Ingénieurs IT : et si vous deveniez expert ?

Sylvie Laidet

Pour les ingénieurs IT que la filière management rebute, une autre voie est envisageable : l’expertise technique. Autrement dit, une spécialisation avérée qui fera de vous un acteur incontournable et écouté de l’entreprise. A condition de respecter quelques règles du jeu.
Ingénieurs IT : et si vous deveniez expert ?

L’expertise, c’est pour qui ?

« Autant tout le monde ne peut pas devenir PDG, autant tout le monde peut augmenter son niveau d’expertise sur un sujet », estime Jean Dambreville, vice-président de l’association Ingénieurs et Scientifiques de France (IESF). Enfin façon de parler. Devenir expert est effectivement une voie envisageable pour les ingénieurs IT qui ne souhaitent pas encadrer de projet et/ou des équipes. Encore faut-il avoir une appétence sérieuse pour une technique, un langage, un créneau, comme la sécurité…  « Même s’il est compliqué de généraliser, on constate que les filières d’expertise s’ouvrent après 6 à 8 ans d’expérience sur un premier poste. Les ingénieurs IT deviennent alors architecte technique par exemple », illustre Christophe Douaud, dirigeant du cabinet de recrutement Inteam. L’accès à cette filière d’expertise est d’autant plus aisé que la technique et l’innovation font partie du cœur de métier de l’entreprise. «Pour fidéliser leurs collaborateurs, les plus petites entreprises vont les faire évoluer plus vite dans cette voie que les grands groupes », ajoute-t-il. En tout cas, quelle que soit la taille de la société, pour faire partie de ces happy few, pas question de rester dans son coin à imaginer de brillantes solutions… ça c’était avant. « Un ingénieur qui souhaite aujourd’hui devenir ou rester expert doit faire preuve par ailleurs d’une certaine curiosité, d’une capacité de travail en collectif et en transversalité. Désormais, on est en permanence en mode « continuous delivery ». Pas question de rester dans son tunnel à peaufiner son expertise. Il doit la tester rapidement auprès du business pour qui il travaille. On attend de l’agilité de leur part », précise Odile Grassart, directrice du recrutement de Société Générale. Chez Ai3, une société de conseil spécialisée dans la mise en place de solutions innovantes à partir de produit Microsoft, devenir expert est, avec le management, l’autre voie royale pour progresser en interne. « Etre le « sachant » sur un domaine est valorisé. Ainsi, les experts ne sont pas systématiquement en clientèle : nous leur dégageons du temps pour partager leurs connaissances avec les autres collaborateurs. Pas besoin de batailler avec leur manager direct, cela participe de l’organisation de l’entreprise », détaille Nathalie Levilain, responsable RH.

Une reconnaissance certifiée

« Nos experts peuvent disposer de temps durant leur journée de travail pour aller à des conférences, faire de la veille, etc. Si besoin, ils peuvent se former et passer des certifications », explique Domitille Gueneau, responsable RH de NetXP. Ai3 a carrément instauré un système de primes de droit à se former. « Les formations et les certifications sont évidemment payées par l’entreprise mais ces démarches nécessitent une mobilisation et un investissement personnel du collaborateur qui doivent aussi être rétribués. Du coup, ils perçoivent, en plus de leur salaire, 50 euros par jour de formation et 100 euros pour le passage d’une certification », détaille Nathalie Levilain.

Des salaires à la hauteur

« C’est un fantasme général de penser que les ingénieurs managers sont mieux payés que les experts », prévient Jean Dambreville. Bon nombre de managers n’ont pas de niveau de salaire aussi important que les experts. Et pour cause. « Ces derniers sont indispensables pour insuffler de l’innovation dans l’entreprise. On les écoute bien souvent davantage que les managers », ajoute-t-il. « Le plafond de verre de la très grande majorité des experts se situe entre 60 000 et 70 000 euros par an. Donc au même niveau que la plupart des managers intermédiaires », constate Christophe Douaud du cabinet Inteam. Un constat partagé au sein du groupe Saint-Gobain. « En terme de rémunération, le « haut » de la filière expertise, où l’on retrouve entre autres les experts de l’IT, est plus haut que la grande moitié des postes de management », précise Régis Blugeon, DRH France du groupe Saint-Gobain. Qui a dit que l’expertise technique ne pouvait pas mener haut.

Filière d’expertise : pipeau ou réelle possibilité d’évolution ?

Voici des questions à poser en entretien de recrutement pour vérifier si les promesses d’évolution sont réelles ou ne sont que du vent :

  •  « Est-ce que je pourrais échanger avec un ingénieur IT devenu expert afin d’en savoir plus sur son parcours ? »
  •  « Dans ma future équipe, combien de personnes ont évolué vers des postes d’experts ? A quelle échéance ? ».
  •  « Quels sont les projets de l’entreprise à 5 ans et quels seront les moyens technologiques mis à disposition » ?
  • « Par quel moyen animez-vous votre communauté d’experts en interne ? ».
  • « Quel est le temps « libre » justement imparti à vos experts pour optimiser leur expertise ? »

Avis d’expert, Adeline Christophe, consultante RH et marketing RH au sein du cabinet Eotim : « Les grands groupes s’arrangent en général pour associer au processus de recrutement un collaborateur ayant occupé le poste visé par le candidat. Si c’est le cas, c’est le moment de lui poser les questions sur ses évolutions de carrière dans l’entreprise »..

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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