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Femmes au travail : les chiffres qui font mal

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Céline Chaudeau

29/02/2016

À compétences égales, 8,5 % d’écart de salaire entre les hommes et les femmes cadres. On compte seulement 39 % de femmes cadres en France, 22 % parmi le top management, et on en passe. Le compte n’est pas - encore - bon.

Commençons par la bonne nouvelle. Ou du moins, celle qui paraît un peu meilleure que les autres : selon la dernière étude du cabinet Russell Reynolds Associates, les entreprises du CAC 40 comptaient en moyenne 35 % de femmes en 2015, contre 30 % en 2014, alors que les entreprises du SBF 120 (soit les 120 autres plus grands groupes cotés en France) affichaient 32 %  de femmes contre 29 % en 2014. Un progrès ? La loi Copé-Zimmermann instaure l’obligation de féminisation des conseils d’administration à hauteur de 40 % au 1er janvier 2017 dans les entreprises de plus de 500 salariés et l’étend jusqu’en 2020 pour les entreprises de taille intermédiaire non cotées de moins de 500 salariés. « C'est dommage de devoir passer par ses lois, concède Goretty Ferreira, dirigeante de l'Agence pour l'entreprenariat féminin et ardente militante de cette cause. On se donne globalement 40 ans pour atteindre une parité plus générale dans tous les postes à responsabilité. J’ai la conviction qu’il faut démarrer par le haut. Ensuite, l’intérêt de la mixité et de meilleures pratiques descendront naturellement, je l’espère, vers les salariées. »

 

39 % des cadres en France, et 22 % du top management

Car en attendant, ce n’est pas gagné. Le programme EVE, qui regroupe de grandes entreprises engagées en faveur de l’égalité professionnelle, présentant encore des chiffres inquiétants dans son dernier rapport. Exemple : les femmes représentent 39 % des cadres en France, et seulement 22 % du top management en moyenne. Autrement dit : plus on monte vers le sommet de la pyramide, plus on perd de femmes en route. Anne Pruvot confirme. Malgré une sensibilité de son entreprise sur la question, cette directrice exécutive chez Accenture déplore une perte des talents. « Même si on recrute entre 34 et 37 % de femmes parmi les jeunes diplômés chaque année, ce pourcentage baisse à chaque niveau, déplore celle qui préside aujourd’hui le programme et le réseau féminin Accent sur Elles. Certaines quittent l’entreprise et d’autres ne gravissent pas les échelons, soit parce qu’on les maintient à certains postes ou parce qu’elles pensent que le grade supérieur n’est pas pour elles. Et c'est un indicateur qu'il faut corriger. »

 

En finir avec ces métiers dits de femmes

Il y a encore du travail : d’après le rapport Eve & Donzel, 47 % des femmes continuent de se concentrer sur une douzaine de métiers seulement (sur un total de 87). Surreprésentées chez les aides à domicile, assistantes maternelles, secrétaires ou infirmières, elles ne représentent que 20,3 % des effectifs dans des métiers comme ingénieurs en informatique.

« Il faut que nous allions dans les écoles, et ce, dès le lycée, pour rétablir un équilibre, plaide Anne Pruvot. En France, selon moi, l’enjeu reste la question de l'accès aux formations scientifiques et à tout ce qui touche au digital et aux nouvelles technologies. C’est là que l'on identifie la croissance potentielle la plus grande dans les années à venir et c'est là où il y aura de belles places à prendre avec de belles promotions et des carrières rapides. Or, on observe encore une vraie frilosité des jeunes filles à se diriger vers ce type de formation. »

 

À compétences égales, 8,5 % d’écart de salaire

« Il y a déjà 30 ans, Françoise Giroud disait que la femme serait vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente, plaisante Émilie Devienne, coach et auteure du guide Les 50 lois des femmes qui réussissent. Le problème est qu’on en est loin. Surtout que, pendant ce temps, les femmes continuent de gagner moins que les hommes ! » L’écart salarial entre hommes et femmes est aujourd’hui évalué à 18 % en France sachant que dans le monde, cette différence varie de 4 à 36 %. Que les postes dévolus aux femmes soient moins dimensionnés n’y change rien car à compétences, niveau de diplôme ou qualifications équivalents, l’écart reste de 8,5 % pour les cadres.

