Voici pourquoi l’aéronautique licencie et recrute en même temps en 2021

Sylvia Di Pasquale

ENQUETE RECRUTEMENTS CADRES 2021 – Une annus horribilis pour l’aéronautique ? Habituée aux croissances fortes, les entreprises du secteur sont aujourd’hui frappées de plein fouet par la crise de la Covid-19 et la paralysie du trafic aérien qu’elle a engendrée. Des PSE sont déjà en cours mais les industries du secteur préparent en même temps l’avenir et se tournent vers des profils différents. Seules certaines équipes travaillant sur les « défis d’avenir » donc certains profils d’ingénieurs en particulier peuvent espérer être recrutés en 2021 chez Safran, Dassault Aviation, MBDA ou autres donneurs d’ordre mais aussi les équipementiers et leurs sous-traitants. Cadremploi fait le point sans langue de bois sur les besoins actuels avec des recruteurs du secteur. Jeunes diplômés, on a recueilli un message réaliste pour vous, tout en bas de l'article…
Voici pourquoi l’aéronautique licencie et recrute en même temps en 2021

Ils témoignent

  • Philippe Dujaric, directeur de l’emploi et de la formation du Gifas (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales)
  • Nadine Rubenach, Talent Acquisition Director chez Safran
  • Vincent Masse, Regional Manager chez Michael Page

La crise met l’aéronautique à genou

Potentiellement, ce sont 30 % des emplois qui sont menacés dans la filière
Philippe Dujaric, directeur de l’emploi et de la formation du Gifas

Très fragilisé par la crise du Covid-19, le secteur de l’aéronautique souffre. « L’impact est très fort : l’activité de la filière a reculé de 30 % en 2020 et nous n’entrevoyons pas de redressement significatif en 2021 », résume Philippe Dujaric, directeur de l’emploi et de la formation du Gifas (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales).

Le problème, c’est que le sort de l’aéronautique est intimement lié à celui des compagnies aériennes, qui n’ont d’autre choix que de revoir leurs carnets de commande étant donné que leurs avions sont cloués au sol. La crise a contraint les entreprises du secteur à réduire leur charge de production de 40 % et à recourir à l’activité partielle de longue durée pour 25 à 30 % de ses salariés, selon le Gifas. À titre d’exemple, en 2020, le groupe Airbus, fleuron de l’aéronautique, n’a enregistré que 268 commandes d’avions commerciaux, contre 768 en 2019. Des résultats qui ont contraint le groupe à mener un plan social. « Potentiellement, ce sont 30 % des emplois qui sont menacés dans la filière. Grâce aux efforts combinés du gouvernement et des entreprises, nous pensons que la moitié sera sauvegardée », précise Philippe Dujaric.

Quelles entreprises aéronautiques recrutent malgré la crise ?

Les recrutements dans l’aéronautique se compteront par milliers en 2021, et non par dizaine de milliers comme avant la crise.

Des offres d'emploi dans le secteur aéronautique, il y en a moins que l'an passé, mais il y en a.
Voici une sélection d'offres du "secteur aéronautique" envoyées quotidiennement par les entreprises et les cabinets de recrutement.

NB : Vous pouvez affiner votre recherche par métier, salaire, emplacement géographique.

Si beaucoup d’entreprises à l’image de Mecachrome, Daher et Figeac licencient leurs salariés dans le cadre de PSE, quelques-unes annoncent des recrutements pour préparer l’avenir.

« En 2021, nous favoriserons la mobilité interne. Nous effectuerons toutefois 550 recrutements externes en France, dont 450 dédiés aux ingénieurs et cadres, qui concerneront toutes les activités du groupe : l’aéronautique, le spatial et la défense », explique Nadine Rubenach, Talent Acquisition Director chez Safran.

Dassault Aviation devrait, elle aussi, renforcer certaines de ses équipes en 2021. Le groupe est porté par de nombreux projets comme la modernisation de sa gamme Falcon et la commande de Rafales pour l’Armée de l’air qui devraient lui permettre de sauvegarder ses emplois.

Afin d’honorer ses commandes auprès de l’État français et de ses clients, MBDA prévoit, quant à elle, de recruter 500 personnes cette année, dont près 80 % de cadres. On l’aura compris, les recrutements dans l’aéronautique se compteront par milliers en 2021, et non par dizaine de milliers comme c’était le cas en 2019 et 2020, où la filière aéronautique française était à l’origine de 20 000 embauches par an.

