Flore, 30 ans : « J’ai quitté le confort du CAC pour le fun d’une petite boîte »

Gwenole Guiomard

SERIE « FRANCHEMENT » épisode 13 – Flore a débuté sa carrière dans une multinationale du BTP. Responsable administratif et financier à 27 ans, voilà qui faisait chic. Mais l’ennui a pointé son nez. Dans les grosses boîtes, on est un maillon d’une grande chaine. Elle a démissionné, en pleine pandémie, pour respirer, agir, penser, s’amuser. Après une deuxième expérience désastreuse, elle a finalement retrouvé un job où elle se sent utile, dans une PME où travaillent des gens dont elle se sent proche. Et dans cinq ans ? Flore a déjà prévu le coup d'après... Elle témoigne anonymement pour expliquer ses choix sans filtre. Découvrez d’autres confidences de cadres en bas de l’article.

Flore (le prénom a été changé) aime son métier autour du chiffre mais a décidé de l'exercer loin des mastodontes impersonnels.

Flore, 30 ans : « J’ai quitté le confort du CAC pour le fun d’une petite boîte »
Flore (le prénom a été changé) aime son métier autour du chiffre mais a décidé de l'exercer loin des mastodontes impersonnels.

C’est l’histoire d’un pur produit de la génération Y. A 30 ans, Flore (qui préfère garder l’anonymat pour témoigner plus librement) a déjà connu trois employeurs et fait des choix pour son avenir.

Un premier emploi dans le CAC, à 42 000 euros/an et un CDI à vie

« A la sortie de mon Master en gestion en 2016, je me suis inscrite sur Cadremploi, j’ai rafraichi mon Linkedin et un cabinet de recrutement m’a choisi pour intégrer une grosse entreprise française. Le bonheur. Dès la sortie de mon école, j’ai donc débuté comme responsable administratif et financier chez un poids-lourd du BTP. J’y ai appris beaucoup de choses.

Ce type d’employeur rassure et l’emploi y est garanti à vie. Mais je n’ai jamais eu une vision globale de ce que je faisais. Très rapidement, j’en ai eu marre d’être le petit maillon de la (grande) chaine. Pourtant, le CAC 40 paye bien. Je touchais 42 000 euros par an mais les perspectives n’étaient pas folichonnes. Dans ce groupe, le travail n’était pas très intéressant.

Je voulais être davantage challengé, décrocher un job plus difficile mais plus intéressant. Dans ce groupe de BTP, on pouvait faire des erreurs. Il y avait cinquante vérifications.

L’ennui après... trois ans de carrière

J’ai commencé à me demander chaque matin, dans le métro, ce que je faisais là. Mon emploi n’avait pas de sens. Je passais la moitié de ma journée à flâner sur internet puisque j’avais automatisé une bonne partie de mes tâches. Cela ne se voyait même pas puisque les décisions étaient prises à trois étages au-dessus de moi sans aucune main sur une quelconque décision. C’était exaspérant. Il était quasi impossible de se faire virer de cette boîte. La facilité aurait été de rester mais il fallait que je parte. Mon père, lui, serait resté dans ce grand groupe. Il a d’ailleurs été viré pendant cette période d’une aussi grosse boite, la cinquantaine venue, ayant subi d’énormes pressions – d’ailleurs je le trouve mieux aujourd’hui qu’il travaille en libéral dans le conseil. Je ne regrette pas, j’ai eu raison de prendre ces risques. J’ai cherché une plus petite entreprise où l’on mesure le travail que l’on réalise. 

Comme tous ceux de mon âge, je ne suis pas fidèle aux entreprises. Quitter une boîte ne me fait pas peur.

Un deuxième poste choisi trop vite

Fin 2020, elle trouve. Flore démissionne, en pleine pandémie, pour intégrer un fabricant de chauffage.

« Une grosse erreur. Je cherchais un challenge. Je suis tombée sur une boîte machiste où les blagues sexistes étaient légion, avec des valeurs qui ne me correspondaient pas. J’étais payée plus qu’avant 45 000 euros brut par an. J’avais quitté une grosse boîte pour une entreprise qui m’avait fait miroiter une fonction permettant de développer les énergies renouvelables.

En fait, tout le comex était masculin, ringard, vieille école. J’ai tenu 3 mois. Je voulais m’accrocher. Ils m’ont virée pour manque d’implication. Comment aurais-je pu en avoir dans de telles conditions ?

Cet échec m’a minée. J’ai pris un coup au moral et mon égo en a souffert. J’ai mis deux semaines à m’en remettre d’autant que cela correspondait à un retour du confinement, seule, sur mon canapé à ruminer. Mais finalement, j’ai bien fait. Cela ne me plaisait pas. Je ne voulais pas troquer un travail pour quelque chose d’encore moins bien ».

Un nouveau CDI après seulement deux mois de chômage pendant le Covid

Résultat, Flore se retrouve au chômage en novembre 2020, pile quand la deuxième vague du Covid déferle mais elle reprend malgré tout ses recherches. « J’ai cherché pendant un mois et j’ai très vite signé un nouveau CDI dans une boite de communication le 23 décembre 2020, un jour avant Noël.

Je suis payé 43 000 euros brut par an. C’est un retour financier à la case départ ou presque. Mais, ici, il y a tout à faire. C’est enthousiasmant. Je travaille pour le Web, un média qui parle à ma génération.

Il y a des challenges. L’équipe est en construction, super sympa. Et même si l’on n’a encore jamais vraiment travaillé en un même lieu, puisque tout le monde est en télétravail, je sens que le contact passe bien.

L’intérêt du boulot me fait avancer. Je travaille à 20 minutes de chez moi. J’ai résilié ma carte de métro et prendrai le vélo pour aller travailler. Je vais de l’avant et mes parents voient d’un excellent œil mon enthousiasme.

Et dans 5 ans... ?

Dans 5 ans, je me verrai bien contrôleuse de gestion dans une boîte, avec des équipes à manager. J’aime cela. Ou des potes vont m’appeler pour lancer leur start-up. Ils savent que cette expérience me plairait. Je le leur ai déjà dit. S’ils ont besoin d’une ressource en contrôle de gestion, je répondrai présente en les aidant de manière officieuse avant de sauter le pas et de rejoindre leur aventure ».

Gwenole Guiomard
Gwenole Guiomard

Je suis journaliste spécialisé dans les questions de formation et d’emploi. L’un ne doit pas aller sans l’autre et la compréhension des deux permet de s’orienter au mieux. Je rédige aussi, tous les deux ans, le Guide des professionnels du recrutement. Je suis aussi passionné d’histoire et amoureux des routes de la soie.

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