La RSE crée-t-elle vraiment des emplois ?

Publié le 15 octobre 2020 Mis à jour le 23 octobre 2020 Gwenole Guiomard

#POSTES CLES – Tenir compte de l’impact social de toutes leurs activités ? Les entreprises qui assument cette responsabilité sont de plus en plus nombreuses et c’est heureux. Cela veut-il dire que ces questions de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) offrent des opportunités de carrière ? Oui, répondent les spécialistes. Mais mieux vaut compter sur la promotion interne que sur un recrutement externe. Si les métiers de la RSE vous intéressent, voici des conseils d’insiders sur les étapes à suivre pour atteindre ces postes de plus en plus clés.
La RSE crée-t-elle vraiment des emplois ?

Les entreprises françaises progressent vite en RSE. La responsabilité sociétale des entreprises, le développement durable et autres rejets carbone deviennent de moins en moins des sujets annexes. Du côté des candidats, ces métiers attirent ceux qui cherchent à « donner du sens » à leur travail. Mais que se passe-t-il quand on revient à la réalité ?

Selon le très terre-à-terre rapport annuel de la société EcoAct, « le chemin risque d’être encore long » pour intégrer la transition écologique dans le logiciel des grandes entreprises. Et l’étude de donner un exemple : seules « 7,75 % des sociétés composant les grands indices boursiers mondiaux (le CAC 40, le Dow Jones, l’IBEX et le FTSE) ont recours à 100 % d’énergie renouvelable ». C’est très peu. Mais la hausse est vertigineuse : cela concernait 4,75 % d’entre elles en 2019. De même, 51 % de ces employeurs ont aligné leur stratégie de réduction des émissions de CO2 sur la trajectoire contenant la hausse des températures à moins de 2 ° C. Cette part n’était que de 19 % en 2019. Le constat d’EcoAct symbolise la RSE et les entreprises en France : peu sont concernées, mais le nombre des converties croit très rapidement et les responsables de la RSE, qui doivent orchestrer cette politique, aussi.

Des postes de responsables RSE en progression

Julie Pillon

« Nos clients recherchent effectivement des chefs de projet RSE et développement durable. Ce peut être des contrats à durée indéterminée ou des missions de conseils, explique Julie Pillon, consultante en recrutement et dirigeante de Blue recrutement (20 missions par an). Pour être retenu, le bon candidat doit disposer d’une formation classique de type école de commerce complétée par un cursus en RSE. Cela démontre la volonté du candidat de se spécialiser dans ces domaines ».  A cela, il faudra ajouter des compétences comportementales : savoir convaincre, être passionné par la RSE, se tenir en veille, être tenace....

Sa première mission sera de verdir la flotte automobile de l’entreprise
Julie Pillon, au sujet d'un poste de responsable RSE pour un distributeur de cosmétique

« Je recherche par exemple, un responsable RSE pour un distributeur de cosmétique, ajoute la recruteuse Julie Pillon. Sa première mission sera de verdir la flotte automobile de l’entreprise ». Le salaire prévu pour ce poste sera de 40 000 euros brut par an pour un candidat disposant d’une expérience professionnelle de 2 ans. Pas de quoi fanfaronner. Même si, en Île-de-France, des postes de responsable RSE se monnayent jusqu’à 60 000 à 65 000 euros brut par an.

« Il faut dire qu'il existe autant de postes de responsable de RSE que de secteurs », observe Justin Longuenesse, cofondateur du cabinet de recrutement Imagreen, spécialisé dans les métiers de la transition énergétique, écologique et sociale (200 missions par an). Cela complique donc la donne.

Sophie Tricaud

Prenons un autre exemple : l’entreprise Forsee Power, fabricant de batteries. La société compte 270 salariés en France, en embauchera 70 cette année et souhaite se doter d’un responsable RSE. « Pour l’instant je pilote ce domaine, commente Sophie Tricaud, directrice de la communication et des affaires publiques. Nous avons ainsi fixé, pour 2025, une dizaine d’objectifs de développement durable. A terme, nous embaucherons un salarié dédié. Le profil recherché sera assez varié. Disons que nous apprécierions un diplômé d’école de commerce, d’ingénieurs ou doté d’un cursus spécialisé en développement durable. Nous rechercherons surtout un savoir-être et des compétences clés comme un bon niveau d’analyse, un bon contact et la capacité d’animer un Comex. Quelqu'un de polyvalent, bilingue en anglais, doté d'un bon sens de l’organisation pour produire en temps et en heure notre rapport de développement durable ». Fermez le ban.

Le responsable RSE justifie de compétences proches du conseil en stratégie

Fabrice Bonnifet

Ces postes demandent donc des compétences éclectiques proches de celles recherchées pour intégrer le monde du conseil en stratégie. « C’est notre avenir, explique Fabrice Bonnifet, directeur Développement durable du groupe Bouygues et président du Collège des directeurs du développement durable (C3D), une association qui regroupe environ 180 responsables développement durable (DD) et RSE. Un responsable DD/RSE doit connaitre les obligations légales, les nouveaux modèles économiques, les process de fabrication, de vente, la supply chain. Il faut coordonner tout cela et réfléchir au modèle d’affaires des dix prochaines années. C’est très proche du conseil en stratégie. Cela pourrait fusionner à terme ».

