Se reconvertir chez Dior, Hermès, Moët Hennessy ou Make Up For Ever : ces cadres l’ont fait et ils racontent comment

Aurélie Tachot

TEMOIGNAGES – Le luxe fait toujours autant rêver les cadres. Et ça tombe bien car les géants français du secteur ont limité la casse pendant la crise du Covid-19. Réputé inaccessible, il s’intéresse pourtant aux profils ayant travaillé dans d'autres domaines. La preuve avec ces cadres reconvertis qui ont su se faire une place chez Dior, Hermès, Moët Hennessy et Make Up For Ever, au milieu des paillettes.

De gauche à droite : Maximilien Moulin, Emmanuel Tatre, Myriem Peret (photo DR) et Françoise Serrault-Vivien

Se reconvertir chez Dior, Hermès, Moët Hennessy ou Make Up For Ever : ces cadres l’ont fait et ils racontent comment
De gauche à droite : Maximilien Moulin, Emmanuel Tatre, Myriem Peret (photo DR) et Françoise Serrault-Vivien

Françoise Serrault-Vivien : elle se forme au marketing digital et modernise l’Académie Make Up For Ever

La plus grande difficulté n’a pas été de m’adapter à l’univers du luxe mais de surmonter mes propres appréhensions.
Françoise Serrault-Vivien

  • Ancien poste : Managing Director chez Virgin Records
  • Nouveau poste : International Business Devlopment & Marketing Director chez Make Up For Ever

« J’ai travaillé pendant 20 ans dans l’univers de la musique au sein du label Virgin Records. Mon rôle était de développer des artistes comme François Hardy et Benjamin Biolay sur le marché français. En 2018, à l’aube de mes 50 ans, j’ai suivi une formation intensive en marketing digital et j’ai intégré le MBA de l’Institut français de la mode tout en conseillant plusieurs start-up.

Je me suis tournée vers le secteur du luxe parce qu'il est associé à un savoir-faire. J’ai intégré le groupe LVMH et pris la direction marketing et développement de l’Académie Make Up For Ever. À mon arrivée, cette école, qui forme des maquilleurs professionnels, était "une belle endormie". Ma mission est de la moderniser et de la digitaliser.

Lorsque je suis arrivée chez Make Up For Ever, ma première surprise a été de voir que mon parcours atypique n’était pas un frein. Mes expériences dans l’univers de la création étaient au contraire un atout. La plus grande difficulté n’a pas été de m’adapter à l’univers du luxe – j’ai suivi des formations en interne pour en comprendre les codes – mais de surmonter mes propres appréhensions. Dans l’univers de la musique, les relations sont assez informelles, donc moins codées que celles du luxe.

Aujourd’hui, je m’épanouis pleinement et comme il existe de nombreuses passerelles entre les maisons du groupe, je sais que je pourrais donner des directions différentes à ma carrière, par exemple dans le développement durable et l’upcycling, qui sont des enjeux qui m’intéressent particulièrement. »

Le secteur du luxe recrute en 2021

Les géants français du secteur ont limité la casse pendant la crise du Covid-19. La filière, qui compte près d’un million d’emplois directs et indirects, continue de recruter pour ses activités dans la maroquinerie, les parfums, la joaillerie, les vins...

Découvrez ici les offres d'emploi du secteur du luxe

Emmanuel Tatre : devenu DRH chez Moët Hennessy grâce à un ancien collègue

Ma première prise de contact a été facilitée par un ancien collègue de travail de PSA qui avait rejoint cette entreprise et avec qui j’étais resté en contact.
Emmanuel Tatre
  • Ancien poste : Directeur qualité d’une usine PSA Peugeot Citroën
  • Nouveau poste : DRH des Maisons Veuve Clicquot et Krug et DRH de Moët Hennessy Champagne

« Avant de rejoindre Moët Hennessy en 2019, j’ai travaillé plus de 20 ans chez PSA Peugeot Citroën. J’ai occupé plusieurs fonctions dans le management de production, notamment le poste de directeur de la qualité d’une usine en Slovaquie puis de DRH de l’usine de Mulhouse puis, enfin, celui de DRH pour l’activité R&D.

À 45 ans, j’ai ensuite voulu m’inscrire dans une nouvelle dynamique et relever de nouveaux challenges. J’avais, à titre personnel, une appétence particulière pour le vin et le champagne, sûrement parce que mon père bourguignon a travaillé dans ce secteur. Cela avait donc du sens de rejoindre Moët Hennessy Champagne, d’autant que le secteur du luxe était dynamique, innovant et offrait de belles perspectives de carrière.

Ma première prise de contact a été facilitée par un ancien collègue de travail de PSA qui avait rejoint cette entreprise et avec qui j’étais resté en contact. Je me suis également attelé à reconstruire intégralement mon réseau professionnel.

