Est-ce une bonne idée de quitter Paris pour Bordeaux ?

Publié le 29 août 2017 Farah Sadallah

[Vidéo] Vous songez à quitter Paris pour la capitale girondine. Vous avez peur de le regretter ? L’équipe de Cadremploi vous aide à vous faire votre idée dans une émission spéciale. Un recruteur partage son expertise sur la ville bordelaise.
Est-ce une bonne idée de quitter Paris pour Bordeaux ?

Bordeaux, élue ville préférée des cadres, où il fait bon vivre. 6 cadres sur 10 l’attestent, selon l’étude réalisée par Cadremploi sur les villes préférées des cadres parisiens lors de sa 5e édition. Alors si vous voulez déménager en région pour quitter l’insupportable vie parisienne, il faudra suivre la route des vignes. Mais êtes-vous sûr de faire le bon choix ?

Cadremploi vous révèle tout ce que vous devez savoir sur votre future carrière dans la capitale girondine. Secteurs qui recrutent, offres d'emploi cadres à Bordeaux, niveaux de salaire, cadre de vie, prix du logement (avec Explorimmo), emploi du conjoint, sont les thèmes abordés avec notre invité expert en recrutement.  

Grégory Garcia-Bratti est directeur régional Sud-Ouest des cabinets Spring et Badenoch & Clark (groupe Adecco). Spécialiste du recrutement des cadres middle et top management.

>>Retrouvez les émisions spéciales sur les opportunités cadres à Nantes et Lyon

Comment préparer son départ ?

Ne surtout pas partir sur un coup de tête. Il est conseillé de bien s’organiser en amont avant de s’installer dans une autre ville. « Beaucoup de cadres n’anticipent pas assez leur mobilité géographique », affirme Grégory Garcia-Bratti. Le logement dans le bon quartier, la scolarisation des enfants, une mobilité réussite pour le conjoint, sont des éléments à ne pas prendre à la légère. Le recruteur conseille au minimum d’aller passer un weekend end en immersion dans la ville convoitée pour prendre la température.

Fait-il vraiment bon vivre à Bordeaux ?

Auparavant Toulouse devançait Bordeaux. « La ville rose est plus hispanique et plus accueillante, commente Grégory Garcia-Bratti. À Bordeaux, il ne faut pas arriver en terrain conquis. » C’est peut-être pour cela que les cadres étaient moins emballés par la capitale girondine. Depuis, la tendance a changé : « La belle endormie, grise et pas du tout sexy, s'est métamorphosée grâce à un important réaménagement urbain. Si vous prenez la voiture sur les quais de Bordeaux vous pourriez presque vous croire à Paris », ajoute le recruteur. D’où le résultat du sondage Cadremploi sur les villes préférées des cadres parisiens, selon lequel 65 % des interrogés sont attirés par Bordeaux pour son dynamisme économique. Mais aussi pour ses opportunités professionnelles et climatiques. La proximité avec l’océan, le bassin d’Arcachon et les forêts de pins des Landes font la différence. Un bon mélange permettant de retrouver un équilibre vie pro, vie perso.

Êtes-vous prêt à faire des concessions sur votre salaire ou sur le niveau de votre poste ?

Selon l’étude Cadremploi, 56 % des cadres parisiens interrogés seraient prêts à sacrifier une partie de leur salaire en quittant Paris pour une région et 35% accepteraient un niveau moins élevé. Et pourtant, selon Grégory Garcia-Bratti, vous n’aurez peut-être pas à baisser votre rémunération en arrivant à Bordeaux. Certains Parisiens qui viennent travailler dans la capitale girondine ont vu leur salaire augmenter ou rester équivalent. Surtout quand il s’agit de postes difficiles à pourvoir en raison de leurs compétences pointues.  

Quel profil est le plus recherché ?

Les profils informatiques sont particulièrement prisés. Le cas d’un chef de projet ERP, une offre de poste présentée pendant l’émission. Son salaire oscillerait entre 60 000 et 70 000 euros par an. Et c’est mieux si vous venez de Paris. Les cabinets de recrutement vont chercher les candidats en région parisienne car leur expérience et leurs compétences acquises dans les grands Groupes parisiens, sont prisées par les entreprises bordelaises. Ces dernières étant surtout des TPE et PME. 90 % des entreprises locales ont moins de 10 salariés et seulement 240 comptent plus de 50 salariés.

Certaines de ces PME se transforment en ETI et sont à la recherche de cadres pour structurer leur organisation en interne, le cas d’un directeur de site industriel. Mais ces profils ne doivent pas être trop expérimentés. 5 ans d’expériences, c’est bien. Au-delà de 10 ans, c’est trop. Les entreprises recherchent surtout des profils jeunes.

Vers quel secteur s’orienter dans ses recherches ?

