Travailler pendant le Ramadan : 3 employeurs témoignent

Aurélie Tachot

TEMOIGNAGES – Depuis le 13 avril, plusieurs milliers de musulmans jeûnent tout en continuant à travailler. La loi n’oblige pas les employeurs à aménager les horaires de travail. Néanmoins, certaines entreprises font preuve de flexibilité vis-à-vis des salariés pratiquant le Ramadan. Chez Cadremploi, nous nous sommes mis à la place d’un candidat en 2021 qui voudrait se renseigner sur ces souplesses. Pendant notre enquête, nous avons réalisé que le Ramadan est un sujet sensible : parmi la trentaine d’entreprises contactées par téléphone, seuls 3 dirigeants ont accepté de nous répondre. Ils partagent aussi leur vision sur la place du Ramadan dans leur entreprise.
Travailler pendant le Ramadan : 3 employeurs témoignent

Ils témoignent

  • Abdelkrim Talhaoui, dirigeant d’Octopeek
  • Abdénour Ainséba, dirigeant de IT Partner
  • Sophie Gucciardi, DRH d’Irrijardin

Octopeek : « Pas de baisse de productivité malgré l’absence d’aménagements horaires »

 

Octopeek est une société de conseils spécialisée dans l’intelligence artificielle. Elle emploie une cinquantaine de collaborateurs, uniquement des cadres. Les pratiques religieuses n’y sont pas taboues mais y sont considérées comme une richesse culturelle.

 

Abdelkrim Talhaoui

« Chez Octopeek, environ 30 % de nos salariés sont de confession musulmane. Pour autant, nous ne considérons pas le Ramadan comme un sujet d’entreprise et la pratique ne fait donc pas l’objet d’une organisation spécifique. Aucun de mes 50 salariés ne m’a d’ailleurs demandé un aménagement pour cette période de jeûne. Je pense toutefois qu’avec le télétravail, les cadres informatiques qui font le Ramadan adaptent leurs horaires depuis leur domicile. Il n’est pas impossible que certains ne prennent pas de pause le midi et finissent donc leur journée de travail plus tôt. Cela ne me dérange pas car au sein de notre société, nous n’avons pas d’horaires figés. Nos cadres gèrent leur planning comme ils le souhaitent et nos relations sont basées sur la confiance. Nous raisonnons davantage en termes d’objectifs. Les années précédentes, nous n’avons pas constaté de baisse de productivité pendant le Ramadan, malgré l’absence d’aménagements. Séparer le business de la pratique religieuse ne nous empêche pas de parler de religion en entreprise. Nos cadres sont nombreux à partager leurs cultures hindouistes, juives, chrétiennes... à l’occasion de moments de convivialité. Il y a quelques jours, nous avons par exemple fêté le nouvel an tamoul ! », explique Abdelkrim Talhaoui, le dirigeant.

IT Partner : « La semaine de 4 jours permet à nos collaborateurs d’évacuer la fatigue »

 

IT Partner est une ESN spécialisée dans l’infogérance et la prestation de services informatiques. Étant donné la nature de ses métiers – sédentaires – elle ne propose pas d’aménagements de poste à la poignée de collaborateurs pratiquant le Ramadan. D’autant moins depuis qu’elle est passée à la semaine de 4 jours.

Abdénour Ainséba

« Dans notre société, nous n’avons jamais été nombreux à pratiquer le Ramadan. En ce moment, nous ne sommes que deux, sur une cinquantaine de collaborateurs au total. Depuis le lancement de l’entreprise, il n’a jamais été question de faire des aménagements de poste ou d’horaires pendant cette période de jeûne. Nos métiers sont ceux du service, ils ne sont donc pas aussi éprouvants ou physiques que ceux du BTP ou de la logistique, par exemple. Nos collaborateurs sont relativement sédentaires puisqu’ils travaillent assis devant leur ordinateur. Par ailleurs, maintenant que nous sommes passés à la semaine de 4 jours, nos collaborateurs – dont ceux qui pratiquent le Ramadan – ont davantage de temps pour se reposer. Ce rythme leur permet d’évacuer la fatigue accumulée pendant le Ramadan, voire de choisir le jour chômé pour fêter l’Aïd, sans poser de congé. D’une manière générale, la religion n’est pas un sujet d’entreprise chez IT Partner. Au même titre que la politique ou l’orientation sexuelle, c’est une thématique sur laquelle nous ne travaillons pas car ce n’est pas nécessaire. Nous préférons aborder les sujets d’égalité, de respect, d’intergénérationnel, plus transverses et moins conflictuels, et faire confiance à l’intelligence collective », raconte Abdénour Ainséba, dirigeant de IT Partner.

Irrijardin : « Les horaires peuvent être adaptés, mais pas réduits »

 

Irrijardin est un réseau national composé de 121 magasins spécialisés dans les domaines de la piscine, du spa et de l’arrosage ainsi que d’une base logistique et d’un siège social. Chaque année, la période du Ramadan tombe pile pendant son pic d’activité. De sa propre initiative, l’entreprise prévoit quelques ajustements.

Sophie Gucciardi

« C’est surtout au sein de notre base logistique, située à Toulouse, que nous avons des collaborateurs qui pratiquent le Ramadan. Notre responsable logistique & transport leur demande chaque année s’ils ont besoin d’aménagements horaires, d’autant qu’ils travaillent en 2x8. La réponse est toujours la même : non. Même s’ils ne demandent pas de traitement de faveur, nous tâchons toutefois de leur organiser des temps de pause plus réguliers pour prévenir les éventuels coups de fatigue. Lorsqu’ils terminent leur journée tard le soir, du fait de notre fonctionnement en équipe, nous faisons également en sorte que leur pause-repas concorde avec la rupture du jeûne. Ces aménagements ne sont pas « écrits » dans l’entreprise puisque le code du travail ne le prévoit pas, ils relèvent plutôt d’un accord tacite entre le responsable logistique & transport et son équipe. Les horaires peuvent donc être adaptés, mais pas réduits. Même si la religion n’est pas, pour nous, un sujet d’entreprise, nous sommes vigilants aux collaborateurs pratiquant le Ramadan, d’une part parce que leur santé et sécurité relèvent de la responsabilité de l’entreprise, d’autre part parce que la manutention de spas est un travail particulièrement physique », témoigne Sophie Gucciardi, DRH d’Irrijardin.

Aurélie Tachot
Aurélie Tachot

Après avoir occupé le poste de rédactrice en chef d’ExclusiveRH.com (entre autres), je travaille désormais à mon compte. Pour Cadremploi, je contribue à la rubrique Actualités via des enquêtes, des interviews ou des analyses sur les évolutions du monde du travail, sans jamais oublier l'angle du digital.

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