Cadres en situation de handicap : où en est-on ?

Sylvie Laidet

Trente ans après le vote de la première loi handicap imposant aux entreprises de compter au moins 6 % de travailleurs handicapés dans leurs rangs, on est malheureusement toujours loin du compte. Pour les cadres en situation de handicap, la situation semble meilleure, du moins sur le papier. Explications.
Cadres en situation de handicap : où en est-on ?

Un petit 3,4 %. Les chiffres publiés par la Dares le 6 novembre 2017 sur l’emploi des personnes handicapées parlent d’eux-mêmes. Même si en un an, le taux d’emploi des personnes handicapées a progressé de 0,1 %*, on est encore très loin des 6 % imposés par la loi handicap aux établissements de 20 salariés et plus. Au total, 431 000 personnes handicapées bossent dans les quelques 100 300 entreprises assujetties à l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés (OETH). 8 % des bénéficiaires de cette OETH sont cadres, chefs d’entreprises ou exercent une profession intellectuelle supérieure contre 21 % de cadres parmi l’ensemble des salariés.

Un sujet encore délicat

La Dares souligne également que les cadres sont moins nombreux (8 %) à déclarer leur reconnaissance de qualité de travailleur handicapé (RQTH). A cela plusieurs explications. « Ils craignent pour leur image de marque et pensent que déclarer leur handicap aura un impact négatif sur leur évolution de carrière, analyse Guy Tisserant, dirigeant du cabinet TH Conseil. Et puis, les cadres sont intrinsèquement les plus capables de compenser financièrement leur handicap, du coup, ils préfèrent souvent ne pas en faire état à leur employeur ».

Où travaillent les cadres handicapés ?

Il n’existe malheureusement pas de données statistiques par secteur d’activité. « On peut toutefois dire que plus le taux de chômage est faible dans un secteur, plus les candidats discriminés – et parmi eux les personnes handicapées – ont une chance d’être embauché. A l’inverse, plus le taux de chômage est fort, moins ces personnes ont des chances d’y décrocher un poste », argumente Guy Tisserant. Autrement dit, les secteurs en tension, comme l’informatique et le numérique, l’industrie à forte valeur ajoutée (aéronautique, automobile, etc.), la bancassurance, l’audit, le conseil, en recherche de Bac+2 à Bac+5, sont plus attentifs aux profils de candidats handicapés. « Une personne handicapée dotée d’un bac+5 et dont les conséquences de son handicap sur son travail ne sont pas trop importantes, trouve facilement un poste. Voire est chassée. J’ai accompagné des candidats qui ont reçu plus de 10 propositions d’embauche », illustre notre expert. Le tableau serait encore plus rose pour les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur (environ un millier par an).

>> Lire aussi : Quels secteurs recrutent des cadres en situation de handicap ?

Un quinquennat pour accélérer ?

Toutefois, gardons-nous de tout angélisme. Pour réaliser ce dossier, nous avons contacté des dizaines de cadres en situation de handicap pour recueillir leur témoignage. Certains ont accepté de se raconter sans modifier leur nom, mais en demandant une relecture des citations. D’autres ont accepté puis annulé les interviews. D’autres encore ont carrément refusé de s’exprimer craignant pour leur poste et leur carrière. Force est de le constater :  on marche encore sur des œufs quand on parle de handicap au travail. Faire du handicap une priorité du quinquennat Macron suffira-t-il à faire évoluer favorablement l’emploi des personnes handicapées ?

>> Retrouvez nos conseils dans notre rubrique spéciale emploi et handicap

* Les derniers chiffres publiés en 2017 par la Dares concernent les emplois de l’année 2015.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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