Sébastien, 41 ans : « J’ai négocié un accord transactionnel pour sortir d’un placard géant »

Publié le 05 août 2020 Gwenole Guiomard

SERIE « FRANCHEMENT » épisode 3 – Sébastien, ingénieur achat, avait commencé sa carrière à l’étranger, tout en passant un MBA à mi-parcours. Une fois rentré en France, sa boîte l'installe à un poste très bien payé mais sans intérêt. Il explique sans filtre comment les conseils d’une consultante lui ont permis de sortir de ce "placard" doré en négociant son départ avec des indemnités quasi doublées. Et comment il a fini par être chassé et a rebondi en Allemagne en mai dernier, en plein confinement. Pour raconter "franchement" son expérience, il a préféré garder l'anonymat. En bonus : l’avis de Mikaella Amar, consultante en divorce professionnel.
Sébastien, 41 ans : « J’ai négocié un accord transactionnel pour sortir d’un placard géant »

Les débuts de carrière : expatrié volontaire

 « Mon début de carrière est celui de beaucoup d’ingénieurs. Je me suis confronté au monde de l’entreprise, loin de celui dont on nous parlait à l’école. J’ai pris un poste d’acheteur dans l’industrie et je suis devenu un maillon de la chaîne mais avec la volonté de m’expatrier.

L’Inde a été ma première destination. Une claque. Ce pays m’a permis de prendre du recul par rapport à mon éducation judéo-chrétienne. J’ai appris à me connaitre, à me sentir vivre en côtoyant par moment la grande misère indienne, et surtout à savoir ce que je suis prêt à faire et à ne pas faire. Est venue ensuite une expérience au Canada, puis un séjour au Gabon avec des retours parfois difficiles, quelques années en région parisienne et des changements d’employeurs.

Un Executive MBA à mi-parcours : « Les 35 000 euros les mieux investis de ma vie »

Mes séjours en France m’ont aussi permis de décrocher un executive MBA à Neoma business school : les 35 000 euros les mieux investis de ma vie. J’ai pu ainsi jargonner avec tout le monde, comprendre une entreprise dans sa globalité et… faire mon premier enfant. Cela m’a aussi aidé à décrocher un poste de dirigeant dans une filiale d’achat chinoise.

 

Le déclic : mis au placard après un retour d’Asie

Direction Shanghai, j’y suis resté quelques années avec épouse et enfant puis je me suis dit qu’il était temps de rentrer. Le retour d’Asie, début 2019, a été difficile car j’ai atterri dans un placard géant : un poste très bien payé mais qui me mettait à l’écart. Les ressources humaines n’ont pas fait leur boulot ou n’ont pas eu conscience de ce qu’était un retour d’Asie. C’était tout de même dommage d’investir autant sur moi pour me délaisser en fin de parcours. J’ai attendu un peu moins d’une année pour arriver à un consensus avec la direction : il nous fallait nous séparer en bon terme.

 

Avec l'aide d'une coache, j’ai étudié les jeux d’influence, les stratégies de ceux qui décident ce type de transaction.

La négociation de départ : de 40 000 à 75 000 €, aidé par une coache

Je ne suis pas de ces ingénieurs qui pensent savoir tout faire. J’ai alors pris les services d’une consultante pour maximiser mes indemnités de départ. Avec son aide, j’ai étudié les jeux d’influence, les stratégies de ceux qui décident et signent ce type de transaction. Ma stratégie était de leur montrer que cela leur coûtait cher de m’employer à ne rien faire, sans avenir, sans les postes qu’ils m’avaient promis. La consultante a ensuite monétisé ma situation pour définir une enveloppe globale, permettant si besoin de réaliser un out-placement, une formation, de faire face aux manques à gagner et autres préjudices. Au lieu des 40 000 euros que me proposait l’entreprise au départ en rupture conventionnelle*, j’ai obtenu 75 000 euros d'indemnités transactionnelles* plus la reprise de l’entreprise que je gérais en Chine.

J’ai retrouvé un nouveau poste avec des responsabilités élargies et une progression de carrière assurée.

La recherche du poste d’après : CV refait = chassé

En parallèle, de mon placard, n’étant ni surchargé de travail, ni très motivé, j’en ai profité pour retravailler mon CV et postuler à différentes annonces. Le cabinet Michael Page m’a chassé pour un poste en Allemagne. Ce job ne m’intéressait pas vraiment. Je voulais développer ma propre société. Mais cet employeur a décidé de redéfinir les missions qu’il voulait me confier et m’a proposé un poste plus conséquent. On en a rediscuté et nous sommes tombés d’accord. C’est ainsi que je suis devenu le directeur des achats de cette société d’origine américaine située près de la frontière française. Avec la perspective d’une progression de carrière du fait d’un regroupement de filiales en cours.

 

Tout compte fait

Je perçois aujourd’hui 100 000 euros brut par an, hors primes. J’ai débuté pendant le confinement, en mai 2020. Je travaille dans un environnement proche de mes valeurs, en plein cœur du capitalisme rhénan. J’ai commencé en télétravail, Covid-19 oblige. J’ai désormais une expérience de négociation suite à un accord transactionnel*. Je conseille vraiment de se faire épauler. Cela m’a coûté quelque 13 % du montant perçu mais je suis parti en bon terme avec une indemnité très convenable. J’échange toujours avec mon ancien employeur et je vais mettre ma société chinoise en sommeil. Mon nouveau patron est au courant de ma situation. Je sais désormais qu’il faut planifier son retour d’expatriation dès le départ car l’atterrissage peut être très cruel. »

 

* La « transaction » ou « accord transactionnel » est un mode de règlement amiable du litige qui oppose salarié et employeur après une séparation. Le différent peut porter sur le bien-fondé de la rupture, sa nature ou son impact financier.  Il permet de percevoir une indemnité transactionnelle. Attention, il ne faut pas confondre avec la rupture conventionnelle qui permet de percevoir une indemnité spécifique de rupture conventionnelle.

 

L’avis de la coache : « Dans une négociation, il faut trouver le talon d’Achille de son partenaire »

Mikaella Amar, consultante en négociation sociale pour cadres et dirigeants au sein du cabinet MA conseil et médiation, a lu le témoignage de Sébastien. Voici ce que pense cette spécialiste en "divorce" professionnel sur la négociation de départ de ce dernier :

« Sébastien s’y est pris un peu tard : lors d’un changement professionnel, il faut anticiper au plus tôt afin d’éviter un préjudice émotionnel et professionnel d’importance. L’idée est de mettre en place une stratégie d’influence pour amener sa direction à négocier pour s’épargner le contentieux et autres risques. Le cadre concerné peut alors mieux rebondir, obtenir une reconnaissance financière, rééquilibrer la relation et se séparer en excellents termes. Les salariés en reconversion de carrière s’imaginent en position de faiblesse. C’est une erreur. Dans une négociation, il faut trouver le talon d’Achille de son partenaire. Le cadre reprend alors confiance car il rétablit ses droits, sa vérité, son influence ».

Gwenole Guiomard
Gwenole Guiomard

Je suis journaliste spécialisé dans les questions de formation et d’emploi. L’un ne doit pas aller sans l’autre et la compréhension des deux permet de s’orienter au mieux. Je rédige aussi, tous les deux ans, le Guide des professionnels du recrutement. Je suis aussi passionné d’histoire et amoureux des routes de la soie.

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