une organisation plus souple… Cadremploi a demandé à trois experts en recrutement ce qu’il était en ce moment réaliste de négocier lors d’un processus d’embauche. Voici leurs réponses.

C'est un record. Parmi les entreprises qui prévoient de recruter au moins un cadre au 3e trimestre, 8 sur 10 anticipent de grosses tensions. Nos conseils pour en profiter si vous êtes candidat.

84 % des recruteurs de cadres prévoient de galérer à la rentrée, profitez-en pour négocier!
C'est un record. Parmi les entreprises qui prévoient de recruter au moins un cadre au 3e trimestre, 8 sur 10 anticipent de grosses tensions. Nos conseils pour en profiter si vous êtes candidat.
  • Hymane Ben Aoun, fondatrice et dirigeante du cabinet de recrutement Aravati
  • Thibaud Chalmin, chasseur de tête, Marignan Consulting
  • Marie Aboungono, consultante recrutement au sein du cabinet Elatos

 

Négociez une rémunération à la hausse

Hymane Ben Aoun

« Sur les métiers dits pénuriques, c’est un peu la fête du slip », prévient franchement Hymane Ben Aoun, dirigeante du cabinet Aravati, spécialisé dans le recrutement de talents digitaux.

 

Des exemples ?

« Deux candidats, jeunes diplômés, viennent de refuser un job de data scientist ouvert à 36 000 euros en fixe. Ils demandaient 40 000 euros. Ils ont du coup rejoint des start up », illustre-t-elle.

Et bonne nouvelle si vous êtes sur le marché, ce ne sont pas des cas isolés et de nombreuses fonctions sont concernées.

L’un des clients de Thibaud Chalmin, chasseur de tête au sein du cabinet Marignan Consulting,recherchait un avocat fiscaliste avec 2-3 ans d’expérience, payé 60 000 euros.

Tous les candidats ayant le profil exigent entre 80 000 et 100 000 euros. Soit la rémunération de salariés en poste depuis plus de 10 ans dans la boite. J’ai expliqué à mon client que pour 60 000 euros, il ne pourrait désormais toucher que des jeunes diplômés. Vu qu’il souhaite un avocat fiscaliste avec une première expérience, il va devoir revoir son offre à la hausse
Thibaud Chalmin, chasseur de tête, Marignan Consulting

Décrochez du télétravail en plus

Le télétravail n’est même plus un sujet de débat. En revanche, son dosage fait encore l’objet de négociation. Si ce type d’organisation est capital pour vous (et que bien sûr vous correspondez en tout point au poste visé), votre futur employeur sera prêt à s’adapter. Précisez le nombre de jours de télétravail souhaité, les modalités préférées (home office, coworking, télétravail sur lieu de villégiature…), les moyens mis à disposition (matériel informatique, chaise de bureau haut de gamme, remboursement de votre accès internet,…). « N’oubliez pas que le télétravail permet également aux entreprises de faire de substantielles économies en termes immobiliers », ajoute Thibaud Chalmin. Surtout si l’entreprise a réduit sa surface pour passer en flex-office.

Exigez un management bienveillant

Si vous faites partie des cadres que tout le monde s’arrache, vous aurez l’embarras du choix. Et si vous en profitiez pour "choisir" votre manager ? Ou du moins si vous recherchiez le manager qui vous permettra de travailler sereinement et d'évoluer.

« Dites-le franchement. Demandez comment fonctionne votre futur manager, son rythme d’échanges avec son équipe, quel type de support il sera pour vous..., » recommande Hymane Ben Aoun. Besoin d’autonomie ? Envie d’être responsabilisé sur de nouvelles missions ? Si l’entreprise ne vous permet pas de vous épanouir avec un management qualifié et bienveillant, passez votre chemin.

Demandez des avantages en nature

Marie Aboungono

« Pour parer à l’augmentation du coût de la vie quotidienne, certains candidats préfèrent négocier des avantages en nature plutôt que du salaire fixe. Par exemple une voiture de fonction », constate Marie Aboungono, consultante recrutement au sein du cabinet Elatos.

Vous vous épargnerez les coûts d’achat et d’entretien d’un véhicule.

De plus, les flottes auto voient la vie en vert, ce sera donc également bénéfique pour la planète. Votre vieux diesel pourra rester au garage. « Les entreprises financent également volontiers des abonnements à des salles de sport, des places en crèche… Profitez des entretiens de recrutement pour décrocher ce type d’avantages », plaide Hymane Ben Aoun.

Faites-vous payer des formations

Négocier des formations est un excellent réflexe, et ce même avant d’être embauché. « C’est toujours de l’employabilité en plus donc la demande est audible par un employeur. Faites-vous par exemple financer des certifications en gestion de projet, en scrum master, en green ou black belt », illustre Thibaud Chalmin.

« Des profils hyper pénuriques, par exemple dans le digital, peuvent même réussir à décrocher le paiement de séances de coaching », observe Hymane Ben Aoun qui a l’habitude de conseiller autant ses clients entreprises que les candidats.

Tentez le welcome bonus

 « Mes clients sont ouverts à une négociation pour une prime de bienvenue si le candidat doit par exemple déménager pour prendre son nouveau poste. Ou si, durant les premiers mois, il ne peut pas toucher de part variable », constate Thibaud Chalmin.

Misez sur votre séniorité

Soyons clair : nous ne sommes pas en train de vous dire que c’est le retour du plein emploi pour les séniors. Disons que les seniors ont en ce moment une carte à jouer. « Je viens de placer deux ingénieurs systèmes & réseaux d’un cinquantaine d’années chacun dans un ministère. Le premier était au chômage, le second en poste mais plutôt au placard. Ils ont tous les deux obtenus un CDI. Alors que normalement la fonction publique propose d’abord un CDD de 3 ans, renouvelable une fois. Le tout avec une rémunération du niveau de la catégorie A+ », conclut Thibaud Chalmin.

Chiffre clés sur les intentions d’embauche de cadres au 3e trimestre

Publié le lundi 29 aout par l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), le baromètre  du 3e trimestre détaille des intentions d’embauche qui ralentissent et des difficultés de recrutement en hausse.

  • Les intentions d'embauche sont en léger recul : 10% des entreprises envisage de recruter un cadre sur T3, -3 pts vs T2
  • 84% des entreprises pensent qu'il sera difficile de recruter un cadre sur T3 : c'est un record (+6 pts vs mars 2022 / +28 pts vs sept 2020).
  • En revanche, 13% des cadres ont l'intention de changer d'entreprise dans les 3 mois, ce qui est stable depuis plusieurs mois.
  • Changer d'entreprise est perçu comme un risque pour 46% des cadres en juin, une crainte en baisse de -4 pts vs avril : les cadres sont donc plus enthousiastes à l'idée de changer d'entreprise.
  • Ils restent cependant inquiets : les préoccupations des cadres se portent désormais sur la situation économique (61% se disent inquiets : +10 pts vs décembre).

 

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Journaliste indépendante, je réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de mes sujets de prédilection.

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