Sachant que le nombre de cadres n’a augmenté que de 2,6 % en 27 ans, l’aéronautique, le bois et le vin, sont les seules grandes industries du territoire. Il est donc important de bien choisir son secteur d’activité. Le BTP par exemple est en nette reprise, au vu des nombreux projets immobiliers de la ville bordelaise. Surtout que les employeurs du secteur cherchent à recruter des ingénieurs travaux et des spécialistes de l’étude des prix.

>> Retrouvez les offres d’emploi des entreprises qui recrutent en ce moment à Bordeaux

Les postes dans le tertiaire ne sont pas non plus en reste. 20 % des besoins concernent les fonctions commerciales. L’informatique quant à elle, représente 15 % de l’emploi, le secteur étant soutenu par des entreprises telles que Dassault, Thales, Safran, ou encore leurs sous-traitants spécialisés dans le service numérique. Par exemple, CGI recrute une trentaine de personnes en architecture technique, développement et en ingénierie. Pour autant le numérique ne semble pas être le secteur de prédilection des cadres. Il ne représente que 6,9 % des entreprises bordelaises et emploie 22 400 personnes, c’est moins qu’à Lyon et Aix-Marseille.

Ce secteur est devancé par la nouvelle coqueluche des entreprises, l’économie sociale et solidaire. Elle représente 10 % des actifs bordelais et 10.4 % des établissements employeurs. Par exemple, le complexe alternatif Darwin (qui mêle espace de coworking, ferme urbaine, club nautique, restaurants, skate-park, production alimentaire ou encore village d’accueil d’urgence) a créé 509 emplois directs depuis 2009 et généré 900 emplois indirects. 

Et si je veux travailler dans une start-up ?

Quelques start-up à succès recrutent, comme OnCrawl, spécialisée dans les logiciels SEO. Elle projette de recruter 100 personnes d’ici 2020. Les start-up spécialisées dans le vin redoublent aussi d’innovations dans la métropole girondine : Vitirover et son robot autonome chargé de se promener entre les vignes, Millesime.ai, un algorithme de prédiction des prix des bouteilles pour les négociants et les investisseurs ou encore Actiwine, une place de marché pour professionnels. Et cela donne lieu à des levées de fonds qui déboucheront sûrement sur des recrutements sur le long terme. Mais pour l’instant les postes à pourvoir sont rares, si ce n’est des métiers à hautes valeurs ajoutées comme le web marketing, le développement web, le community management, l’ingénierie et le datamining.

Est-ce que mon conjoint peut trouver du travail facilement ?

C’est souvent le point noir d’un départ en région. Trouver deux postes lors d’une mobilité relève du défi. Pour régler le problème, les grandes entreprises comme Thales proposent des programmes d’accompagnement du conjoint lors desquels elles font appel à des cabinets.

Qu’en est-t-il du marché immobilier ?

Bordeaux est de plus en plus attractive et attire énormément les touristes malgré une faible offre hôtelière et de restauration, selon Philippe Barre co-fondateur de Darwin. En 2016, l’agglomération a accueilli près de 6 millions de touristes. Une année record. Mais ce phénomène alimente la spéculation immobilière et risque de créer une bulle. Celle-ci menacerait l’emploi dans la capitale girondine, toujours selon le co-fondateur de Darwin. D’autant plus, la LGV (Ligne à Grande Vitesse), qui devait faciliter la délocalisation des sièges parisiens vers Bordeaux, ne serait qu’un fantasme selon lui. Mais il est encore trop tôt pour peser les conséquences de cet aménagement sur Bordeaux.

>> Lire aussi : Bordeaux, la qualité de vie a un prix

En revanche la hausse des prix de l’immobilier est bien réelle. Notre expert en la matière Olivier Marin, rédacteur en chef d’Explorimo, déclare : « Bordeaux bat des records dans l’augmentation des prix du logement, il faut compter en moyenne 3 550 euros le mètre carré, pour un appartement ancien, soit une augmentation de 15,5 % en une année. » C’est toujours moins cher que Paris (en moyenne 9 000 euros le mètre carré). Cette hausse s’explique par le boum démographique que connait la capitale girondine. Selon la Métropole, 10 000 nouveaux habitants sont venus s’installer à Bordeaux l’an dernier, dont 70 % viennent de Paris et de la région parisienne.

Où se loger ?

Certains quartiers sont plus abordables que d’autres. La rive droite ou encore la périphérie, avec Pessac Floirac, et Mérignac. D’autres sont plus convoités, les Chartrons situé dans le centre de Bordeaux. Et si vous préférez les logements neufs, les quartiers de Bordeaux-Euratlantique, Bordeaux Brazza, et Bastide Niel ont d’importants chantiers de prévus. Pour les amateurs de nouveautés Bordeaux-Lac fera parfaitement l’affaire.  

Farah Sadallah
Farah Sadallah

Vous aimerez aussi :