Seniors : 6 tactiques de pro pour adapter votre recherche d’emploi au contexte de crise

Publié le 12 juin 2020 Aurélie Tachot

TEMOIGNAGES – Leur expertise et leur maturité ont été appréciées pendant la période de confinement. Et pourtant, ces prochains mois, les seniors pourraient être délaissés au profit de profils moins chers et ainsi payer un lourd tribut à la crise du Covid-19, selon l’Organisation internationale du travail. Comment adapter sa recherche d’emploi quand on est senior ? Quelles stratégies adopter pour décrocher un poste malgré l’incertitude du contexte ? Les réponses sans langue de bois de quatre experts de la recherche d’emploi, en direct du terrain.
Emmanuel Stanislas, Florence Saubatte, François Humbert, Roland Gomez

Démontrer son adaptabilité

Selon certains recruteurs, l’adaptabilité n’est pas une qualité qui colle à la peau des seniors. À tort selon François Humbert, du moins s’ils ont changé de poste et, encore mieux, d’entreprise au cours de leur carrière. « Avoir cumulé plusieurs années d’expérience, c’est avoir rencontré des situations parfois très différentes, donc avoir su s’adapter aux contextes », rappelle-t-il. Étant donné les menaces (sanitaires, économiques, sociales, environnementales...) qui planent au-dessus de nos têtes, cette notion d’adaptabilité face aux aléas voire même d’adversité face aux crises précédentes (crise des subprimes, explosion de la bulle internet, Covid-19...) est donc très importante à valoriser au cours d’une recherche d’emploi. « À condition de réussir à expliquer comment ils ont réussi à traverser ces crises et ce qu’ils en ont tiré comme enseignements », conclut Emmanuel Stanislas.

Cibler en priorité les PME et ETI qui redémarrent

Le Covid-19 a impacté différemment les secteurs d’activité. Selon une étude de la Dares de mai 2020, les filières les plus touchées sont l’hébergement, la restauration, la fabrication de matériels de transport et la construction. À l’inverse, les secteurs de l’agroalimentaire, l’informatique, l’énergie, l’audit et l’assurance restent pourvoyeurs d’emplois. S’ils souhaitent maximiser leurs chances de décrocher un job, les seniors ont donc tout intérêt à se focaliser sur les secteurs qui redémarrent. De la même manière, « il est plus stratégique de se tourner vers les PME et les ETI plutôt que vers les grands groupes, qui vont massivement se tourner vers la mobilité interne », estime Florence Saubatte. Enfin, du fait d’une concurrence déjà rude, « se reconvertir dans le consulting ne sera pas aussi simple qu’avant, à moins d’avoir une excellente assise financière », prévient-elle. « Le portage salarial, déjà plébiscité par une large proportion de seniors, peut permettre de nouer des échanges avec des entreprises. Ce dispositif constitue une transition avant de rebondir vers d’autres typologies de contrat », souligne également Roland Gomez, directeur général du groupe Proman.

Élargir son périmètre géographique

La crise sanitaire a donné une impulsion au télétravail. Maintenant que les entreprises ont expérimenté la pratique à grande échelle, il est à supposer que le télétravail sera plus facilement admis au quotidien. Pour Emmanuel Stanislas, fondateur du cabinet de recrutement Clémentine, les seniors ont même une longueur d’avance. « Lorsqu’elles mettent en œuvre du télétravail, les entreprises font davantage confiance aux seniors qu’aux juniors, qu’elles estiment devoir surveiller », confie-t-il. « Les cadres seniors peuvent capitaliser sur cette nouvelle organisation du travail et lancer leurs recherches d’emploi non plus à l’échelle locale, mais à l’échelle de leur région », estime Florence Saubatte. Pour ne pas effrayer les recruteurs, le CV et la lettre de motivation doivent toutefois être adaptés à une éventuelle distance géographique. « Les seniors cherchant des postes en management de proximité peuvent valoriser leur capacité à encadrer une équipe à distance, leur maîtrise des outils collaboratifs, leur sensibilité à la santé et à la sécurité au travail », illustre Florence Saubatte.

 

Booster sa visibilité sur les réseaux professionnels

Il y a bien sûr des exceptions. Mais les cadres seniors sont globalement moins actifs que leurs homologues juniors sur les réseaux sociaux professionnels. « Les managers ainsi que les cadres qui participent aux Comex et Codir sont peu actifs sur LinkedIn ou Viadeo. Se valoriser de manière digitale n’est pas quelque chose d’inné pour ces chercheurs d’emplois. Pourtant, en cette période complexe, étayer ses compétences, mettre à jour son résumé de profil, élargir son réseau, solliciter des recommandations et relayer des publications est une bonne stratégie. Les profils dits « statiques » n’attirent pas les recruteurs », explique Florence Saubatte, dirigeante du cabinet Altitud RH. Puisque la vocation première des réseaux sociaux professionnels est de créer du lien, se mettre en rapport avec les recruteurs d’entreprises et de cabinets, mais aussi avec les cadres opérationnels est un premier pas qui sera très apprécié.

 

Diminuer ses prétentions salariales

On ne va pas se mentir : revoir, à la baisse, son niveau de rémunération jouera en faveur des cadres seniors ces prochains mois. Pourquoi ? « Parce que c’est essentiellement pour des questions de coûts que les entreprises, notamment les grands groupes, se séparent des seniors et privilégient les juniors, regrette François Humbert, directeur du cabinet Cadres Seniors Consulting. Diminuer de 20 % voire 25 % ses prétentions peut donc permettre aux cadres expérimentés de décrocher davantage d’opportunités, surtout en période post-Covid », ajoute-t-il. C’est cash mais c’est ce qu’il observe en ce moment : « Les seniors ont dû mal à prendre conscience que les budgets RH se sont tendus au fil des années et que les entreprises se tournent plus facilement vers des gens efficaces et pas chers. » Son conseil est donc d’étudier les packages de rémunération de manière globale, certains avantages en nature pouvant compenser une rémunération moins attractive.

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Solliciter un bilan de compétences

Maintenant que le bilan de compétences peut être financé grâce aux heures cumulées au titre du Compte personnel de formation (CPF), les seniors sur la touche ou ceux qui s’apprêtent à vivre un plan social ont tout intérêt à s’y pencher. « Ils y apprendront notamment comment rédiger un CV adapté au spectre actuel », souligne Florence Saubatte. Mais pas que. « Les seniors qui ont 20 ans d’expérience n’ont jamais eu l’occasion de se poser des questions telles que : « À quoi suis-je bon ? », « Quel environnement de travail me stimule ? », « Quel type de management me neutralise ? ». C’est pourtant très constructif de faire le point sur ces sujets, par le biais d’un bilan de compétences. D’autant plus que ce sont des questions qui leur seront posées en entretien de recrutement », explique Emmanuel Stanislas.

 

Aurélie Tachot
Aurélie Tachot

Après avoir occupé le poste de rédactrice en chef d’ExclusiveRH.com (entre autres), je travaille désormais à mon compte. Pour Cadremploi, je contribue à la rubrique Actualités via des enquêtes, des interviews ou des analyses sur les évolutions du monde du travail, sans jamais oublier l'angle du digital.

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