Promotion interne : la voie plus royale

Laure Michel

Laure Michel est, elle, à 39 ans, la nouvelle directrice Ressource et RSE de l’EPA Sénart. Elle a été nommée en septembre 2020 pour s’occuper de la responsabilité sociétale, des services généraux et des RH de cet établissement public d’aménagement du territoire. « On construit la ville de demain, s’enthousiasme-t-elle. J’étais précédemment responsable RH de ce même établissement. Deux points ont joué pour que j’obtienne ce poste : ma capacité à repenser l’organisation de l’établissement et mon aptitude à fédérer les collaborateurs sur ces sujets RSE. Mais mon ancienneté dans l’entreprise, à la DRH, ma propension à avoir déjà fait de la RSE en interne explique aussi ma nomination ». Sans cette expérience, elle n’aurait pas été choisie.

Alexis Hubert

Autre exemple cité par nos confrères de France 3 Paris-Île-de-France, dans l’émission Ensemble, c’est mieux ! du 21 septembre 2020 : Alexis Hubert, 32 ans, responsable RSE depuis 3 ans chez APF France Handicap a décroché son poste par promotion interne et rappelle la particularité de ce métier selon lui : « Mon enjeu est que je ne sois pas le seul mais que chacun se sente investi de cette responsabilité RSE ».

Charlotte Thiollier

Quant à Charlotte Thiollier, responsable RSE d'un opérateur télécom, elle a également décroché son poste via la promotion interne comme elle l'explique sur le plateau de l'émission : « Cela faisait 10 ans que je travaillais chez Wifirst. Cela a été une évidence pour moi et mon entreprise de professionnaliser cette démarche à un moment donné. J'étais déjà investie dans l'associatif et cette nomination m'a permis de tout aligner : mon métier, mes convictions et mon envie de transformer la société. »

La voie de la promotion interne est donc ici royale. Car RSE ou pas, les recruteurs français sont toujours aussi frileux et font toujours aussi peu confiance. Il est donc compliqué de décrocher ces jobs sans diplôme et sans expérience professionnelle dans le secteur.

C’est un petit monde. La réputation fait beaucoup
Charles-Henri Margnat, fondateur et dirigeant de Positive Workplace
Charles-Henri Margnat

Mais c’est cependant possible. Charles-Henri Margnat, fondateur et dirigeant de Positive Workplace, une société d'évaluation et de labellisation RSE (20 clients actifs) propose une méthode : pour trouver un poste dans le secteur, « il est important de disposer d’un réseau permettant de se réorienter vers la RSE, baigner dans cet univers et participer à des groupes, de travail sur la question, des associations. C’est un petit monde. La réputation fait beaucoup. Ensuite, il faut s’autoformer en suivant des Mooc, des podcasts voire suivre des cursus plus conventionnels de type Mastère spécialisé ».

Reconnaître une entreprise RSE-friendly

Une autre condition pour décrocher un poste, c'est de viser une entreprise qui considère la RSE comme un enjeu important. Des labels indépendants (Afnor, Positive Workplace , etc.) permettent de faire un premier tri. Il faut aussi vérifier le produit développé par l'entreprise et analyser le budget associé à la RSE. Cela en dit plus long sur la véracité de l’engagement RSE que de (très) longs discours. Mais le jeu en vaut la chandelle.  Charles-Henri Margnat est persuadé que, dans 10 ans, « les responsables RSE seront invités à la table des Comex ». Nous aussi. Et c’est donc aujourd’hui qu’il faut postuler.

Consultez des offres à pourvoir en RSE ou déposer votre CV pour vous faire chasser

Et pour les jeunes diplômés ?

Reste à intégrer le métier quand on est jeune diplômé ou presque. Là encore, le diplôme joue à plein. Les employeurs recherchent des ingénieurs, des diplômés d’école de commerce avec un vernis RSE. Ce dernier peut s’obtenir en se formant par ses propres moyens (blog, Mooc) ou en terminant son cursus par des cours sur la RSE.

Nehla Krir

Nehla Krir, 34 ans, directrice développement durable et RSE pour la filiale Real Estate Investment Management de BNP Paribas a aussi été nommée à ce poste cet été. Elle dispose d’une expérience en développement durable conséquente après avoir travaillé dans ces champs pour un cabinet d’audit (PwC), chez une filiale de l’assureur AXA, avant de rejoindre la BNP. « Pour intégrer une fonction RSE quand on est jeune, je préconise de choisir avec soin le secteur pour lequel on veut travailler, le développement durable est partout, puis d’opter, par exemple, pour un cabinet de conseils en développement durable, un bureau d’études spécialisé voire les métiers de la Data ».

De la RSE partout ?

La RSE devrait vraisemblablement prendre en importance. Va-t-elle pour autant, à l’instar de la qualité dans les années 2000, se diffuser partout ? C’est le credo de Jean-Marc Jancovici, partenaire du cabinet Carbone 4, président du Shift project et blogger. « Tous les métiers doivent se transformer et devenir compatibles avec une baisse de 5 % par an des émissions mondiales de gaz à effet de serre, conclut-il. C’est nécessaire pour « respecter » la limitation de la hausse des températures de notre planète à moins de 2° C ».

Cela pourrait vous intéresser :
Gwenole Guiomard
Gwenole Guiomard

Je suis journaliste spécialisé dans les questions de formation et d’emploi. L’un ne doit pas aller sans l’autre et la compréhension des deux permet de s’orienter au mieux. Je rédige aussi, tous les deux ans, le Guide des professionnels du recrutement. Je suis aussi passionné d’histoire et amoureux des routes de la soie.

Vous aimerez aussi :