Sonia Valente : « Le premier frein à la reconversion est toujours financier, crise ou pas crise »

Aurélie Tachot

INTERVIEW – Tout plaquer ? Beaucoup de cadres en rêvent, sans jamais franchir le pas. Mais la crise du Covid-19 est passée par là. Va-t-elle rebattre les cartes et accélérer leurs envies de reconversion professionnelle ? Ce qui est sûr, c’est que les confinements successifs ont permis aux cadres de pousser la réflexion, d’après Sonia Valente, coach professionnelle spécialisée dans la reconversion, qui réagit aux résultats d’une étude inédite menée par Cadremploi.

Sonia Valente, coach professionnelle spécialisée dans la reconversion

Sonia Valente : « Le premier frein à la reconversion est toujours financier, crise ou pas crise »
Sonia Valente, coach professionnelle spécialisée dans la reconversion

La crise du Covid-19 impacte-t-elle les projets de reconversion des cadres ?

C’est surtout parce qu’ils ont eu davantage de temps pour eux qu’ils ont mené des réflexions sur leur carrière.
Sonia Valente, coach professionnelle spécialisée dans la reconversion

Sonia Valente : « Crise ou non, l’envie des cadres de changer de carrière a toujours été là. L’étude Cadremploi révèle toutefois que pour 45 % des cadres en cours de changement, la crise a joué un rôle important. Pendant le premier confinement, ils ont effectivement été très nombreux à vouloir changer de vie professionnelle. Mais cette tendance, qui aurait pu s’apparenter à un mouvement de fond, s’est vite essoufflée au fil des mois. C’est surtout parce qu’ils ont eu davantage de temps pour eux qu’ils ont mené des réflexions sur leur carrière. Certes, le nombre de bilans de compétences passé durant la crise a explosé. Mais cela n’a pas forcément abouti à des mises en action ou des projets de reconversion. La crise du Covid-19 a simplement ouvert la réflexion. C’est d’ailleurs ce qui ressort de l’étude : si 83 % des cadres interrogés déclarent avoir déjà envisagé une reconversion, seuls 34 % ont passé le cap. Ce qui est rassurant, c’est que ceux qui ont sauté le pas ne le regrettent pas.

Les cadres ont-ils raison de se reconvertir malgré le contexte, plutôt défavorable ?

SV : Je pense que la crise n’impacte pas – ou peu – la première phase de la reconversion, dédiée à la réflexion. L’étude révèle même que les motivations des cadres prennent racine dans le contexte actuel. Quand l’envie de changer est bel et bien là, c’est difficile de ne pas l’écouter. Par contre, la crise freine, à coup sûr, le passage à l’action. Elle constitue un obstacle supplémentaire. Mon rôle, en tant que coach, est de faire en sorte que les cadres qui envisagent de se lancer dans ce contexte peu favorable ne se mettent pas dans une situation dangereuse pour eux mais aussi pour leur famille, que leur changement de vie professionnelle va forcément impacter. Je les questionne sur leurs véritables motivations, je les invite à prendre de la hauteur, je leur fais prendre conscience de la réalité du marché de l’emploi. C’est ensuite à eux de prendre, en toute connaissance de cause, la décision de passer ou non à l’action, c’est-à-dire de dépasser l’inquiétude qu’induit la crise.

 

Lorsque le passage à l’acte est retardé, qu’est-ce qui freine les cadres ?

SV : Comme le souligne l’étude, le premier frein est financier (cité à 69 % des cadres en recherche d’informations). Ensuite, c’est la peur de se tromper, de prendre des risques, de ne pas voir son projet aboutir qui prend le pas. Ces freins ne sont pas nés avec la crise sanitaire. Ils ont toujours été là. Seulement, le climat d’incertitude les accentue. Il rend ces peurs plus paralysantes. J’accompagne actuellement une cadre commerciale qui explore plusieurs pistes dont celle de devenir rédactrice web. Le contexte de crise l’inquiète. Elle n’a toujours pas quitté son poste et ne le quittera pas tout de suite. La réalité du marché entrave son passage à l’action. À l’inverse, j’accompagne un responsable marketing d’une cinquantaine d’années qui travaille dans un grand groupe en pleine restructuration. Il a émis le souhait de partir de manière volontaire car il souhaite mener un projet entrepreneurial. Puisqu’il part avec un gros chèque, la crise ne l’inquiète pas trop. Il a réussi à lever ce frein financier. 

Souvent, ils ont activé leur mode « pilote automatique » pendant des années et ont cessé de se poser des questions sur eux-mêmes.

L’étude nous apprend que choisir sa voie est l’une des plus grandes difficultés des cadres qui cherchent à se reconvertir. Partagez-vous ce constat ?

SV : Oui ! Je reçois beaucoup de cadres qui veulent changer de métier mais qui ne savent pas vers quoi se diriger et par où commencer. Souvent, ils ont activé leur mode « pilote automatique » pendant des années et ont cessé de se poser des questions sur eux-mêmes. Lorsqu’ils envisagent de changer de carrière, ils doivent comprendre leur personnalité, la culture d’entreprise dans laquelle ils se reconnaissent, les compétences qui peuvent être transférables. Plus cette phase de réflexion est approfondie, plus la reconversion a des chances de réussir. Il m’est arrivé d’accompagner des cadres qui souhaitaient se reconvertir par « effet de mode ». Finalement, il leur a juste fallu changer quelques aspects de leur quotidien pour qu’ils retrouvent l’envie de travailler : opter pour une autre communication pour renforcer les liens avec leur équipe, changer d’entreprise tout en gardant le même métier... Les volontés de changement n’aboutissent pas toutes à des décisions radicales.

Aurélie Tachot
Aurélie Tachot

Après avoir occupé le poste de rédactrice en chef d’ExclusiveRH.com (entre autres), je travaille désormais à mon compte. Pour Cadremploi, je contribue à la rubrique Actualités via des enquêtes, des interviews ou des analyses sur les évolutions du monde du travail, sans jamais oublier l'angle du digital.

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