Un an après le premier confinement, comment ces parents s’organisent pour télétravailler et s’occuper de leurs enfants

Sylvie Laidet

TEMOIGNAGES – C'est reparti... Depuis le 6 avril et pour au moins un mois, les crêches, écoles, collèges et lycées resteront portes closes dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de coronavirus. Une galère pour des millions de salariés qui vont devoir jongler entre leur boulot et la garde de leur tribu. Il y a un an, nous avions recueilli les témoignages de Sanaa, Samuel, Alexis, Fanny, Cécile et Raphaël lors du premier confinement. Un an plus tard, nous avons recontacté nos témoins de mars 2020 et leur avons demandé comment ces parents en télétravail forcé s’organisent aujourd’hui pour éviter de s'arrêter de travailler. Un récent sondage Cadremploi, mené auprès de parents, complète ces portraits de famille plutôt épuisées.

Selon un récent sondage* Cadremploi, 64% des parents se sont arrangés pour gérer leurs enfants tout en télétravaillant

Un an après le premier confinement, comment ces parents s’organisent pour télétravailler et s’occuper de leurs enfants
Selon un récent sondage* Cadremploi, 64% des parents se sont arrangés pour gérer leurs enfants tout en télétravaillant

Sanaa : « je prépare des plats faciles à réchauffer et le midi, ils se débrouillent »

Sanaa Bouchaara, 41 ans, responsable digitale à l’Afpa
Maman d’un garçon de 12 ans (5e), d’une fille de 9 ans (CM1)

« Tout se passe désormais bien. Les enfants travaillent en totale autonomie, chacun dans sa chambre, pendant que moi, je bosse, beaucoup plus qu’avant c’est évident, dans mon bureau. Les établissements privés qu’ils fréquentent nous ont bien facilité la tâche. Depuis septembre dernier, tous les manuels de mon fils sont par exemple dématérialisés. Donc là avec le retour de l’école à la maison, il maîtrise déjà bien le maniement informatique.

Sanaa Bouchaara

Au quotidien, leurs emplois du temps sont les mêmes qu’en présentiel. Entre les cours en visio qui fonctionnent (et on a veillé au débit du réseau à la maison) et les devoirs, ils sont occupés toute la journée. Ma fille, plus jeune, est aussi très autonome. Donc dans la journée, ils se gèrent. Le plus galère est en fait d’organiser les déjeuners car on n’a pas tous le même agenda. Alors la veille, je prépare des plats faciles à réchauffer et le midi, ils se débrouillent. Le soir, j’essaie d’arrêter de bosser vers 18 h afin de vérifier leurs devoirs comme je le fais quand ils vont à l’école. Si besoin, après le dîner, je me reconnecte pour travailler. Bref, on a pris notre rythme, même si franchement, je ne suis pas sûre que l’on voit vraiment le bout du tunnel ».

Sanaa Bouchaara interviewée en mars 2020 : « A compter de lundi prochain, je pars pour 5 jours de télétravail à mon domicile avec mes deux enfants afin de gérer la garde et l’école à distance. Pas le choix, mon mari n’a pas cette possibilité de télétravailler et a beaucoup de déplacements sur le terrain. Mon job et mon entreprise m’offrent cette possibilité donc je m’en saisis. Si cela devait durer, eh bien, nous étudierons le recours ponctuel à une baby sitter capable d’épauler les enfants dans leurs cours à distance et devoirs. Mais tout dépendra du coût final. Cette aide me permettrait d’aller au bureau pour rencontrer des prestataires par exemple ».

Vous êtes parents ? Comment vous organisez-vous pendant ces vacances anticipées ?*

  • 64% des parents télétravaillent tout en gérant leurs enfants
  • 33% font garder leur(s) enfants par leur entourage (famille, amis..)
  • 23% ont posé des congés ou des RTT pour garder leurs enfants

Comment vous sentez-vous face à cette nouvelle fermeture des écoles/crèches ?*

  • Epuisé 31%
  • Usé 31%
  • Serein 18%
  • Stressé 17%

* Sondage Cadremploi mené les 12 et 13 avril 2021 auprès de 792 parents d’enfants en primaire (63%), au collège (34%), à l’école maternelle (24%), au lycée (14%) ou en crèche (12%).