Mes premiers pas en tant que DRH chez Moët Hennessy Champagne ? J’ai passé beaucoup de temps à écouter les équipes de terrain, les partenaires sociaux, pour comprendre le fonctionnement de la maison. J’ai compris que, dans le luxe, l’échelle de temps était différente : il se passe entre 8 et 10 ans entre la vendange et la dégustation d’un champagne de cuvée de prestige. Il est donc important de ne pas se précipiter, d’inscrire ses actions dans la durée. »

Maximilien Moulin : il quitte le conseil et postule chez Hermès au culot

Même si je n’avais aucune expérience dans le luxe, j’ai postulé et j’ai été séduit par la manière très concrète dont Hermès se présentait.
Maximilien Moulin
  • Ancien poste : consultant chez Wavestone
  • Nouveau poste : Head of Innovation Lab chez Hermès depuis avril 2020

 

« Jeune diplômé d’une école d’ingénieurs informatiques, je suis entré chez France Télécom et j’ai travaillé essentiellement dans la téléphonie IP. Puis, après avoir fondé une start-up, j’ai rejoint le cabinet de conseils Wavestone, spécialisé dans la transformation numérique, où je travaillais sur des sujets liés à l’intelligence artificielle, la data et l’innovation.

Alors que je n’étais pas en recherche active, j’ai vu une annonce d’Hermès proposant un poste de responsable de son Innovation Lab, une entité qui explore les nouvelles technologies pour ses différents métiers et ses filiales. Le poste, qui était en lien avec l’informatique puisque corrélé avec la DSI mais en étroite proximité avec les métiers artisanaux de la maison, m’a tout de suite attiré.

Même si je n’avais aucune expérience dans le luxe, j’ai postulé et j’ai d’emblée été séduit par la manière très concrète dont Hermès se présentait : un fabricant et un marchand d’objets artisanaux de haute qualité. Par ailleurs, Hermès est un des emblèmes du « made in France » et c’était un critère important pour moi. Toutefois, je savais que la concurrence allait être forte.

Au cours du processus du recrutement, j’ai toutefois réussi à démontrer que je pouvais m’adapter à des environnements différents. Lorsque j’ai finalement été recruté en avril 2020, j’ai été accompagné par un parrain et formé aux valeurs de la maison. En parallèle, je me suis auto-formé à l’univers du luxe via des ressources en ligne, des vidéos, des revues de références, des comptes rendus d’assemblées générales. »

Myriem Peret : elle fait de sa passion son métier et intègre Dior Couture

Ce que j’apprécie le plus dans le secteur du luxe, outre son savoir-faire incroyable, c’est la liberté qu’il donne à chacun de développer son idée et de faire preuve d’initiative.
Crédit Photo : Sophie Carre

Anciens postes : professeur de mathématiques et organisatrices d'événements dans l'immobilier

Nouveau poste : première d’Atelier chez Christian Dior Couture

« J’ai commencé ma carrière en tant que professeur de mathématiques dans un collège. J’ai toutefois vite arrêté ce métier pour me tourner vers l’organisation d’événements pour un groupe immobilier. En parallèle de ce travail, ma belle-mère m’apprenait à coudre. Je réalisais, avec elle, des costumes de théâtre, des robes de mariée... Lorsque mon fils est né et que j’ai dû arrêter la couture, je me suis aperçue que ce n’était pas qu’un simple hobby. J’ai démissionné de mon poste et je me suis inscrite à l’ESMOD. J’y suis allée par passion et rien n’aurait pu m’arrêter.

Pendant 9 mois, j’ai suivi des cours du soir dans le cadre de la formation continue puis, j’ai intégré la dernière année de l’école, cette fois-ci aux côtés de jeunes étudiants. Durant mes stages, j’ai travaillé comme modéliste avec plusieurs stylistes dont un qui m’a embauché pour l’aider sur ses collections. J’ai ensuite enchaîné les missions d’intérim chez Chanel, Lacroix, Vuitton... Dans chaque Maison, les techniques étaient différentes et mon savoir-faire s’enrichissait.

J’ai finalement rejoint Dior Couture il y a un an, en tant que première d’atelier, après avoir passé 7 ans chez Givenchy. C’est un poste polyvalent tourné vers le management – je dirige 17 personnes – la résolution de problèmes techniques, la créativité... Ce que j’apprécie le plus dans le secteur du luxe, outre son savoir-faire incroyable, c’est la liberté qu’il donne à chacun de développer son idée et de faire preuve d’initiative. Je n’ai toutefois pas fait table rase du passé : j’utilise encore ce que j’ai appris en tant que prof, notamment la géométrie dans l’espace. »

Tags : luxe
Aurélie Tachot
Aurélie Tachot

Après avoir occupé le poste de rédactrice en chef d’ExclusiveRH.com (entre autres), je travaille désormais à mon compte. Pour Cadremploi, je contribue à la rubrique Actualités via des enquêtes, des interviews ou des analyses sur les évolutions du monde du travail, sans jamais oublier l'angle du digital.

Vous aimerez aussi :