Ingénieurs IT : quelles passerelles vers les fonctions support ?

Sylvie Laidet

Moi au marketing ? Jamais ! Moi, à la com’ ? Plutôt mourir (enfin on force un peu le trait). Sauf qu’avec l’âge, l’appétence pour certains domaines d’activité évolue. Alors, s’il vous prend des envies de devenir un pro de la finance, du marketing, des ressources humaines… sachez que des passerelles de l’IT vers ces fonctions support sont toujours possibles.
Ingénieurs IT : quelles passerelles vers les fonctions support ?

Dans quel secteur peut-on évoluer facilement vers les fonctions support ?

Sur le papier, on aurait tendance à dire que cette « mutation » de l’IT vers les fonctions support est possible partout. Si tant est que l’on en ait suffisamment l’envie et la motivation. « Toutefois, on rencontre ce type de parcours dans les grandes entreprises structurées car les postes à pourvoir y sont plus nombreux et divers », observe Adeline Christophe, consultante recrutement et marketing RH au sein du cabinet Eotim. Certains secteurs semblent également plus enclins à accepter ce type de transfuge. « Dans l’industrie et la distribution, les informaticiens sont de suite en relation avec ce que l’on appelle le « métier ». Par exemple, les RH, le marketing, etc… Ce sont eux qui font souvent le lien entre le prestataire informatique et le « métier ». A leur contact, ils se forment sur le tas et peuvent donc plus rapidement se réorienter vers le « métier » visé » » constate Jean Dambreville, vice-président de l’association Ingénieurs et Scientifiques de France. Dans les start-up, où la polyvalence et l’autonomie sont de mise, ce type de « bascule » est également tout à fait possible. Voire encouragée car cela participe du fonctionnement même d’une entreprise agile où les lignes hiérarchiques sont aplanies (voire effacées) et où sortir de sa zone de confort est un sport national.

Une reconversion accompagnée ?

Evidemment, on ne s’improvise pas responsable recrutement, chef de produit, ou grand pro de la communication. Les entreprises qui encouragent ces bifurcations, notamment les plus importantes, offrent des formations à leurs ingénieurs IT souhaitant évoluer sur une fonction support. « Nous proposons des formations internes en droit social, en gestion de la paie, en administration des ventes, sur des outils de contrôle de gestion,…  Bref, nous faisons de gros efforts de formation pour accompagner ce type d’évolution. Tous les ans, une quinzaine d’ingénieurs passent sur un poste au sein de nos fonctions support », illustre Xavier Ridet, directeur des carrières ingénieurs chez Alten. Dans les start-up, la formation est moins… formalisée. Et l’autoformation vivement encouragée.

 [Témoignage] Un ingénieur IT passé de l’informatique à la communication

Durant son stage de fin d’étude d’ingénieur informatique chez Oddo&Cie, Romain d’Hébrail se rend rapidement compte que l’informatique n’est finalement pas son truc. « A l’époque, donc en 1998, les informaticiens étaient souvent renfermés sur leur propre invention, sans même être sûr que leur projet serve un jour. Moi, ce qui m’intéressait davantage, c’était le marketing et la communication car dans ces filières, on se concentre sur les besoins des clients internes et externes », se souvient-il. Le dirigeant entend sa demande et lui confie un poste de marketing manager. « J’ai dû tout apprendre du marketing financier mais cela a fonctionné car, en plus de mes compétences en mathématiques, j’avais cette appétence pour cette fonction», insiste-t-il. Ce premier poste « out of informatique » signe alors le début d’une belle carrière sur différentes fonctions support. Après Oddo&Cie, il rejoint Carmignac Gestion comme responsable communication et marketing avant d’être embauché par Société Générale en 2005 comme  responsable communication des dérivés actions avant de passer en 2007, chef de gamme produits sur les dérivés actions. « Là, j’ai intégré le département ingénierie  des dérivés actions pour concevoir et promouvoir de nouveaux produits et solutions. Donc un poste mixant maths et marketing. La structure m’a fait confiance et, quelques années après, on m’a proposé de prendre la communication des activités de marché », précise-t-il. A partir de là, il n’a eu de cesse de gravir les échelons au sein de la direction de la communication. « A chaque changement, j’ai fait le point avec mes managers pour identifier les compétences qui me manquaient pour accéder au poste d’après. Et je me suis formé en conséquence », explique Romain d’Hébrail, aujourd’hui directeur communication pour Société Générale, Banque de Grande Clientèle et Solutions Investisseurs. Et comme un pied de nez à ses débuts, il mobilise à nouveau ses compétences informatiques pour assurer la transformation digitale de son département.

 

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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