Samuel : « Cette fois, ma compagne a pris 2 jours par semaine pour assurer l'école à la maison »

Samuel Beaupain, 37 ans

Dirigeant de l’agence Edifice communication

Père d’un garçon de 6 ans (CP)

« Cette fois, on a réussi à anticiper et à optimiser ce retour de l’école à la maison. Ma compagne est fonctionnaire et pour la première fois depuis un an, elle demande à bénéficier d’autorisations spéciale d’absence, deux jours par semaine.  Elle a donc assuré l’école à la maison. Les 2 autres jours, le petit va « bosser » chez sa grand-mère. Évidemment, pour protéger tout le monde, on fait des tests afin de s’assurer que personne n’est contaminé. Donc cette fois, ce mix télétravail et télé école est tout à fait gérable ».

Samuel Beaupain en 2020 (son garçon était en grande section de maternelle) : « Je sais qu’il est impossible de bien télétravailler avec un petit garçon qui parle Power Rangers à côté de soi. Donc pour les jours et les semaines à venir c’est simple : soit mon fils ira chez ses grands-parents – en tout cas la semaine prochaine –, soit chez un copain avec lequel nous avons décidé d’alterner les jours de garde de nos enfants en fonction de nos impératifs professionnels, soit je poserai des jours de congé. Ma compagne est directrice générale des services dans une mairie donc impossible pour elle de s’absenter durant cette crise. Alors, je gère au mieux. »

Comment organiser son quotidien professionnel pendant l'épidémie de coronavirus ?

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Alexis : « C'est devenu encore plus compliqué d'autant que ma femme est enceinte de notre 3e enfant »

Alexis Peschard, président de GAE Conseil et addictologue

Père de 2 enfants (2 et 4 ans)

« En un an, la situation a complètement évolué pour nous. Mon fils est à la crèche, ma fille en petite section de maternelle, ma femme enceinte de notre 3e enfant et notre activité n’a jamais aussi forte depuis la création de l’entreprise. Autant dire que la fermeture des crèches et des écoles est pour nous compliquée.

Alexis Peschard

Durant cette semaine d’école à la maison, j’étais en tournage durant 3 jours donc ma femme a tout géré toute seule. En télétravaillant le matin entre 6h et 8 h (donc elle a dû se lever plus tôt), pendant la sieste et le soir, une fois les enfants endormis. Le tout en gérant les perturbations liées à sa grossesse. Pour nous, ce premier épisode d’école à la maison nous a fait découvrir que les enfants avaient des devoirs à rendre même en petite section de maternelle ! Les parents publient sur le blog privé de la classe les productions de leur enfant. Et comme toujours, il y a les premiers de la classe, ceux qui mettent en ligne avant tout le monde. C’est un gros coup de pression mis sur les parents moins disponibles pour s’occuper au quotidien des devoirs de leurs enfants, je trouve. Pendant les 2 semaines de vacances, les enfants seront chez leur grand-mère et nous ferons des allers-retours les week-ends ».

Alexis Peschard interviewée en mars 2020 : « A partir de lundi, la crèche des enfants sera donc fermée. Lundi ma femme, associée dans l’entreprise, va s’occuper d’eux. Mardi, c’est mon tour. Et ensuite, on est en train de s’organiser avec 4 autres familles pour faire une sorte de garde alternée. Donc chaque famille gardera à tour de rôle entre 8 et 10 enfants. Ceci suppose beaucoup de logistique et notamment le transfert des lits parapluie.

Côté boulot, quand nous serons de garde, nous ferons comme au temps des grèves : lever à 6h pour bosser jusqu’à 7h30, puis gestion des enfants, travail durant leur sieste (12h-14h30) et le soir après leur coucher. Ce système va nous permettre de poursuivre notre activité et surtout de travailler pour l’avenir de l’entreprise. Pour l’heure, toutes nos interventions prévues dans les sociétés en mars et avril ont été annulées. Nous allons activer le chômage partiel pour nos salariés je pense. Heureusement pour l’instant, les prospects maintiennent les rendez-vous déjà calés »

Fanny : « En un an, les enfants ont eux aussi appris à gérer nos activités à distance »

Fanny Berrebi, 43 ans, coach en vie professionnelle et personnelle

Maman d’une fille de 7 ans (CE1)

« Contrairement à mars dernier, on a le droit de se déplacer. Donc pour combiner au mieux mon activité de coaching en distanciel et les cours de ma fille, eh bien, je me fais aider. Ma sœur, plus libre, passe régulièrement pour s’en occuper. Et le reste du temps, j’ai lâché prise : j’autorise ma fille à regarder la télé et les écrans. C’est bon, elle va s’en remettre car c’est temporaire. De toute façon, je n’ai pas vraiment le choix.