Qui sont les ingénieurs recherchés dans l’aéronautique ?

Ces recrutements seront, pour la majorité, réalisés afin de remplacer des profils qui auront fait le choix de quitter leur entreprise.
Vincent Masse, Regional Manager au sein du cabinet de recrutement Michael Page.

Sans surprise, les ingénieurs sont les profils qui sont le moins impactés par la crise. « La filière aéronautique doit faire face à une accélération technologique sans précédent, avec des enjeux énormes comme l’avion zéro émission à hydrogène, qui l’obligeront, en 2021 à se tourner vers des ingénieurs en R&D », explique Philippe Dujaric.

Les ingénieurs spécialisés dans la propulsion électrique, l’ingénierie des systèmes, le contrôle commande, l’optronique et la conception sont également convoités par les donneurs d’ordre, les équipementiers et les sous-traitants.

MBDA recherche, par exemple, des ingénieurs dans l’électronique embarquée, la mécanique et les logiciels. *

« Pour honorer leurs commandes, les ETI et les PME chercheront des ingénieurs qualité, supply chain et production. Comme chez les grands groupes, ces recrutements ne s’inscriront pas dans une démarche de création de valeur. Ils seront, pour la majorité, réalisés afin de remplacer des profils qui auront fait le choix de quitter leur entreprise car elle ne se porte pas bien », explique Vincent Masse, Regional Manager au sein du cabinet de recrutement Michael Page.

>> Exemples d'offres d'emploi aéronautique proposées par le cabinet Michael Page en ce moment

 

Les experts IT épargnés par la crise

Les cadres de l’IT conservent, eux aussi, leur attrait auprès des entreprises de l’aéronautique. C’est aussi sur ces experts aux compétences rares que ces dernières misent pour accueillir la 4e révolution industrielle et accroître leur productivité, malgré la crise.

  • Safran : « Nos recrutements se concentrent sur des métiers pénuriques dans la data, le digital, l’intelligence artificielle, la cybersécurité, l’ingénierie des systèmes. Puisque Safran est tourné vers l’international, les profils sachant travailler avec des équipes multiculturelles sur des projets variés seront les bienvenus », illustre Nadine Rubenach.
    >> Exemples d'offres d'emploi disponibles chez Safran en ce moment
  • Thalès : les opportunités concernent les ingénieurs DataOps, les analystes en cybersécurité, les développeurs Big Data, les ingénieurs Fullstack, les chefs de projets logiciels, les Tech Lead Java... Même chez Airbus, qui est contraint de réduire ses effectifs, les cadres IT restent recherchés. Ses embauches concernent toutefois uniquement les métiers en tension dans la cybersécurité, par exemple.
  • Quelques dizaines d’opportunités sont à saisir dans les filiales d’Airbus, notamment Apsys, en tant qu’architecte intégrateur, spécialiste en intelligence artificielle, architecte plateforme.

Jeunes diplômés de l'aéronautique, visez d’autres secteurs !

Les jeunes diplômés de la filière aéronautique peuvent viser les filières de la défense, du nucléaire, du naval mais aussi dans l'éolien et le ferrovière.
Philippe Dujaric et Vincent Masse

« Il n’y aura pas de retour à la normal avant 2023 voire 2025 », a annoncé Guillaume Faury, PDG d’Airbus, lors d’une conférence de presse dédié aux résultats financiers du groupe. Les jeunes diplômés sortant des écoles ont donc tout intérêt à ouvrir leurs chakras et à s’orienter vers d’autres industries que l’aéronautique s’ils souhaitent rapidement intégrer le marché de l’emploi.

« Nos écoles d’ingénieurs sont suffisamment polyvalentes pour permettre aux jeunes qui s’étaient destinés à l’aéronautique de viser les filières de la défense, du nucléaire ou du naval, pour lesquelles il y a beaucoup de connivences en matière de compétences », note Philippe Dujaric, du Gifas. « L’aéronautique est un secteur très normé, qui utilise des matériaux novateurs. Deux caractéristiques qu’on retrouve également dans l’éolien et le ferroviaire, que les ingénieurs aéronautiques peuvent viser », confirme Vincent Masse, du cabinet Michael Page.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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