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« Les mots fourre-tout tuent la culture d'entreprise »

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Didier Pitelet

02/07/2018

[Tribune] Le patron de l’agence Onthemoon est toujours souriant sauf quand il dénonce l’utilisation de mots qui trompent les candidats. Dans cet appel, il enjoint une fois de plus aux employeurs de parler plus vrai.

Les difficultés de recrutement associées aux enjeux d’engagement et de mobilisation créent une panique relativement inédite dans le monde de l’entreprise. A chaque reprise économique et tension sur le front de l’emploi, l’amnésie est toujours la même : on s’empresse d’oublier les années galères, on repeint la façade et le show peut commencer sur le thème « rejoignez une entreprise vraiment formidable ».

>> Lire aussi l’édito de Sylvia Di Pasquale : A quand la fin des mots creux dans les annonces de recrutement ?

A regarder de près, tout le monde y va de sa bienveillance, tout le monde se revendique agile avec un management responsabilisant et tout le monde a découvert les vertus de la co-construction ! Les relations sont forcément libérées dans un temps réel, qui maitrise bien la vie privée dans une digitalisation assumée, RGPD oblige…

Après la langue de bois corporate, l’avènement « des mots fourre-tout » !

Ces mots élégants dans la forme, creux dans le fond, transforment la parole d’entreprise en une bouillie insipide dans laquelle les talents sont censés se reconnaitre. Bienvenue dans un monde qui n’attend que vous, qui vous ouvre les bras avec bienveillance, vous promet une vie de bonheur, vous garantit une longévité inédite grâce à la pratique quotidienne de l’agilité, le tout dans un environnement écoresponsable, Flex office, open bar…

Adieu les objectifs, le court terme, les organisations matricielles, les injonctions paradoxales, les chefs qui n’en sont pas, le burnout et autre mal être…

D’un côté des jeunes « Z » qui arrivent sur le marché bien décidés à ne pas se laisser berner par ces mots attrape-nigauds, de l’autre des salariés expérimentés qui ont tout vécu durant la décennie de crise, au milieu des entreprises en perte d’inspiration.

Le lien magique qui peut exister entre une entreprise et ses salariés est en panne !

Le bon sens de la relation simple et directe aussi.

Le parler creux prime sur le parler vrai par manque d’audace mais aussi d’éveil en humanité de nombre de dirigeants, coulés dans le moule de l’hypocrisie statutaire et financière.

Les mots « fourre-tout » prennent le train du raccourci : on ne se pose pas les questions de fond sur le vivre ensemble, on n’ose pas challenger le projet économique par un vrai projet humain, on prend les mots pour des idées convaincues d’être convaincantes !

On prétend croire en sa culture et au final on annone le refrain du copié-collé.

La culture d’entreprise et la marque employeur sont les victimes de cette moutonnerie généralisée. La conquête impose le courage des mots et des idées. Elle passe par un voyage de l’intérieur vers l’extérieur et des allers retours permanents pour éviter que des convictions ne se transforment en certitudes dogmatiques.

Au moment où les individus veulent être avant tout considérés dans leur exclusivité, l’entreprise se vautre dans la banalité sémantique au détriment de sa potentielle exclusivité.

La valeur économique de l’humain est en forte hausse et va continuer de flamber ; les coûts d’acquisition et de rétention des talents vont exploser dans les mois et années à venir. La mode start-up s’essouffle tout comme l’entreprise libérée au profit d’un défi : la reconquête possible d’un bon sens pragmatique qui impose à chaque entreprise d’être unique.

Les mots « fourre-tout » tuent la culture d’entreprise. Cet actif essentiel de l’entreprise est LE BIEN SOCIAL par excellence, un lien intergénérationnel qui dépasse les différences au profit de rêves communs.

Il y a urgence à relever le défi de l’exclusivité culturelle en faisant de « l’art de la question » un art de vivre plutôt que de se draper dans des réponses toutes faites.

La fierté d’être qui nourrit le savoir être repose sur la capacité à valoriser l’intimité de la relation, celle qui fait que chacun est quelqu’un et non un anonyme. « L’entreprise lieu de vie » doit, si elle veut espérer gagner la bataille de l’emploi, oser se défaire des mots fourre-tout au profit de son propre récit culturel, forcément unique.

Les mots ont de l’avenir pour celles et ceux qui veulent vraiment écrire leurs vies

Qui est Didier Pitelet ?

Reconnu comme l’un des meilleurs experts européens en communication et en management, Didier Pitelet, après 16 ans passés chez Publicis à la tête de plusieurs entreprises de conseil et de communication, a fondé Onthemoon, en 2006, dédiée à tous les enjeux de culture d’entreprise. Il est aussi membre de l’ACCE (Association des conseils en communication pour l’emploi) et partenaire du Cercle du Leadership. Ses ouvrages et notes de conjoncture développent depuis plus de vingt ans les enjeux de gouvernance d’entreprise et de management des relations humaines pour les années à venir. Il a publié en mars 2016 aux éditions Eyrolles « Le Pari de la Culture, petit éloge de la culture d’entreprise », préfacé par Matthieu Ricard.

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