Fanny Berrebi

Quand je fais des live, je ne peux pas être dérangée, elle est prévenue. Et si ça arrive, je hausse un peu le ton, mais franchement elle est cool. En un an, les enfants ont eux aussi appris à gérer nos activités à distance, donc ça se passe mieux que pendant le premier confinement qui avait surpris et sidéré tout le monde ».

Fanny Berrebi en 2020 : « J’ai deux activités en tant qu’indépendante : prof de yoga notamment en entreprise et coach. J’ai dû annuler tous mes cours de yoga et je poursuis mon activité de coach tout en gardant ma fille malade depuis jeudi. Du coup, je fais du coaching à distance et je lui apprends à respecter les règles entre vie pro et vie perso. Quand je travaille, elle sait qu’elle ne peut pas venir me déranger, donc elle s’occupe en jouant ou en regardant des documentaires sur la planète. J’ai également fait une liste d’enfants sains, notamment mes neveux et nièces, susceptibles de venir la garder en cas de besoin. Il faut apprendre à faire autrement sans s’énerver car on a aucune prise sur la situation ».

Cécile : « On s'organise entre parents du quartier »

Cécile, 42 ans, responsable communication et formation internes et coach dans une agence de communication

Mère d’une fille de 6 ans (CP) et d’un garçon de 10 ans (CM2)

« Ce vendredi matin, on avait un mail de la DRH nous invitant fortement à faire du télétravail dans les semaines à venir. Donc à partir de lundi prochain, je vais bosser depuis chez moi. Mon mari est kiné ostéopathe donc impossible pour lui de délocaliser ou d’arrêter son activité, sinon, plus de revenu. Donc je m’y colle. Ma fille est encore jeune, elle ne comprend pas encore très bien le concept de télétravail et c’est normal. Elle s’ennuie vite.

Avec d’autres parents du quartier, on s’organise. Lundi prochain, une copine de ma fille vient passer la journée à la maison. J’aurai davantage d’enfants mais ils vont jouer ensemble donc finalement je serai moins sollicitée et plus à même de travailler. Mon job est un métier de relations humaines. Donc le télétravail ne m’enchante pas. Pour garder le lien avec les collaborateurs de l’agence, j’ai calé des Skype, des visioconférences et des points par mail. Mardi, je suis obligée de me rendre au travail, donc j’ai bookée notre baby sitter pour quelques heures le matin, et je prendrai le relais. Tout ceci a un coût, qui n’est pas pris en charge par l’entreprise, donc on gère au plus près. »

Raphaël : « Nous allons nous relayer en télétravail avec ma femme »

Raphaël Freire, 46 ans, adjoint au manager d’un service indemnisation (sinistre) dans l’assurance

Père d’un garçon de 9 ans (CE2)

« Quand Auguste, notre fils de 9 ans, a entendu que les écoles fermaient lundi, il était plutôt content. Et puis, il a compris qu’il n’allait plus voir ses copains et la maîtresse et ça l’a rendu triste. La semaine prochaine, nous allons nous relayer avec ma femme pour le garder. Nos entreprises nous autorisent à faire du télétravail, c’est ce qui nous sauve. Dans mon entreprise, on avait déjà testé pendant les grèves.

Comme ça a marché, nous avons conservé nos identifiants pour nous connecter, donc il n’y a pas de frein technique. Avec ma femme, nous allons donc nous relayer auprès de notre fils. En  alternant les jours de présence mais on ne sait pas encore à quel rythme. On va créer notre espace de coworking sur la table du salon ! Nous, devant nos ordinateurs, et Auguste devant ses cahiers… A dire vrai, on ne sait pas du tout s’il aura des devoirs à faire, des leçons à apprendre. On devrait avoir des nouvelles sur Beynelu d’ici lundi, c’est la messagerie de l’école. Le mercredi, il avait des activités mais comme elles sont toutes annulées, il va falloir trouver comment l’occuper. »

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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