Comprendre les enjeux 2016 des mutuelles santé

Sylvie Laidet

Elles ont beau relever du champ de l’économie sociale et solidaire (ESS) et être à but non lucratif, les mutuelles de santé sont obligées de se rapprocher pour mutualiser leurs coûts et gagner en compétitivité. Diagnostic de la recomposition du marché des mutuelles en France.
Comprendre les enjeux 2016 des mutuelles santé

Parler de concentration dans le secteur des complémentaires santé n’est pas un vain mot. En 20 ans, le nombre des mutuelles santé est passé de 6 000 à … 425. Et ce n’est pas fini. 2016 devrait être l’année de concrétisation des méga-rapprochements annoncés depuis un peu plus d’un an. Au premier rang d’entre eux celui entre la Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale (MGEN) et Harmonie Mutuelle qui devrait dépasser les 4,5 milliards d’euros. À suivre également la création d’une autre union mutualiste de groupe (UMG) entre Adrea Mutuelle, Apréva et Eovi Mcd et qui devrait constituer le deuxième groupement mutualiste. Et La Mutualité Française qui fédère 90 % des mutuelles santé annonce d’ores et déjà que ce phénomène de concentration n’est pas terminé.

Et pour cause : les dépenses de santé des Français augmentant chaque année, avoir une complémentaire santé est devenu essentiel pour accéder aux soins. Aujourd’hui sur ce juteux secteur des complémentaires santé, les mutuelles trustent 54 % du marché devant les bancassureurs (28 %) et les institutions de prévoyance (IP, 17 %). Mais les bancassureurs et les IP grignotent peu à peu du terrain. Notamment avec l’entrée en vigueur de l’Accord national interprofessionnel (ANI) imposant aux entreprises de proposer un contrat santé collectif à tous leurs salariés à compter du 1ᵉʳ janvier 2016. « Aujourd’hui, 60 % des complémentaires santé sont souscrites à titre individuel et 40 % sous contrat collectif. Avec l’ANI, on devrait arriver à un équilibre », précise Jean-Martin Cohen Solal, délégué général de La Mutualité Française. Reste à savoir qui profitera de ce nouvel équilibre entre individuel et collectif. Actuellement, le marché collectif est réparti équitablement entre les mutuelles, les assureurs et les IP. Et évidemment, les mutuelles n’entendent pas davantage partager le gâteau.

Mais ce mouvement de concentration des mutuelles de santé répond également à des obligations règlementaires. Entrée en vigueur en France le 1er janvier 2016, la directive européenne Solvabilité 2 change la donne pour beaucoup de mutuelles. En effet, les entreprises mal gérées ou ayant une forte propension au risque sont invitées à renforcer leurs fonds propres pour être en mesure d’honorer leurs engagements vis-à-vis des assurés en cas de sinistre. Avec Solvabilité 2, les conditions d’exercice de la direction des mutuelles évoluent. Les plus petites ne peuvent répondre à toutes ces exigences d’où leur obligation de s’adosser à de plus grands acteurs. « Avec la pression concurrentielle de l’ANI, la nécessité de développer de nouveaux services à forte valeur ajoutée pour les assurés (prévention, réseaux de soins, tiers payant…) et  Solvabilité 2 qui introduit des exigences en fonds propres plus élevées pour les complémentaires santé,  beaucoup de mutuelles se rapprochent pour gagner en compétitivité et mutualiser les coûts. Ce mouvement de concentration s’est accéléré ces dernières années », analyse Jean-Martin Cohen Solal. Demain, l’enjeu pour les mutuelles sera de fidéliser ses 38 millions d’adhérents et d’en conquérir de nouveaux pour doper un chiffre d’affaires s’élevant aujourd’hui à 18 milliards d’euros pour la seule activité  complémentaire.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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