 

Et un peu de sexisme ordinaire…

« J’accompagne des femmes, souvent à des postes élevés, et qui sont, même à leur niveau, victimes de sexisme dit ordinaire », observe Silvana Frazzetta, fondatrice d'Atmosphère Coaching.  Du poste refusé "parce que c’est un univers d’hommes", à l’humour soi-disant potache à des propos irrespectueux, voire des gestes déplacés, cette spécialiste rapporte quelques anecdotes consternantes. Le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle (CSEP) confirme dans son dernier rapport : 80 % des femmes salariées sont régulièrement confrontées à des attitudes ou à des décisions sexistes et 93 % des sondées estiment que ces discriminations portent préjudice à leur efficacité professionnelle. « Et même quand elles gravissent les échelons, elles sont souvent minoritaires dans un univers d’hommes, poursuit la coach. Elles doivent alors dépasser un complexe de l’imposteur mais aussi savoir se défendre. »

 

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SOSO

02/03/2016

à 19:10

J'ai eu 2 managers misogynes dans une entreprise de location de voitures (logo noir et orange). On devait faire de la prospection dans le dur à 100% (les femmes). Les 2 anciens "hommes" ont récupéré des contrats Internationaux et ne faisaient pas de prospection. Je ramais à faire de la prospection téléphonique toute la journée et je prenais le plus de rendez-vous... Un autre collègue "masculin" débutant a bénéficié d'un marché public (c'est le commercial en charge des marchés publics qui lui a mâché le travail)... Mes résultats comparés à ces "hommes" ont été jugés insuffisants, pourtant j'ai réussi à signer des contrats, et j'ai été licenciée juste après une autre femme. Une femme supplémentaire devait ensuite y passer, mais les Ressources humaines sont intervenues cette fois-ci, après avoir laissé passé le licenciement de 2 femmes qui ont été "sacrifiées"... Je croyais vraiment que mon Responsable serait plus tolérant vis à vis de mes résultats étant donné le traitement de faveur dont ont bénéficié mes collègues hommes, mais non...

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Softag

02/03/2016

à 14:36

Tout est vrai...je ne peux rien dire de plus sinon que j'ai vécu cette situation , avec toutes ses composantes,, sans exception... Jusqu'à me faire licencier, ultime acte de sexisme. Cette souffrance a enfin cessé. Et créer une entreprise reste pour moi la seule solution d'exprimer mon talent et mes compétences sans être étouffée par le machisme destructeur.

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Delphine

03/03/2016

à 17:27

Je viens tout juste de négocier ma rupture conventionnelle ces jours à bout! Les 2 années qui ont suivi mon congé maternité ont été jonchées de peaux de bananes! Je vais créer mon entreprise après 20 ans d'expérience dans des métiers réservés aux hommes! Je suis outrée des méthodes sournoises et insupportables. Je ne supporte plus les réflexions ("salut les filles" a une assemblé d'hommes et de moi, seule femme - pour me demander quand est-ce que je pars en congé maternité: "quand est-ce que tu seras morte?") , les aprioris ('cet entrepreneur va devoir vendre sa société car il n'a que des filles!'), les manières (vents nauséabonds), les conditions (dans un nouveau bâtiment super ok, devoir traverser les pissotières pour aller aux toilettes), etc. Seule consolation: mes collègues techniciens et mes clients qui reconnaissent mes qualités techniques et mon niveau.... Je suis en colère d'avoir tant travaillé, donné tant de rigueur, etc et de devoir plier pour un machiste manipulateur et mal sein. A lire la revue n°1 du BTP "BTP magasine", le peu de consœurs m’attristent, c'est vraiment dur de s'imposer que par ses compétences (nous avons des niveaux pourtant bien supérieur pour les mêmes postes et pour un salaire amaigris.
Bravo pour vos affirmations, on ne peut pas se laisser faire!

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En réponse à Softag

vivi

03/03/2016

à 14:18

La situation pour les femmes est compliquée. Sur un poste à responsabilité, je suis toujours à devoir faire plus pour prouver que je peux allier vie familiale et vie pro. Les conditions sont déplorables et le salaire en décalage. Cela nuit à la motivation et à l'envie d'investissement dans l'entreprise. Il n'y a pas de reconnaissance. C'est très dur. c'est à se demander si ce n'est pas une fatalité pour les femmes.... mais il faut essayer de croire que le monde du travail va s'améliorer sur ce point, malgré le contexte économique très difficile!

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vally

02/03/2016

à 13:54

au poste de direction d'une institution où je suis , je suis la première femme à y accéder et à ne pas être ingénieur. J'ai soutenu le regard des hommes car je ne suis pas un genre mais une compétence donc je ne pose pas la question si je suis à ma place
quand on recrute on ne recrute pas un diplôme et/ou un genre STOP au stéréotype
les femmes doivent accéder à tous les postes : ce qui compte ce sont leurs compétences avançons ne nous posons pas de questions
D'ailleurs les hommes quand ils voient qu'on les regarde droit dans les yeux et peu importe ce qu'ils disent ils comprennent facilement qu'ils ont aucune emprise sur nous
Alors battons nous

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Kakine

02/03/2016

à 13:45

Je confirme.
Suite à un recrutement de 2 profils Ingénieur en informatique, j'ai été embauchée le même jour qu'un autre candidat masculin pour la même fonction au sein de la même équipe.
Avant le terme des 7 mois d'essai (4+3), cet homme a quitté l'entreprise car il considérait ne pas gagner suffisamment, càd 39 K€ annuel.
Déception de mon côté de découvrir que mon salaire à l'embauche étant de 34 K€ annuel, l'employeur avait joué la discrimination féminine !!!!

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